Opinion

Guerre des généraux au Soudan : le pays au cœur des rivalités internationales

Par La Rédaction27 août 2025

Depuis le 15 avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre civile meurtrière. Le général Abdel Fattah al-Burhan, à la tête des Forces armées soudanaises (FAS), affronte Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », chef des Forces de soutien rapide (FSR). Ce conflit, né d’une rivalité pour le pouvoir, a déjà fait plus de 150 000 morts, provoqué le déplacement de 12 millions de personnes et menace de famine près de 25 millions de Soudanais, selon les Nations unies.

Mais au-delà de ce duel militaire, la guerre soudanaise est devenue un champ d’affrontement pour plusieurs puissances étrangères, chacune cherchant à défendre ses intérêts stratégiques et économiques.

Les Émirats arabes unis : le parrain des FSR

Abou Dhabi apparaît comme l’un des principaux soutiens de Hemedti. Les Émirats auraient fourni armes, drones, mercenaires étrangers et assistance médicale à ses troupes. En juin 2023, un avion-cargo intercepté en Ouganda, officiellement présenté comme transportant de l’aide humanitaire, contenait en réalité des fusils d’assaut.

Le Tchad et la Libye servent de zones de transit, où certains centres humanitaires seraient détournés en hôpitaux militaires ou en bases logistiques. Malgré les dénégations officielles, la découverte de passeports émiratis sur des zones de combat à Khartoum alimente les soupçons.

La Russie : entre mines d’or et ambitions maritimes

Présente au Soudan depuis 2018, la Russie s’est appuyée sur Wagner et la société Meroe Gold pour exploiter les mines d’or du Darfour. Depuis la transformation de Wagner en Africa Corps, Moscou a réajusté sa stratégie en se rapprochant des FAS.

Ses objectifs sont clairs : conserver l’accès aux ressources aurifères et obtenir une base sur la mer Rouge, à Port-Soudan. Cette flexibilité illustre une constante de la diplomatie russe en Afrique : changer d’allié n’est pas un problème dès lors que les intérêts stratégiques sont préservés.

L’Arabie saoudite : de la neutralité à l’alignement

Riyad, qui avait d’abord tenté de jouer le rôle de médiateur, a fini par se rapprocher des FAS. Ses motivations tiennent à la sécurité maritime et à la protection de son ambitieux projet NEOM, en développement sur les rives de la mer Rouge.

Craignant un afflux de réfugiés ou une montée de la piraterie, l’Arabie saoudite estime que le soutien aux forces régulières est un moyen de contenir les risques et de contrer à la fois l’influence iranienne et les ambitions émiraties. Ce choix souligne aussi la divergence croissante entre deux alliés traditionnels du Golfe : Riyad et Abou Dhabi.

L’Iran : un nouvel acteur sur la mer Rouge

Depuis octobre 2023, l’Iran a renoué avec Khartoum et renforcé ses liens avec les FAS. Téhéran fournit des armes en échange d’un accès au port stratégique de Port-Soudan, lui permettant de surveiller Israël et le canal de Suez. Cette présence traduit la volonté iranienne de peser dans la région, en contrepoids à l’influence saoudienne et américaine.

La Turquie : ambitions économiques et militaires

Ankara, qui avait tenté une médiation au début du conflit, s’est finalement rapprochée des FAS. La Turquie leur fournit désormais armes et drones, souvent acheminés via l’Égypte. Cette stratégie répond à un double objectif : consolider ses échanges économiques avec le Soudan et renforcer son influence en Afrique de l’Est et en mer Rouge.

Une guerre qui dépasse les frontières

Le conflit soudanais ne se résume pas à l’affrontement entre deux généraux et leurs parrains étrangers. Les voisins immédiats du Soudan jouent aussi un rôle non négligeable. Tchad, Libye, Égypte, Éthiopie ou Érythrée s’impliquent, directement ou indirectement, par le biais d’appuis militaires, logistiques ou politiques.

Le drame soudanais

Au milieu de ces jeux d’influence, c’est la population civile qui paie le prix le plus lourd. Famines, massacres, déplacements massifs : la guerre a plongé des millions de Soudanais dans une situation humanitaire catastrophique.

La crise du Soudan illustre une réalité tragique : derrière les discours diplomatiques, ce sont les intérêts stratégiques et économiques des puissances qui priment, tandis que la souffrance du peuple reste reléguée au second plan.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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