Société

Grève des gérants cabines téléphoniques : Orange , Mtn , Moov accusés de mépris , l’arbitrage de l’État sollicité

Par Dasse Claude17 décembre 2016

En Côte d’Ivoire , il est difficile depuis quelques jours , pour certains usagers des sociétés de téléphonie mobile habitués à se ravitailler par ce biais , de se procurer des crédits et unités de consommation appelés recharge , parce que les gérants de cabine qui travaillent pour la plupart pour les entreprises Orange , Mtn et Moov , protestent contre le traitement financier qui leur est fait.

« Nos commissions sont très faibles. Je dirais même insignifiantes pour le travail que nous effectuons , alors que souvent , nous transportons avec nous , de très fortes sommes d’argent que nous versons aux sociétés de téléphonie mobile. Nous courons donc beaucoup de risques. Nous sommes exposés à beaucoup de danger. Et pour avoir 10 mille francs , je dois vendre des unités d’un million de Francs Cfa. Je vous dis que je dois vendre un million de crédit pour 10 mille francs. Et si j’ai vendu pour 10 mille francs, c’est 100 francs que je reçois.

Et pourtant, comme je vous l’ai dit , on transporte souvent de grosses sommes sur nous. Si j’ai vendu 5000 francs aujourd’hui , on me remet 50 francs. Et pourtant , ce sont de grandes entreprises internationales qui payent bien leurs employés mais nous , nous sommes des laissés pour compte. C’est plus que de l’esclavage , c’est de l’exploitation de l’homme par l’homme , en ce 21ème siècle. Nous avons donc décidé de faire une grève.

On ne travaille pas pour devenir mouton. Je vous dis que les responsables de ces sociétés ne nous ont même pas appelés pour tenter de trouver une solution à notre revendication qui est légitime. Je les comprends , la grève est pour l’instant menée par seulement une partie d’entre nous. Ils attendent peut-être qu’elle soit étendue à tout le territoire national » , témoigne un groupe de jeunes gérants de cabine téléphonique dans le quartier abidjanais de Yopougon.

Tanoh Rodrigue , également gérant de cabine , dit la même chose : « La grève porte sur notre gain. En fait , le pourcentage que ces sociétés de téléphonie mobiles nous octroient après le travail que nous effectuons , est révoltant. (…) Nous leur demandons seulement de nous prendre au sérieux et de revoir à la hausse le pourcentage qui nous est remis. Et aujourd’hui où nous parlons , malgré la grève , les responsables de ces sociétés qui n’ont aucun respect pour nous , n’ont prouvé aucune intention de négocier avec nous ».

Anicet Koffi qui travaille principalement pour le compte de Orange , estime qu’il appartient à l’État ivoirien de mettre de l’ordre dans ce secteur : « Si ces sociétés , pour lesquelles nous travaillons jour et nuit et pour lesquelles nous prenons des risques en leur versant tous les jours des millions de Francs Cfa , nous considèrent comme des sous-hommes , c’est la faute à l’État . Nos autorités devraient faire respecter la loi ivoirienne pour l’application au moins , du smig. Pensez-vous qu’Orange France peut se comporter de cette façon vis-à-vis des travailleurs et sous traitants en France ? C’est de la moquerie. Je suis vraiment révolté ».

Joint par Afrikipresse pour équilibrer l’information , le Directeur général de XTRAMED , agence de communication chargée de l’image d’une de ces sociétés de téléphonie mobile , a dit : « Ils sont toujours en grève. Les raisons , j’avoue que je ne sais pas trop mais je crois que c’est une affaire de gain , qui est, comme vous l’avez dit , trop petit selon eux. Mais je vais appeler des responsables de ces entreprises de téléphonie mobile et on va vous revenir ».

Le métier de gérant de cabine téléphonique a souvent fait l’objet en Côte d’Ivoire de raillerie . Il avait même suscité des critiques de la part d’acteurs politiques et d’observateurs sociaux , qui compte tenu du niveau d’études quelques fois élevé de certains gérants , estimaient que la ruée des jeunes vers cette activité était la marque de l’échec du système d’insertion des diplômés et de la politique de lutte contre le chômage.

L’activité n’est pas réglementée par l’État et fonctionne essentiellement selon les règles édictées par ces entreprises de téléphonie cellulaire toujours très florissantes dans le pays , malgré une restructuration ayant entraîné le retrait de trois licences d’exploitation à d’autre opérateurs qui devaient au Trésor public.

Pour le moment , cette grève qui est la deuxième en moins d’un mois , n’est pas encore largement suivie , et n’est pas parvenue à perturber le fonctionnement des activités de ces opérateurs ivoiriens de téléphonie mobile , accusés de mépris et d’arrogance par leurs partenaires sous-traitants des cabines , qui dénoncent le refus d’ouverture de discussion.

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Claudet Dasse

 

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