Opinion

Golfe de Guinée : la flotte chinoise pratique la pêche illégale à grande échelle

Par La Rédaction9 octobre 2025

Malgré une surveillance accrue, les navires chinois clandestins sillonnent les eaux africaines de Monrovia (Libéria) à Port-Gentil (Gabon). Opérant en toute impunité dans les eaux africaines, vidant les ressources halieutiques de la Côte d’Ivoire et menaçant la sécurité alimentaire, économique et environnementale du pays.

Combien de navires chinois sillonnent les eaux africaines, notamment dans le Golfe de Guinée et au large des côtes ivoiriennes ? En 2020, l’Overseas Development Institute (ODI) estimait leur nombre à 17 000 dans le seul Golfe de Guinée. Tous pratiquent la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). Cette activité, qualifiée de pillage en règle, viole les lois nationales et régionales. Selon l’ODI, 40 % des prises seraient illégales. Bien que les Chinois ne soient pas les seuls responsables, ils dominent largement ce trafic grâce à des techniques sophistiquées de “désilhouettage”.

Officiellement plafonnée à 3 000 navires, la flotte chinoise parvient à multiplier les navires usine et autres chalutiers à l’aide d’un système complexe de propriétés multiples, un peu à l’image de la flotte fantôme russe. Les deux systèmes reposent sur une architecture de prête-noms et de pavillons de complaisance. Le navire Meng Xin 10, repéré en juin dernier au large des côtes ivoiriennes, en est un exemple frappant. Battant pavillon ghanéen, avec un équipage local, il appartient officiellement à une entreprise enregistrée à Accra. Pourtant, les officiers à bord sont chinois, les instruments de navigation en mandarin, et les commanditaires basés à Dalian, en Chine. Ces navires désactivent leurs systèmes de suivi pour échapper aux contrôles et aux représailles, car certains de leurs patrons sont soupçonnés de violations des droits de l’homme. Selon la Fondation pour la justice environnementale (EJF), plus de 90 % des chalutiers industriels dans les eaux ghanéennes seraient détenus par des sociétés chinoises.

Un désastre économique et environnemental

Les conséquences de cette pêche illégale sont catastrophiques pour l’économie et l’environnement ivoiriens. Le manque à gagner est estimé à 11,5 milliards de dollars par an, dont 2,3 milliards et quelque 300 000 emplois pour les pays du Golfe de Guinée. Des dizaines de milliers de personnes dépendent de la pêche. “Il n’y a plus de poisson dans la mer. Ça fait au moins deux ans que c’est très dur”, déplore Amaka Kouamé, un pêcheur ivoirien. Autrefois, il gagnait environ 3 000 euros par an, mais aujourd’hui, il peine à dépasser 1 000 à 1 200 euros.

La production de la pêche maritime en Côte d’Ivoire a chuté d’environ 40 % entre 2010 et 2020, passant de près de 150 000 tonnes à environ 100 000 tonnes. L’insécurité alimentaire plane sur le pays. En Côte d’Ivoire, le poisson est la première protéine animale consommée dans le pays. Sur le plan environnemental, la technique de chalutage non seulement ne différencie aucun poisson mais détruit aussi les habitats de fonds marins vitaux, sapant la capacité de régénération des écosystèmes marins.

Les autorités face au géant chinois

Face à cette menace, les autorités ivoiriennes tentent de réagir. La marine nationale effectue des patrouilles et des contrôles réguliers dans la zone économique exclusive, aidée par une surveillance satellite et des drones. Le gouvernement a instauré des zones maritimes protégées et des plans de gestion des pêches. Il a également renforcé sa législation et sa collaboration avec des organisations internationales comme l’Union Européenne. Le 6 juin dernier, la Côte d’Ivoire a signé un protocole avec la Commission européenne, permettant aux navires européens de pêcher 6 100 tonnes de poisson sur quatre ans, en échange d’un soutien financier de 2,9 millions d’euros. Un tel dispositif pourrait être mis en place avec la Chine. Mais Pékin est-il prêt à payer alors que son pillage lui permet de se nourrir à moindre coût ?

une correspondance particulière de Constantine Ndoko

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