Opinion

Golfe de Guinée: après le Mersin, un ultimatum climatique contre la dark fleet

Par La Rédaction5 décembre 2025

Le pétrolier M/T Mersin, victime d’une inondation dans son compartiment moteur alors qu’il mouillait au large de Dakar, a failli déclencher l’une des pires marées noires de l’histoire récente de l’Afrique de l’Ouest. Grâce aux autorités sénégalaises, la situation a été contenue, mais cet incident soulève une question urgente: jusqu’à quand tolérer la présence des navires de la « dark fleet » dans les eaux du golfe de Guinée ?

Le Mersin, long de 183 mètres, transporte du carburant chargé dans plusieurs ports russes. Il appartient à cette flotte informelle de pétroliers vieillissants, opérant sous faux pavillons, souvent dépourvus d’assurances valides et cherchant à contourner les sanctions internationales. Ce type de navire cumule les failles techniques et réglementaires, augmentant considérablement les risques d’accidents.

Si le Mersin avait sombré, des hydrocarbures auraient pu gagner les côtes en moins de deux jours, contaminant mangroves, zones de pêche, fonds marins et eaux littorales. Les pêcheries artisanales, essentielles à la sécurité alimentaire régionale, auraient été lourdement touchées, tout comme les activités touristiques. L’impact aurait été régional, dépassant largement les frontières du Sénégal.

Le problème est systémique. La dark fleet sillonne de plus en plus la zone atlantique, profitant de ports peu contrôlés et de zones d’attente pour effectuer des transbordements illégaux. Sans normes, sans transparence, ces navires représentent un risque « permanent », selon les experts.

D’autres pays africains ont commencé à réagir. La Gambie a radié plus de 70 navires suspects de son registre. Les Comores et la Sierra Leone ont pris des mesures similaires, leurs pavillons ayant été massivement utilisés par la flotte fantôme dans les ports russes de la Baltique.

L’Afrique de l’Ouest doit aujourd’hui passer d’une logique réactive à une stratégie préventive : renforcer la surveillance maritime, limiter les zones de mouillage, exiger des preuves d’assurance, imposer des normes strictes d’immatriculation et, si nécessaire, interdire totalement l’accès à ces navires à haut risque.

Le Mersin n’est pas un incident isolé. C’est un signal d’alarme. Le golfe de Guinée doit agir avant de payer le prix écologique d’une catastrophe annoncée.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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