L’activiste Kemi Seba a été arrêté au Sénégal pour avoir brûlé volontairement un billet de 5000 Fcfa. Son action est évidemment purement idéologique : économiquement, financièrement, politiquement, elle ne justifie pas. Les adversaires de la monnaie du Fcfa portent toujours le même combat anti-France et anti-colonial. C’est leur droit. Cependant connaissent-ils les réalités économiques du monde nouveau qui surgit devant nous ? Connaissent-ils la situation économique et financière des deux zones CFA, la CEMAC et l’UEMAO ? Connaissent-ils (ou prennent-ils en compte ) la situation économique et financières des pays qui ont choisi de s’appuyer uniquement sur leur monnaie nationale : l’Afrique du Sud, le Nigeria, la Tunisie… ?
Faut-il rappeler que le Zimbabwé n’a plus de devise nationale depuis six ans : il utilise dans les faits le dollar américain et la monnaie de ses voisins, et il vient d’adopter le yuan, la devise chinoise comme devise nationale. Robert Mugabe qui est pourtant un défenseur de l’identité africaine, a le sens des réalités économiques. Mais ce réalisme ne semble pas le fait des adversaires du Fcfa , car ils militent pour une souveraineté monétaire à l’ancienne qui permet à un pays, en jouant sur la dévaluation compétitive d’une monnaie nationale, de tenter de créer plus de croissance, ce qu’interdit la parité fixe entre le franc CFA et l’euro. Selon eux 14 pays et un 15è, l’Union des Comores, seraient ainsi « otages » de la France, car ils n’ont pas la liberté d’utiliser librement leurs réserves monétaires, actuellement « confisquées » par le Trésor français. L’activisme politique et idéologique a ceci de merveilleux qu’il permet de se tenir loin des réalités économiques et d’adopter des postures de « révolutionnaires de canapé ». Est-ce à dire qu’il faut conserver éternellement le FCFA ? La réponse est non. Tout le monde s’accorde à dire que des ensembles sous régionaux africains, dont les économies sont intégrées, comme l’actuelle zone franc, ont vocation à avoir leur propre monnaie unique « africaine ». Personne ne s’y oppose, surtout pas la France.
[ Faut-il brûler le CFA ? ]
Même si nous créons en Afrique notre monnaie, le système actuel d’échanges monétaire dans le monde obligera toujours à détenir des réserves à l’extérieur afin de garantir les fluidité commerciaux et financiers des pays de la zone. Si l’on change le nom de notre monnaie, si l’on sort de la parité avec l’euro et du mode de co-gestion avec la France, on aura peut-être l’illusion d’être libres ou le sentiment de ne plus être « dépendant » de l’ancien colonisateur ; toutefois nous serons toujours soumis aux rapports de force économiques et monétaires dans le monde très concurrentiel d’aujourd’hui. Une monnaie africaine aura toujours besoin d’un tuteur : le dollar américain, la livre sterling ou le yuan chinois, sans oublier l’or unité de mesure. Est-ce le sentiment d’avoir choisi « librement » Londres, Pékin, New York, Tokyo, au lieu de Paris, qui doit prévaloir ? La stabilité de notre monnaie et de nos économies dépendent-elles essentiellement de l’abandon de la monnaie du FCFA ? Être adossé à une autre monnaie ne reviendra pas moins cher aux États africains, par rapport aux nécessaires réserves à mettre en place pour garantir la qualité , la stabilité et le taux de change durable de la monnaie.
Les détracteurs du FCFA accusent la France d’appliquer des conditions qui ne sont pas favorables aux pays des deux zones francs, en particuliers des intérêts plus faibles perçus sur le placement d’une partie de leurs réserves de change sur un compte d’opération du Trésor français.
[ Brûler la monnaie du FCFA : une question politique ou économique ? ]
La question que pose l’activiste Kemi Seba en brûlant volontairement un billet de 5000 Fcfa, est purement politique. Ce geste s’inscrit dans un vaste mouvement de manipulation des opinions africaines. Oui, les sous-régions en Afrique, comme la CEMAC et l’UEMAO, doivent avoir un jour, leur propre monnaie unique.
Mais qui ne se souvient de la révolte de De Gaulle contre le dollar et des mesures de Giscard ou de Mitterrand pour sauver le Franc français. Le poids économique de la France, 5ème puissance mondiale, malgré les réserves de certains de certains de ses dirigeants, ne l’a pas empêché de faire le choix de l’euro, c’est-à-dire perdre une partie de sa souveraineté monétaire.
Ce n’est pas une capitulation devant le diktat de Bruxelles, contrairement à ce que prétend le Front national, mais un choix raisonné et logique. Par ailleurs , comment l’empressement du FN à dire qu’il ferait retrouver sa monnaie nationale à la France -ce qui serait un retour à ne instabilité monétaire mortifère-, s’il accédait au pouvoir, ne fait-il pas percevoir aux adversaires du Fcfa, la manipulation pouvant résider dans un tel combat ? En Grèce, le leader populiste qui avait fait campagne contre l’Euro est rentrée dans les rangs. Les souverainistes africains ne sont pas trop fans du Front National, mais ils récusent le Fcfa, comme le Front National récuse l’Euro.
Aujourd’hui, les économies des 15 pays des zones « franc » sont-elles suffisamment diversifiées pour qu’elles puissent, du jour au lendemain, se débarrasser du FCFA. Cette monnaie est, pour l’instant, un atout. L’argument qui consiste à faire croire qu’en jouant sur les dévaluations compétitives de sa monnaie nationale, un pays connaîtra une meilleur croissance économique est un argument qui ne tient pas. Les produits importés coûteront beaucoup plus chers. Toute dévaluation est un impôt pour les classes populaires. Lorsqu’on voit comment les autres monnaies sont gérées et comment le commerce international est indexé sur une ou deux monnaies, dont le dollar, la volonté de se débarrasser du CFA est purement idéologique. Aujourd’hui, en Afrique, le Fcfa l’un des instruments d’intégration et de solidarité parmi les plus efficaces dans le monde.
Il est encore trop tôt pour brûler le Fcfa ! D’autant plus que les politiques publiques destinées à diversifier les économies sont encore insuffisantes. La crise du cacao a montré la fragilité de l’économie ivoirienne, pourtant l’une des plus fortes et des plus diversifiées d’Afrique.
Avant de brûler la monnaie du FCFA
Le FCFA est certes garanti par le Trésor français, mais c’est une monnaie africaine, gérée par les deux banques centrales africaines. Il appartient aux États africains d’en faire une monnaie pleinement africaine et convertible. Quant au rêve d’une monnaie unique africaine, il est encore impossible à réaliser. Travaillons d’abord à consolider les économies de la CEDEAO pour aller vers une monnaie régionale, avant de brûler la monnaie du fcfa.
Dans un continent rempli de contradictions, dans une sous région qui a d’autres urgences, dans un continent où il est difficile pour certains d’avoir 10 euros par jour, dans une période où le sort du reste des pays de de l’Afrique hors Fcfa n’a rien d’enviable, il n’est pas conseillé de soutenir l’acte posé par Kemi Seba : brûler le Fcfa!
Depuis des années , tout le monde critique cette monnaie sans que personne ne soit inquiété. Des débats de font librement ! Mais brûler la monnaie , utiliser les pièces pour les jeter , dénigrer et discréditer la monnaie, ne sert pas la cause des activistes. Le soutenir, c’est être prêt pour soutenir et justifier les rebellions, les coups d’état et la violence , ou tout autre acte prescrit par les lois, les religions, les us et coutumes ( comme voler , mentir , tuer …) , au motif qu’il y aurait des raisons légitimes, des causes bien fondées pour justifier cela !
Charles Kouassi