Dans la région de l’Adamaoua, au Cameroun, l’exploitation de l’or par des opérateurs chinois est au cœur d’une grave crise sociale. Dans la nuit du 21 au 22 janvier, une intervention armée de la gendarmerie sur un site aurifère à Goro a fait au moins trois morts. Un drame révélateur des tensions croissantes autour du modèle extractif chinois en Afrique, suivi avec attention depuis la Côte d’Ivoire.
Un drame meurtrier sur le site aurifère de Goro
Les faits se sont produits sur le site d’extraction d’or de Goro, dans la région de l’Adamaoua. Selon des témoignages locaux relayés sur les réseaux sociaux et par des médias camerounais, des éléments du Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale (GPIN) ont ouvert le feu sur des civils rassemblés sur le site. Le bilan provisoire fait état d’au moins trois morts, plusieurs blessés et des arrestations.
Les manifestants protestaient contre le retour annoncé d’opérateurs chinois sur ce chantier abandonné depuis plusieurs mois. D’après des sources locales, des habitants s’étaient rendus sur place pour fouiller le site à la recherche de coffres supposément enfouis par des exploitants chinois partis précipitamment. L’intervention des forces de sécurité, destinée à déloger ces civils, a dégénéré dans des circonstances encore non élucidées par les autorités.
Un rejet populaire assumé de la présence chinoise
Cet épisode illustre un rejet croissant de la présence chinoise dans les zones minières camerounaises. Les populations locales dénoncent depuis plusieurs années des conditions de travail jugées proches de l’esclavage moderne, des salaires très bas ou impayés, le non-respect des lois sociales et environnementales, ainsi que le rapatriement massif des profits hors du pays.
La richesse aurifère du Cameroun, présentée comme un levier de développement économique, est ainsi perçue par de nombreux riverains comme une source de prédation, de frustrations et de conflits, aggravés par une réponse sécuritaire souvent brutale.
Un schéma qui se répète en Afrique
Le Cameroun n’est pas un cas isolé. Des situations similaires ont été observées en République centrafricaine, en Guinée et en République démocratique du Congo, où l’exploitation minière impliquant des acteurs étrangers1, notamment chinois, est régulièrement associée à des violences, des morts lors d’effondrements de mines ou des poursuites judiciaires pour exploitation illégale.
Depuis la Côte d’Ivoire, où les autorités tentent de mieux encadrer le secteur minier et de lutter contre l’orpaillage illégal, le drame de Goro résonne comme un avertissement. Il rappelle les risques d’un modèle extractif mal régulé, incapable de protéger les populations locales.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
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