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Interview exclusive d’Ericka Alneus, cheffe de l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville de Montréal

Par La Rédaction28 janvier 2026

Dans cet entretien, la cheffe de l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville de Montréal Ericka Alneus revient sur le rôle du « cabinet fantôme », les grands enjeux municipaux et l’importance d’une gouvernance inclusive dans une métropole marquée par la diversité.

AFRIKIPRESSE.FR : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre parcours ?

Ericka Alneus : Je suis Ericka Alneus, née au Québec. J’ai 41 ans et je suis aujourd’hui Cheffe de l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville de Montréal. Je viens d’une région un peu plus loin au sud-est, dans les cantons de l’est, de parents haïtiens. J’y ai grandi. Mes parents ont immigré au Canada à la fin des années 70, début 80. Je suis venue m’installer à Montréal en 2006 pour des études en Sciences Politiques. Je me suis réorientée vers des études en philanthropie et je travaillais dans des organisations à but non lucratif (OBNL). J’ai travaillé dans plusieurs associations de soutien et d’accompagnement des jeunes et des femmes. Je siégeais comme membre de conseil d’administration de plusieurs organisations. C’est une vraie école extrêmement formatrice qui m’a permis de créer et construire différentes interactions humaines sans être impliquée dans la politique. Car, la politique active me faisait toujours peur. En 2015, il y a eu le lancement d’un programme pour manager et encourager les femmes à s’engager dans la politique. J’ai fait partie de la première cohorte de ce programme « Citer elle ». Aujourd’hui encore, je participe comme Mentor auprès de certaines femmes, en leur disant : faites attention parce que je fais partie de la première Cohorte et voyez ce que je suis devenue. En 2017, pendant que je poursuivais mes études et menais mes activités, j’ai été approchée pour les élections ; j’ai décliné l’offre. C’est en 2021 que j’ai décidé de m’engager en politique et en fait mon activité principale avec la même posture de proximité avec les populations. Cette proximité avec les populations me donne du sens à ce que je fais. Car, la vérité est qu’à travers mes différents engagements, j’ai trouvé ma mission de vie, c’est d’être au service des gens. Servir les autres est pour moi quelque chose d’extrêmement profond. Avec aujourd’hui mes responsabilités de conseillère municipale et de Cheffe de l’opposition officielle, je travaille davantage à renforcer cette proximité avec les populations pour mieux servir les montréalaises et les montréalais. Voici un peu mon parcours toujours proche et au service des populations.

Vous venez de présenter la composition de votre cabinet fantôme. Pourquoi « fantôme » et pas officielle ? C’est quoi le rôle de ce cabinet ?

Le Cabinet « Fantôme » est une expression consacrée à la politique au Canada. Il est l’opposition officielle ici par le nôtre « Projet Montréal » à l’Hôtel de ville de Montréal. Je viens effectivement de présenter mon cabinet qui est composé par des membres de notre parti. Chaque membre de ce cabinet va être responsable de dossiers techniques et émergents au niveau de la municipalité. Il doit surveiller les actions de l’administration et poser des questions pour vérifier que tout est bien fait pour le bonheur des Montréalaises et des Montréalais. Il doit également critiquer et apporter de nouvelles idées, des propositions pour améliorer les choses. En clair, le travail de notre Cabinet Fantôme est très important pour la gestion et l’amélioration des différents domaines sociopolitiques comme l’éducation, le logement, le transport ou l’environnement.

Quels sont vos projets actuels et les perspectives pour la ville de Montréal et le bien-être surtout des populations ?

Abordons le sujet sur deux fronts, la réalité de la législation étant une élue et l’animation de la vie démocratique de notre métropole. L’opposition officielle « Projet Montréal » dont j’ai le grand privilège de la responsabilité en qualité de Cheffe travaille depuis 20 ans pour le bonheur des populations de notre métropole Montréal. Projet Montréal aujourd’hui dans l’opposition, c’est 20 ans d’amour pour sa ville et est composé par des Montréalaises et montréalais engagés au service du développement local de leur ville. Le premier projet en qualité de Cheffe de Projet Montréal est de tirer toutes les leçons de notre défaite et de travailler pour activer et réactiver l’énergie de notre parti sur le terrain. Je rappelle que le Projet Montréal est un parti progressiste, féministe avec une tangente où on assume nos valeurs. Nous réfléchissons à la ville d’aujourd’hui mais, aussi à celle de demain pour les générations futures. Notre parti est le seul parti démocratique de Montréal avec des membres, des militants partout dans notre métropole. C’est donc important pour moi de travailler à l’activation des énergies de notre parti pour renforcer son encrage. Je prendrai le temps de descendre sur le terrain pour rencontrer tous les élus de notre parti, nos militants et sympathisants partout à Montréal. On a toujours été un parti d’idées et de dialogues. Nous voudrions être une opposition constructive, rigoureuse et visionnaire. On y croit, on va continuer à contribuer au développement public local en s’assurant que l’administration prenne des décisions justes, équitables et éclairées. En termes de perspectives, il s’agira pour nous de tout mettre en œuvre pour revenir dans l’administration avec des projets inclusifs dans entre autres le transport, l’éducation, la santé, le logement et la coopération internationale.

Avez-vous des projets de coopérations internationales ? Si oui pour quelles régions ?

Sur la question de la coopération internationale, il faut noter que Montréal au regard de son histoire et de ses ambitions de métropole de diversité entretient des relations avec d’autres villes du monde. Mais, la gestion des projets à l’international relève de la compétence de l’administration notamment du bureau en charge de l’international. Nous, au niveau de l’opposition, apportons nos contributions, remarques pour le développement de la coopération internationale entre la ville de Montréal et d’autres villes du monde. Cela cadre d’ailleurs avec mon rôle dans notre Cabinet où je suis en charge de la relation internationale. Pour nous à Projet Montréal, nous pensons qu’il est important de s’ouvrir au reste du monde. Notre ambition est d’avoir une coopération internationale renforcée dans le domaine des échanges socioculturels, économiques et bien d’autres secteurs d’activités. Ce renforcement de la coopération avec d’autres régions, villes doit commencer par l’organisation des communautés que nous avons déjà à Montréal dans le respect de la diversité socioculturelle et de l’histoire même de notre belle métropole. Prenons l’exemple de la communauté africaine à l’instar d’autres communautés, qui est extrêmement diverse et dynamique. On doit travailler pour bien la connaître et l’impliquer dans les initiatives de développement. C’est fort de cela que j’étais présente à la cérémonie de prix de l’Académie du Baobab que je trouve formidable. Cet événement où l’Ambassadeur de la Côte d’Ivoire près des États-Unis était présent est un bel exemple de coopération. Il faut donc encourager et accompagner ce genre d’initiatives, de rencontres qui favorisent et contribuent au développement local et à la coopération internationale. Bien que dans l’opposition, nous allons multiplier de telles rencontres pour travailler à l’organisation des communautés sur place et de futurs projets de coopération internationale.

Seriez-vous intéressée par des propositions de coopération avec la Côte d’Ivoire ? Si oui dans quel domaine ?

C’est à l’administration de décider de telle coopération internationale. Mais, en tant que Cheffe de l’opposition officielle et en charge des relations internationales dans notre cabinet, je peux travailler à favoriser des opportunités de coopération. Je ne connais pas trop l’Afrique, car j’ai eu le privilège d’effectuer un voyage en 2024 précisément au Sénégal. J’ambitionne de nouveaux déplacements notamment au Bénin, Ghana, en Afrique du Sud ou ailleurs si les opportunités me le permettent pour découvrir les richesses et les valeurs socioculturelles de ce continent. Au regard de la dynamique des communautés africaines au Canada particulièrement à Montréal, des coopérations peuvent et doivent être développées. En d’autres termes, avec la conjoncture actuelle depuis la pandémie, je pense qu’il y a des choses à faire et à développer avec l’Afrique. Comme je le disais, la vision très colonialiste de certains sur l’Afrique doit être combattue par la dynamique de sa population notamment sa jeunesse, ses intellectuels et les opportunités offertes par ce continent.

Vous êtes une femme leader politique, quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes et aux femmes qui voudraient suivre votre parcours ?

Chaque personne a son histoire, son parcours. Je ne saurai donc être une bonne conseillère dans ce sens. Je dirai que par mon parcours, mon histoire personnelle et familiale, j’ai été un peu privilégiée par la vie. Toutefois, il faut noter que rien n’est facile notamment en politique surtout quand on est femme. Les jeunes comme les femmes doivent savoir qu’ils ont le droit de s’engager au plan social comme politique. Mais, la première chose à faire est d’apprendre à connaître son environnement et à être socialement et politiquement actif dans sa communauté et la société. Je les inviterai donc à faire confiance à leur vision du monde, de la société et surtout à avoir de l’audace, des ambitions. Ils ne doivent jamais avoir peur de s’engager et de lancer des initiatives. Ils doivent rêver, avoir des objectifs et à foncer sans relâche pour les réaliser. Permettez-moi ici de rendre un grand hommage à mes parents arrivés au Canada sans grand-chose ni moyens. Par leur éducation, détermination, engagement et abnégation au travail, ils m’ont inculqué des valeurs qui m’accompagnent dans tout ce que je fais. Je dirai donc que les jeunes et les femmes doivent d’abord se faire confiance puis travailler avec audace, persévérance sans rompre avec leurs valeurs. Ils doivent être vrais, sérieux et oser avec audace.

Ce derniers temps ont été marqués par la fin du Programme Expérience Québec (PEQ), qu’en pensez-vous ?

Je trouve très regrettable ce débat autour du Programme Expérience Québec (PEQ) et la manière de procéder du Gouvernement. Le sujet d’immigration est sensible. Cela a toujours été ainsi au Canada particulièrement dans notre métropole. On oublie souvent l’importance de l’immigration surtout de ce programme pour la construction, le développement de notre pays. Je l’ai déjà dit plus haut, moi, je suis une représentante d’une ville où le drapeau rappelle cette intégration réussie des communautés dans sa diversité socioculturelle. En tant que membre de l’Opposition Officielle, je pense être du mauvais côté pour en parler, il faut donc prendre acte de la fin du Programme Expérience Québec (PEQ). On peut poser les problèmes de l’immigration notamment la question du PEQ en tenant compte du côté cosmopolite de Montréal, de Québec sous le prisme de la Francophonie, mais je trouve ce qui se passe actuellement un peu brutal. Il est vrai que l’administration peut prendre des décisions définitives sur des sujets comme l’immigration, mais il faut analyser l’aspect humain, social de ceux à qui ces décisions vont s’appliquer. Moi-même je suis fruit de l’immigration comme plusieurs canadiens d’ailleurs. L’immigration n’a pas qu’un côté négatif pour notre société. C’est pour cette raison, que nous devons être conscients des enjeux humains, malgré les pressions sur les services publics. Nous-mêmes au niveau de la municipalité, nous ressentons ces fortes pressions sur les services publics, nous en sommes très conscients, mais la décision de mise de fin au PEQ par le Gouvernement du Québec a été précipitée et un peu brutale. En tout cas, si nous étions aux affaires, dans l’administration, nous aborderions les choses de manière plus inclusive, juste, équitable pour les Montréalaises et les Montréalais. Notre vision s’accorde avec les différents enjeux importants de société que nous devons faire face ici à Montréal. Nos priorités consistent à travailler pour faire face aux enjeux de la crise du logement, des problèmes d’itinérance dans notre métropole. S’il est vrai que la question de l’itinérance est une réalité métropolitaine, elle s’est exacerbée chez nous à Montréal depuis la période de la pandémie Covid-19 et également avec la crise du logement. On aborde aussi des questions liées à la santé, au transport et au changement climatique avec des politiques de mobilité et des projets d’aménagement de nos quartiers. Pour le transport par exemple, notre défi est de travailler à moderniser le transport commun afin de faciliter la mobilité des Montréalaises, des Montréalais et des visiteurs de notre métropole. Ce qui va fortement contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des populations conformément à la devise de Montréal « Concordia Salus » (« Le salut par la concorde »). En somme, notre vision avec « Projet Montréal » consiste à faire de Montréal cette ville francophone, francophile une métropole où les citoyens et les visiteurs vivent avec Dignité.

Quels sont vos rapports avec les diasporas notamment haïtiennes, africaines dans votre commune et à Montréal ?

J’entretiens de bonnes relations avec les diasporas africaines et haïtiennes en tant que citoyenne et en qualité d’élue. C’est d’ailleurs depuis mon installation à Montréal que je découvre à proprement dit la diaspora africaine que j’apprends à connaître. Cette diaspora est dynamique, active et participe à l’animation et au développement de notre Métropole. Quant à la diaspora haïtienne, je la connais, elle est bien implantée à Montréal. Je la fréquente un peu plus depuis mon installation à Montréal surtout celle du côté de Sherbrooke où il y a une toute bonne petite communauté. Quand je m’y rendais, les gens se moquaient un petit peu de mon créole parce qu’il y avait un accent très particulier. (Rire). Cette communauté m’a permis de rencontrer plein de gens. Il faut aussi dire que mes parents qui sont venus de Haïti, m’ont beaucoup aidé à m’intégrer dans la communauté haïtienne. Je suis même souvent invitée sur des médias pour partager des moments, des débats d’actualité. Je connais bien la Maison d’Haïti qui est un lieu de rencontres, d’échanges et de partages. Comme je le disais plus haut, c’est vraiment dans mon mandat que je découvre de manière plus substantielle des communautés africaines. Je connais depuis très longtemps le Président de la Maison de l’Afrique. Mais, l’événement de l’Académie du Baobab m’a permis de rencontrer des gens de la communauté sénégalaise, ivoirienne, burkinabè et bien d’autres. Et puis je pourrais dire qu’en tant qu’ancienne responsable du projet de la gastronomie dans l’administration, j’ai rencontré du beau monde. Pour moi, il y a beaucoup de choses magnifiques qu’on peut découvrir et organiser à travers la nourriture. Car, il n’y a rien de mieux que de réunir autour d’un plat des gens pour mieux apprendre à se connaître. J’entretiens donc un très bon rapport avec les diasporas qui doivent vivre avec leurs histoires pour enrichir celles de Montréal, notre Métropole. Il faut travailler à ouvrir et amplifier le dialogue avec les communautés pour faciliter le vivre ensemble, le développement local. L’histoire des diasporas mérite d’être racontée. Car, raconter l’histoire de la diaspora, c’est raconter l’histoire d’une vie, d’un rêve, d’un espoir et d’un parcours. Le rôle de la diaspora est en un mot important pour le pays d’accueil comme pour le pays d’origine. Elle correspond aussi à l’histoire de notre ville puis on a le droit de pouvoir prendre cette place-là. Moi je dis souvent, pour moi les hibiscus et les fleurs l’Iris versicolore du Québec du jardin doivent cohabiter et fleurir très bien ensemble. Une manière simple de dire que la diaspora africaine ou autre a toute sa place au Canada notamment à Montréal pour le développement local durable, dynamique puis la promotion de la diversité sociale culturelle.

Avez-vous un dernier mot à la fin de cet entretien ?

Je vous remercie pour l’opportunité. L’opposition officielle doit apprendre, et être une contre-proposition dynamique sur le terrain pour mieux revenir et défendre ses valeurs. Nous sommes le seul parti démocrate, féministe et de liberté au service de Montréal. Nous avons une vision claire et un projet pour Montréal, que l’administration ne l’oublie. Merci.

Interview réalisée par Lassina BAMBA

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