Opinion

Enfants de la rue et travail des enfants : la Côte d’Ivoire face à une urgence sociale

Par La Rédaction26 août 2025

À Abidjan, les scènes sont devenues familières : des enfants errant aux carrefours, dormant à même le sol, vivant de mendicité ou de petits services rendus aux passants. Selon les estimations officielles et associatives, ils seraient aujourd’hui près de 14 000 enfants de la rue dans la capitale économique. La plupart ont fui des situations familiales difficiles, la pauvreté ou les violences domestiques. Leur quotidien se résume souvent à la débrouille, à l’insécurité et à la marginalisation.

Des réponses publiques mais limitées

Pour faire face à ce phénomène, l’État ivoirien a lancé plusieurs programmes. Le Programme de protection des enfants et adolescents vulnérables (PPEAV), piloté par le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, a permis de retirer plusieurs centaines d’enfants de la rue depuis 2022. Ces enfants sont temporairement hébergés dans des centres, bénéficient d’un accompagnement psychosocial et, pour certains, sont réunifiés avec leurs familles. Des organisations comme l’UNICEF ou des ONG locales apportent également un appui, à travers des structures d’accueil, la scolarisation et la médiation familiale.

Ces efforts marquent une avancée, mais ils restent insuffisants. Beaucoup d’enfants reprennent rapidement la rue, faute de solutions durables et adaptées. Les acteurs de terrain soulignent la nécessité de renforcer les filets sociaux pour les familles vulnérables et de mieux coordonner les interventions.

Le poids du travail des enfants

Au-delà des enfants des rues, la Côte d’Ivoire est confrontée à un autre défi : le travail des enfants. Dans les plantations de cacao, les carrières artisanales ou encore les marchés, des milliers de mineurs participent à des activités dangereuses et physiquement éprouvantes. Ce phénomène, largement documenté par les partenaires internationaux, ternit régulièrement l’image du pays.

Pour y répondre, un cadre légal existe depuis plus d’une décennie. La loi de 2010 interdit la traite et les pires formes de travail des enfants. Un arrêté de 2017 précise la liste des activités interdites aux mineurs. Plus récemment, en juin 2025, le gouvernement a lancé un Plan d’action national 2025-2029, doté d’un budget de 165 milliards de FCFA. Ce plan vise à renforcer la prévention, améliorer la scolarisation et sanctionner les cas d’exploitation. Il est coordonné par le Comité national de surveillance (CNS), présidé par la Première dame, et le Comité interministériel de lutte contre la traite et l’exploitation des enfants.

Une bataille de longue haleine

La lutte contre la vulnérabilité des enfants en Côte d’Ivoire se joue donc sur deux fronts : protéger les enfants de la rue et éradiquer le travail forcé des mineurs. Dans les deux cas, la pauvreté, la déscolarisation et les inégalités sociales restent des facteurs déterminants. Si les textes existent et que les programmes se multiplient, leur efficacité dépend de leur mise en œuvre réelle et de la capacité de l’État à assurer un suivi dans la durée.

Chaque enfant sorti de la rue ou épargné du travail forcé représente une victoire. Mais pour que ces succès ne restent pas isolés, il faudra conjuguer volonté politique, mobilisation des ressources et implication de la société civile. C’est à ce prix que la Côte d’Ivoire pourra transformer les initiatives actuelles en progrès durables pour son enfance.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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