Alors que la reconnaissance de l’État de Palestine refait surface à l’ONU, la Côte d’Ivoire s’apprête à faire entendre sa voix. À travers une diplomatie sobre mais constante, le pays s’impose comme un acteur de poids en Afrique de l’Ouest sur les grands dossiers internationaux. Analyse.
Le président Alassane Ouattara est attendu dans les prochains jours à New York pour participer à la 79ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Au programme : plusieurs rencontres bilatérales, mais surtout une conférence cruciale prévue le 22 septembre sur la reconnaissance de l’État palestinien. Cette rencontre, co-présidée par Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman, verra la participation d’un cercle restreint de dirigeants africains, parmi lesquels le chef de l’État ivoirien.
Derrière cette invitation, une reconnaissance implicite du rôle que joue la Côte d’Ivoire sur la scène diplomatique africaine.
Une reconnaissance déjà actée depuis 2008
Ce que beaucoup ignorent, c’est que la Côte d’Ivoire a officiellement reconnu l’État de Palestine depuis le 1er décembre 2008. Ce choix, fait dans un contexte international marqué par de nombreuses tensions au Proche-Orient, s’inscrivait dans une tradition africaine d’appui aux causes liées à l’autodétermination des peuples. Abidjan n’a jamais remis cette reconnaissance en question.
Mais contrairement à certains pays qui affichent bruyamment leur position, la diplomatie ivoirienne a toujours opté pour la discrétion. Ce n’est pas une indifférence, bien au contraire : la Côte d’Ivoire a régulièrement voté en faveur des résolutions onusiennes soutenant les droits des Palestiniens, y compris celles condamnant la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël.
Une diplomatie d’équilibre
Le mot d’ordre à Abidjan est clair : fermeté sur les principes, mais modération dans le ton. La Côte d’Ivoire défend sans ambiguïté une solution à deux États, en ligne avec le droit international et les résolutions de l’ONU. Elle considère qu’Israël et la Palestine doivent coexister dans la sécurité et la reconnaissance mutuelle.
En juillet 2025, face à l’impasse du Conseil de sécurité sur l’admission de la Palestine comme État membre, la diplomatie ivoirienne a appelé à un retour du débat devant l’Assemblée générale. Une manière de relancer la discussion sans créer de tensions. Cette approche équilibrée est saluée, car elle permet à la Côte d’Ivoire de garder sa crédibilité aussi bien auprès des pays arabes que de ses partenaires occidentaux.
Un rôle de plus en plus reconnu
Si Alassane Ouattara figure parmi les dirigeants invités à la table des négociations le 22 septembre prochain, ce n’est pas un hasard. La Côte d’Ivoire, souvent perçue comme le moteur économique et politique de l’Afrique de l’Ouest francophone, incarne une certaine stabilité dans une région marquée par les coups d’État et les replis nationalistes.
Dans un environnement international où les postures dominent souvent sur la recherche de solutions, la diplomatie ivoirienne mise sur la constance. Elle refuse l’unilatéralisme, défend le multilatéralisme, mais sans jamais chercher l’affrontement ou la rupture.
Une voix africaine qui compte
En Afrique, 47 pays sur 54 ont reconnu l’État palestinien. La Côte d’Ivoire en fait partie depuis plus de quinze ans. Mais ce qui la distingue aujourd’hui, c’est sa capacité à porter une parole mesurée, respectée des grandes puissances et attentive à l’intérêt des peuples.
En participant à cette conférence internationale sur la Palestine à New York, la Côte d’Ivoire ne change pas de ligne. Elle confirme un positionnement cohérent : défendre les causes justes, sans se laisser instrumentaliser. Dans un monde où les équilibres diplomatiques sont plus fragiles que jamais, cette approche fait figure d’exception. Et peut-être aussi d’exemple.
une correspondance particulière de Fleur Kouadio
Rédactrice en chef – Cap Ivoire Info