« En Afrique, le changement climatique pourrait entraîner une hausse des prix des denrées alimentaires pouvant aller jusqu’à 12 % en 2030 et 70 % à l’horizon 2080 — un coup très dur pour les pays où la consommation alimentaire des ménages les plus pauvres représente plus de 60 % des dépenses totales », prédit un rapport de la banque mondiale, publié un mois avant l’ouverture des négociations internationales de Paris sur le climat.
Ce rapport de 227 pages, dont copie a été transmise à Afrikipresse, démontre que le combat contre la pauvreté et la lutte contre le changement climatique sont plus efficaces lorsqu’ils sont menés simultanément.
Selon les études réalisées par l’institution bancaire internationale, « non seulement le changement climatique empêche déjà une partie de l’humanité d’échapper à la pauvreté, mais plus de 100 millions de personnes pourraient tomber sous le seuil de pauvreté à l’horizon 2030 sans la mise en œuvre d’un développement rapide et solidaire qui ne nuise pas au climat — accompagné de mesures de réduction des émissions à même de protéger les populations défavorisées ».
Le nouveau rapport du Groupe de la Banque mondiale, intitulé « Shock Waves: Managing the Impacts of Climate Change on Poverty », consacré à la gestion des effets du changement climatique sur la pauvreté, annonce que les populations pauvres sont déjà très menacées par les chocs liés au climat. Ces menaces se caractérisent par les: « mauvaises récoltes dues à la diminution de la pluviosité, flambées des prix alimentaires provoquées par des phénomènes météorologiques extrêmes, accroissement de l’incidence des maladies sous l’effet de vagues de chaleur et d’inondations, etc », lit-on.
Les auteurs du rapport estiment que ces chocs risquent de réduire à néant des progrès difficilement accomplis en causant des pertes irréversibles et en faisant retomber dans la pauvreté les personnes touchées, notamment en Afrique et en Asie du Sud.
Le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim déclare : « ce rapport établit clairement qu’il ne sera pas possible de mettre fin à la pauvreté si nous ne prenons pas des mesures énergiques pour atténuer la menace que le changement climatique fait peser sur les pauvres et si nous ne réduisons pas massivement les émissions nuisibles », ajoutant que « ce sont les plus démunis qui sont le plus durement frappés par le changement climatique. Le défi auquel nous sommes maintenant confrontés consiste à éviter que le dérèglement du climat ne plonge dans l’extrême pauvreté des dizaines de millions d’êtres humains ».
Le rapport révèle que les plus pauvres sont plus exposés que la population moyenne aux chocs climatiques tels que les inondations, les sécheresses et les vagues de chaleur. Dans les 52 pays pour lesquels des données sont disponibles, 85 % de la population vivent dans des pays où les défavorisés sont plus exposés que la moyenne aux sécheresses.
De l’avis des auteurs du rapport, une éventuelle augmentation de la pauvreté résultera avant tout de facteurs agricoles. Les études de modélisation indiquent que le changement climatique pourrait réduire, à l’échelle mondiale, les rendements de culture dans une proportion pouvant aller jusqu’à 5 % en 2030 et 30 % en 2080. Après les problèmes agricoles, les facteurs les plus déterminants sont les effets de l’augmentation des températures sur la santé (hausse de l’incidence du paludisme et des cas de diarrhée et d’arrêt de croissance) et la productivité de la main-d’œuvre.
Aliou BM Diallo