Opinion

Crise Mali–Algérie : entre tensions sécuritaires et rivalités régionales

Par La Rédaction2 octobre 2025

La crise diplomatique entre le Mali et l’Algérie, déclenchée par l’abattage d’un drone malien par l’armée algérienne en avril 2025, ne saurait se limiter à un simple incident militaire. Elle s’inscrit dans un climat de méfiance ancienne, nourri par la remise en cause de l’Accord d’Alger de 2015, par des divergences stratégiques sur la gestion du terrorisme au Sahel, et par les ambitions régionales de l’Algérie. Cette confrontation met en lumière les fragilités de la coopération au Sahel et pose la question d’une réponse collective de l’Afrique de l’Ouest face aux menaces transnationales.

L’Accord d’Alger, point de rupture

Signé en 2015 pour pacifier le Nord-Mali, l’Accord d’Alger constituait un succès diplomatique pour l’Algérie, médiatrice et garante du texte. Mais sa dénonciation en janvier 2024 par les autorités maliennes a marqué une rupture. Bamako accuse Alger d’ingérence et de proximité avec certains groupes rebelles. De son côté, l’Algérie voit dans cette décision une remise en cause de son rôle d’arbitre régional. L’accord, jadis symbole d’espoir, est devenu source de discorde.

Deux visions opposées de la sécurité au Sahel

Les divergences s’expriment aussi dans la manière d’aborder la menace djihadiste. Alger privilégie une approche fondée sur la médiation et la coopération sécuritaire régionale, en excluant toute présence militaire étrangère sur son territoire ou à ses frontières. À l’inverse, le Mali, dirigé par une junte militaire, mise sur une stratégie offensive, multipliant les opérations avec des drones et s’appuyant sur le soutien des mercenaires russes du groupe Wagner. Pour Alger, cette présence est inacceptable : elle représente une menace sécuritaire directe et un facteur de déstabilisation durable au Sahel.

Les calculs géopolitiques de l’Algérie

Au-delà du différend bilatéral, Alger cherche aussi à rappeler son statut de puissance militaire et diplomatique majeure en Afrique du Nord et en Méditerranée. L’Algérie dispose d’une armée modernisée et d’une diplomatie active, et entend s’imposer comme acteur incontournable dans la gestion des crises régionales. Sa réaction face au Mali illustre cette volonté d’affirmer son autorité et de préserver sa zone d’influence, au moment où la présence de nouveaux acteurs – notamment la Russie – recompose les équilibres au Sahel.

L’Afrique de l’Ouest et le rôle de la Côte d’Ivoire

Cette crise dépasse le seul cadre algéro-malien. Elle met en évidence les divisions qui affaiblissent la lutte contre le terrorisme au Sahel. Or, les groupes armés djihadistes profitent de ces fractures pour étendre leurs zones d’action. Dans ce contexte, l’union des pays d’Afrique de l’Ouest est plus que jamais nécessaire. La Côte d’Ivoire, qui a considérablement renforcé ses capacités militaires et développé une expérience reconnue dans la sécurisation de ses zones frontalières, se positionne comme un acteur clé. Abidjan est aujourd’hui l’un des pays les mieux équipés de la région pour répondre à la menace, et son rôle sera déterminant pour favoriser une coopération régionale efficace.

La crise Mali–Algérie illustre l’affrontement de deux logiques : la recherche d’autonomie et de puissance par Bamako, et la volonté d’Alger de maintenir son rôle de garant régional et de contenir toute présence étrangère jugée hostile. Mais elle rappelle aussi l’urgence d’une solidarité régionale pour contrer une menace qui transcende les frontières.

Alors que l’Algérie veut préserver son statut de puissance au Sahel, une question demeure : quelle sera son attitude face à l’Alliance des États du Sahel (AES), qui revendique une nouvelle approche sécuritaire sous influence russe ? Entre coopération et confrontation, la réponse d’Alger pourrait redessiner les équilibres régionaux et déterminer l’avenir de la lutte antiterroriste en Afrique de l’Ouest.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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