Un mouvement profond traverse aujourd’hui le cinéma ivoirien. Après plusieurs décennies de déclin marqué par la fermeture presque totale des salles, le secteur connaît un renouveau porté par le numérique et par la volonté d’Abidjan de redevenir un pôle de création continental.
L’histoire du cinéma ivoirien commence véritablement en 1961 avec la SIC, première structure officielle. Trois ans plus tard, Timité Bassori signe Sur la dune de la solitude, reconnu comme le premier long métrage local. Pendant près de trente ans, les salles de quartier prospèrent: jusqu’à 40 à Abidjan et près de 100 dans tout le pays. La disparition progressive de ces espaces a laissé un vide culturel que la télévision puis Internet ont partiellement comblé.
Le tournant intervient dans les années 2000 grâce à l’accessibilité des outils numériques. Les jeunes réalisateurs se multiplient, les projets se diversifient et l’animation connaît une percée avec Pokou, princesse ashanti (2013), premier long métrage 3D ivoirien. Cette dynamique s’accélère encore: plus de trente films et séries ont été tournés récemment dans le pays et quarante projets supplémentaires sont en préparation.
Abidjan devient progressivement un lieu prisé par les productions africaines et internationales. Diversité des paysages, stabilité, équipes locales compétentes: la Côte d’Ivoire apparaît comme un terrain attractif. Les autorités culturelles envisagent même une stratégie de long terme pour structurer une véritable industrie, appuyée par la formation et l’investissement .
Le chantier reste toutefois immense. Le pays manque de salles modernes, d’outils de financement solides et d’une critique professionnelle capable d’accompagner le public et les créateurs. Mais le retour des tournages, la montée en puissance des studios numériques et l’appétit de la jeunesse laissent entrevoir une nouvelle ère.
Le cinéma ivoirien ne renaît pas par nostalgie, mais par conviction que les récits locaux ont désormais leur place dans l’écosystème audiovisuel africain. Cette énergie pourrait bien replacer la Côte d’Ivoire au cœur de la création régionale.
Une correspondance particulière de F. Kouadio