Opinion

Côte d’Ivoire : l’orpaillage illégal, entre menace sécuritaire, désastre écologique et défi économique

Par La Rédaction7 août 2025

L’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire s’impose comme l’un des défis les plus préoccupants pour l’État ivoirien. Bien que l’activité aurifère soit un levier potentiel de croissance, son exploitation clandestine et non régulée engendre de lourdes conséquences sur l’environnement, l’économie nationale, la stabilité sociale et la sécurité des zones rurales.

Une prolifération hors de contrôle
Selon les données du ministère des Mines, plus de 1 200 sites d’orpaillage clandestin ont été identifiés sur le territoire national. Ce phénomène touche notamment les régions de Séguéla, Mankono, Dabakala, Kaniasso, Bonon et certaines localités de l’est du pays, jusque dans les forêts classées.

Sur ces sites, des milliers d’individus, ivoiriens et ressortissants de pays voisins, creusent sans autorisation, échappant à toute régulation technique ou environnementale. Ces opérations s’effectuent avec des moyens rudimentaires mais destructeurs : pelles, concasseurs artisanaux, utilisation de mercure pour amalgamer l’or, sans équipements de protection ni système de traitement des résidus.

Des impacts économiques et environnementaux majeurs

Les conséquences de cette activité illégale sont multiples. Sur le plan économique, les pertes pour l’État sont considérables. Le secteur aurifère légalement structuré, avec ses entreprises minières et ses coopératives encadrées, génère des recettes fiscales et des emplois formels. À l’inverse, l’orpaillage illégal alimente l’économie informelle, échappe à l’impôt et décourage les investissements dans l’exploitation industrielle.

Selon la Chambre des Mines de Côte d’Ivoire, les pertes fiscales annuelles liées à cette pratique dépasseraient les 50 milliards de FCFA.

Sur le plan environnemental, les effets sont alarmants. La déforestation accélérée, la pollution des cours d’eau par le mercure et les hydrocarbures, ainsi que la dégradation des terres cultivables affectent directement les populations rurales. À Yakassé-Attobrou ou Bonon, des cultivateurs dénoncent la disparition progressive de leurs terres, devenues impropres à la culture ou envahies par des bassins contaminés.

Une menace pour la sécurité nationale

Au-delà de l’impact économique et écologique, l’orpaillage illégal constitue un facteur aggravant de l’insécurité. Dans plusieurs localités, des affrontements ont éclaté entre orpailleurs et populations locales, souvent sur fond de conflits fonciers, de rivalités ethniques ou de tensions liées à la gestion des ressources. L’activité attire également des réseaux criminels transnationaux qui y trouvent un terreau propice aux trafics (drogue, armes, contrebande de carburant).

Les autorités sécuritaires évoquent des risques croissants de porosité entre les zones minières illégales et certains circuits terroristes dans la sous-région ouest-africaine, notamment au nord du pays.

Réponse de l’État : entre répression et encadrement

Face à cette situation, le gouvernement ivoirien a adopté plusieurs mécanismes de riposte. Des opérations coordonnées de déguerpissement ont été menées dans les régions les plus affectées, avec l’appui de la Brigade spéciale de répression de l’orpaillage illégal (BSROI), créée en 2023. Des dizaines de tonnes de matériel ont été saisis, et plusieurs centaines d’individus interpellés.

Parallèlement, les autorités misent sur une approche d’encadrement de l’orpaillage artisanal. Elles travaillent à la structuration de coopératives légalement reconnues, avec l’attribution de périmètres spécifiques, dans le respect des normes environnementales.

Des campagnes de sensibilisation ont été lancées dans les zones rurales pour informer sur les risques sanitaires et juridiques liés à l’orpaillage illégal. Des projets de reconversion des jeunes orpailleurs vers des activités alternatives sont également à l’étude, bien que leur mise en œuvre reste encore limitée.
Vers une stratégie régionale intégrée ?

La lutte contre l’orpaillage illégal dépasse les seules frontières ivoiriennes. En effet, une partie significative des orpailleurs clandestins provient de pays voisins, et l’or extrait est souvent écoulé à travers des circuits transfrontaliers. Une coordination sous-régionale apparaît donc comme un levier indispensable pour espérer contenir durablement le phénomène.

Le défi, pour la Côte d’Ivoire, est de concilier valorisation de ses ressources minières, protection de l’environnement, développement des territoires ruraux et sécurité intérieure. L’or, source de richesse potentielle, ne doit pas devenir un facteur d’instabilité. L’équation reste complexe, mais elle mérite une réponse à la hauteur des enjeux.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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