Opinion

Côte d’Ivoire : le vraquier chinois HUA SIN YUAN échoué à San Pedro, une menace environnementale ignorée

Par La Rédaction7 octobre 2025

Depuis le 19 août, le littoral ivoirien vit au rythme d’une inquiétude silencieuse. À un mille nautique des côtes de San Pedro, le vraquier chinois HUA SIN YUAN, en avarie, demeure immobile. Ce navire de type Kamsarmax, construit en 2013 et mesurant 229 mètres de long pour 32 mètres de large, était attendu au port de San Pedro le 20 août. Parti de Cam Pha, au Vietnam, il transportait sa cargaison vers l’Afrique de l’Ouest. Mais un incident technique est survenu en mer, immobilisant le bâtiment avant qu’il ne puisse rejoindre le quai. Depuis, il reste échoué, exposant la Côte d’Ivoire à une double menace : économique et environnementale.

Un navire sans autonomie d’opération

Le HUA SIN YUAN est classé « gearless », c’est-à-dire dépourvu de grues ou d’équipements de transfert de cargaison. Son déchargement ne peut être effectué qu’au port ou grâce à l’assistance d’un autre navire. Or, immobilisé en pleine mer, il dépend désormais d’opérations de fortune. Ces dernières semaines, des navires de remorquage et un autre vraquier chargé de transborder la cargaison ont été aperçus à proximité. L’objectif est clair : sauver la marchandise, sans garantie de prise en charge du sort du navire lui-même. Cette situation alimente les inquiétudes d’une catastrophe écologique imminente.

Une épée de Damoclès pour l’écosystème marin

Pour l’heure, aucune fuite de pétrole n’a encore été détectée. Mais les experts s’accordent à dire que le risque est réel. La moindre fissure dans la coque ou une opération de pompage mal maîtrisée pourrait libérer dans les eaux ivoiriennes des hydrocarbures lourds aux conséquences dévastatrices.
Le littoral de San Pedro, tout comme celui de Grand-Béréby, abrite une biodiversité fragile et menacée, notamment le sanctuaire des tortues marines. Une marée noire viendrait anéantir des années d’efforts de préservation et compromettre la survie de ces espèces emblématiques.

Les pêcheurs en première ligne

Au-delà de l’environnement, ce sont les communautés humaines qui sont directement menacées. Les pêcheurs locaux, dont la subsistance dépend de la qualité des eaux, pourraient voir leur activité ruinée. Deux risques majeurs se présentent :

  • la destruction des zones de pêche : une nappe d’hydrocarbures bloque la lumière et réduit l’oxygénation du plancton, base de la chaîne alimentaire marine. C’est tout l’écosystème qui s’effondre, avec un impact sur le renouvellement des stocks pour des années ;
  • la contamination des produits halieutiques : même si le poisson survit, sa consommation devient dangereuse en raison des contaminants. Une telle situation entraînerait un rejet immédiat des produits sur les marchés locaux et régionaux, aggravant la précarité des populations riveraines.

Le golfe de Guinée, une mer déjà fragilisée

Cet échouement vient s’ajouter à une série noire. Le golfe de Guinée est régulièrement touché par des pollutions dues au dégazage illégal en mer ou à des naufrages. La surpêche et la pêche non réglementée accentuent encore la pression sur les ressources halieutiques. Dans ce contexte, l’immobilité du HUA SIN YUAN constitue une bombe à retardement qui pourrait précipiter une nouvelle crise écologique dans une zone déjà vulnérable.

Silence et inertie de l’armateur chinois

Face à cette situation, une question s’impose : où est l’armateur du HUA SIN YUAN ? Depuis plus d’un mois, aucune communication claire n’a été faite par la compagnie propriétaire du navire. La Chine, pays de pavillon du bâtiment, ne semble pas avoir mobilisé de moyens financiers ni techniques à la hauteur de l’urgence. Tout porte à croire que la priorité est donnée au sauvetage de la cargaison plutôt qu’à la prévention des risques environnementaux.


Pourtant, la responsabilité incombe directement à l’armateur et aux autorités chinoises. Laisser ce navire à l’abandon au large des côtes ivoiriennes reviendrait à transférer la charge financière et écologique sur un pays qui n’a ni provoqué l’incident ni les moyens de gérer seul une pollution maritime de grande ampleur.

Une responsabilité partagée mais un devoir clair

La Côte d’Ivoire, via ses autorités portuaires et maritimes, doit rester vigilante et renforcer la coopération avec ses partenaires internationaux pour prévenir toute fuite. Mais il est impératif que Pékin prenne ses responsabilités. Un navire battant pavillon chinois ne peut pas devenir un fardeau pour un pays tiers. La mobilisation immédiate d’experts, de navires spécialisés et de financements relève d’un devoir de diligence élémentaire.

Éviter la catastrophe annoncée

Chaque jour qui passe rapproche un peu plus le littoral ivoirien du risque d’une marée noire. Si aucune fuite majeure n’a encore été constatée, l’état de vulnérabilité du HUA SIN YUAN rend cette hypothèse de plus en plus plausible. Ignorer la situation, c’est condamner les écosystèmes marins, ruiner l’économie locale et affaiblir durablement les populations de San Pedro et de toute la côte ouest-ivoirienne. À l’heure où la protection des océans devient un enjeu global, la gestion du cas du HUA SIN YUAN sera un test grandeur nature de la volonté réelle de la Chine d’assumer ses responsabilités internationales.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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