Opinion

Côte d’Ivoire : le broutage, une cybercriminalité persistante malgré les mesures de l’État

Par La Rédaction30 juillet 2025

Malgré les réformes engagées et les outils juridiques déployés, la cybercriminalité, et en particulier le phénomène du broutage, continue de sévir en Côte d’Ivoire. En 2024, le nombre de cas enregistrés a franchi un nouveau seuil, mettant en lumière les défis persistants d’un fléau aux ramifications complexes.

Une montée en puissance inquiétante

L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a recensé 12 100 dossiers liés à la cybercriminalité pour l’année 2024, contre 8 132 en 2023. Cette progression marque une tendance lourde, malgré les efforts de répression et de prévention engagés ces dernières années. Dans cette dynamique, le broutage — escroquerie numérique reposant sur des manipulations sentimentales ou professionnelles — reste l’une des pratiques les plus répandues.

Opérant essentiellement depuis les zones urbaines, les cyberdélinquants, souvent jeunes, exploitent les réseaux sociaux pour établir le contact avec leurs victimes, majoritairement installées en Europe ou en Amérique du Nord. La fabrication de profils fictifs, aux identités séduisantes ou prestigieuses, leur permet de gagner la confiance des internautes ciblés, avant de leur soutirer des sommes parfois considérables.

Des pertes financières en recul : un effet des dispositifs de lutte ?

Fait notable, le préjudice financier global est en baisse : 6,9 milliards de francs CFA en 2024, contre 9,2 milliards un an plus tôt. Si ce recul ne saurait occulter la gravité des faits, il est perçu par les autorités comme un signe d’efficacité progressive des dispositifs de lutte.

La PLCC (Plateforme de Lutte Contre la Cybercriminalité), rattachée à la direction de l’Informatique et des Traces Technologiques de la police nationale, a notamment permis la suppression de plus de 1 600 comptes frauduleux et de 280 contenus audiovisuels à caractère attentatoire à la dignité humaine au cours de l’année écoulée.

Des foyers identifiés, des méthodes qui évoluent

Si Abidjan demeure le principal foyer de cette activité illicite, des villes de l’intérieur comme Daloa, Bouaké et San Pedro ne sont pas épargnées. En juillet dernier, à Daloa, trois individus se faisant passer pour des agents commerciaux de la société Qnet ont été interpellés après avoir retenu contre son gré un ressortissant camerounais. Cet épisode, largement relayé par la presse locale, illustre la diversification des méthodes utilisées, entre promesses fallacieuses d’enrichissement et menaces physiques.

Un encadrement juridique renforcé

Consciente des enjeux sécuritaires et sociaux que représente la cybercriminalité, l’État ivoirien a renforcé ces dernières années son cadre institutionnel. La loi n°2013-451 sur la lutte contre la cybercriminalité, mise à jour en 2021 et 2023, prévoit désormais des peines allant jusqu’à cinq ans de prison ferme, assorties d’amendes dissuasives.

La création de l’ANSSI, en tant qu’agence centrale de coordination, témoigne de la volonté des autorités d’agir de manière structurée. La stratégie repose à la fois sur le contrôle technique, la surveillance, la réponse judiciaire et la coopération interinstitutionnelle.

Prévenir à la source, mobiliser la jeunesse

Au-delà des actions de répression, le gouvernement mise également sur la prévention en milieu scolaire et universitaire, avec des campagnes de sensibilisation sur les dangers du broutage et les conséquences judiciaires qu’il implique. Des partenariats ont également été noués avec des plateformes numériques comme Meta, afin de faciliter l’identification et la fermeture de comptes suspects.

La Côte d’Ivoire travaille par ailleurs en étroite collaboration avec INTERPOL et les polices partenaires à l’étranger, afin de traquer les réseaux opérant à l’échelle transnationale.

Un enjeu de société

La persistance du broutage soulève des questions plus larges liées au chômage des jeunes, à la fracture numérique, mais aussi à la représentation sociale de la réussite. Dans un contexte économique tendu, le numérique devient parfois un vecteur de dérive, lorsque les opportunités manquent et que les récits de fortune rapide se propagent sur les réseaux.

À l’approche des élections de 2025, les autorités entendent maintenir la pression sur les groupes organisés et renforcer les mécanismes de contrôle. Si le chemin reste long, les signaux d’amélioration constatés dans certains indicateurs encouragent à poursuivre l’effort.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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