Opinion

Côte d’Ivoire : la lutte contre le VIH progresse, mais le retrait des aides américaines suscite des inquiétudes

Par La Rédaction22 juillet 2025

La Côte d’Ivoire a connu, ces dernières années, une amélioration significative de ses indicateurs dans la lutte contre le VIH/Sida. À la faveur d’une stratégie nationale renforcée et du soutien de partenaires internationaux tels que les États-Unis, le pays a consolidé ses dispositifs de prévention et de traitement. Cependant, la réduction progressive de certaines aides extérieures, notamment celles de l’USAID, fait peser de nouveaux défis sur la pérennité de la riposte nationale.

Une situation relativement maîtrisée dans un contexte sous-régional contrasté
Avec un taux de prévalence de 2,7 % chez les adultes âgés de 15 à 49 ans, la Côte d’Ivoire reste l’un des pays les plus concernés par le VIH en Afrique de l’Ouest.

Environ 410 000 personnes vivent actuellement avec le virus, selon les données officielles. Si ces chiffres sont en recul par rapport à ceux observés il y a une dizaine d’années, ils demeurent supérieurs à ceux enregistrés au Ghana (1,7 %), au Burkina Faso (0,8 %) ou au Mali (1,1 %). Seul le Nigeria, avec environ 3,1 %, présente une situation plus marquée.

Les femmes restent les plus touchées, avec un taux de 3,6 %, contre 1,3 % chez les hommes. Ces disparités traduisent la persistance de facteurs structurels : inégalités de genre, précarité, mariages précoces, violences sexuelles, et faible couverture en matière d’éducation à la santé reproductive dans certaines zones.

Une réponse nationale structurée et efficace

Conscient de l’ampleur des enjeux, l’État ivoirien, à travers le ministère de la Santé, a élaboré une stratégie nationale de lutte contre le VIH pour la période 2024–2028. Celle-ci s’articule autour de quatre axes principaux : prévention, dépistage, traitement universel et lutte contre la stigmatisation.

Les résultats observés sont encourageants :
82 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut ;
88 % des personnes diagnostiquées sont sous traitement antirétroviral (ARV) ;
88 % de ces personnes présentent une charge virale indétectable, ce qui réduit considérablement les risques de transmission.

Ces chiffres placent la Côte d’Ivoire sur une trajectoire conforme aux objectifs mondiaux « 95–95–95 » de l’ONUSIDA à l’horizon 2030. La stratégie adoptée, incluant le « test and treat » (mise sous traitement immédiate après diagnostic), a renforcé la couverture médicale. Les centres de santé publics offrent désormais le dépistage et le traitement gratuits, accompagnés de campagnes de sensibilisation ciblées.

Une approche inclusive en direction des groupes vulnérables

La politique nationale prend également en compte les populations clés, à savoir les travailleuses du sexe, les hommes ayant des rapports avec des hommes, les personnes transgenres ou encore les détenus. Ces groupes, plus exposés, bénéficient de programmes spécifiques portés par les autorités en partenariat avec la société civile.

Par ailleurs, la stratégie mise sur l’intégration des services VIH dans le système de protection sociale, notamment en milieu rural, afin de garantir une prise en charge équitable sur tout le territoire national.

Un tournant délicat avec la fin de certains financements étrangers

Depuis 2024, la réduction progressive des programmes financés par l’USAID, bras opérationnel des États-Unis pour le développement, soulève des préoccupations. Ces programmes soutenaient une large part de la logistique médicale, des tests de dépistage, du suivi biologique et des activités communautaires liées à la riposte au VIH.

Le retrait de certains financements américains, dont ceux du PEPFAR, met en évidence la vulnérabilité du système national face à une dépendance extérieure persistante. Plusieurs structures communautaires signalent déjà des difficultés dans l’approvisionnement en matériel médical ou dans le maintien d’activités de sensibilisation.

Le gouvernement a exprimé sa volonté de compenser ces pertes par une augmentation des ressources nationales et une diversification des partenariats, y compris au niveau sous-régional. Toutefois, cette transition nécessite une planification rigoureuse et des investissements durables.

Des défis persistants sur le terrain

Au-delà de l’aspect financier, plusieurs défis structurels demeurent. La stigmatisation des personnes vivant avec le VIH continue de freiner les efforts de dépistage et de traitement. De nombreuses personnes refusent encore de se faire tester ou de suivre un traitement, par crainte du rejet social.

Par ailleurs, les inégalités territoriales en matière d’accès aux soins restent un obstacle : les zones éloignées manquent souvent de centres équipés, de personnel formé et d’outils de suivi biologique.
Chez les jeunes de 15 à 24 ans, le nombre de nouvelles infections reste élevé, notamment chez les adolescentes. Cela met en lumière la nécessité de renforcer l’éducation à la santé sexuelle, tant dans les écoles que dans les médias et les familles.

Une mobilisation à consolider

Les résultats enregistrés témoignent des progrès de la Côte d’Ivoire en matière de lutte contre le VIH. Toutefois, pour maintenir et amplifier ces acquis, il est impératif d’assurer la continuité des ressources, d’accélérer l’internalisation des financements et de renforcer les capacités locales.

À l’échelle sous-régionale, la Côte d’Ivoire peut jouer un rôle de référence. Mais cela implique une mobilisation constante de l’État, de ses partenaires, des professionnels de santé, de la société civile et des communautés.

La lutte contre le VIH demeure un enjeu de santé publique, mais aussi de stabilité sociale et de développement. Elle exige des réponses à long terme, ancrées dans des systèmes de santé solides, équitables et autonomes.

F. Kouadio Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

📱 Version mobile accélérée (AMP)

Voir la version complète avec commentaires