Opinion

Côte d’Ivoire : la difficile lutte contre le trafic d’espèces protégées

Par La Rédaction3 novembre 2025

Malgré des progrès notables, la Côte d’Ivoire reste un maillon clé du commerce illégal d’espèces sauvages en Afrique de l’Ouest. Entre failles juridiques, pressions économiques et réseaux transnationaux, la lutte s’annonce encore longue.

Un trafic discret mais lucratif

Pangolins, éléphants, perroquets, chimpanzés… Ces espèces protégées figurent parmi les principales victimes d’un commerce illégal qui prospère discrètement. Entre 2016 et 2023, les autorités ivoiriennes, appuyées par l’ONG EAGLE et l’Unité de lutte contre la criminalité transnationale organisée (UCT), ont saisi plus de 500 kilos d’ivoire et une demi-tonne d’écailles de pangolin, selon le réseau ENACT Africa.

En 2023, plusieurs opérations ont permis d’intercepter des animaux vivants destinés à l’exportation. Ces résultats traduisent à la fois une intensification des contrôles et la persistance d’un trafic très rentable, alimenté par la demande internationale, notamment en Asie.

Un pays de transit stratégique

La Côte d’Ivoire n’est pas seulement un territoire de braconnage : elle est aussi une plaque tournante régionale. D’après l’Institut d’études de sécurité (ISS), le pays sert de point de passage pour des produits provenant de pays voisins avant leur exportation vers les marchés asiatiques.

Les ports d’Abidjan et de San-Pedro, essentiels au commerce sous-régional, sont parfois utilisés pour dissimuler l’ivoire et les écailles dans des cargaisons de bois ou de produits agricoles. Ce rôle logistique renforce la responsabilité ivoirienne dans la lutte contre un trafic transfrontalier bien organisé.

Des lois encore insuffisantes

Malgré son adhésion à la Convention internationale sur le commerce des espèces menacées (CITES), la Côte d’Ivoire peine à faire respecter ses engagements. Une étude menée en 2022 par l’Université internationale d’Andalousie souligne l’absence d’une liste nationale claire des espèces protégées, le manque de coordination entre institutions et la faiblesse des sanctions.

Les trafiquants encourent rarement des peines dissuasives, et les agents sur le terrain manquent de moyens matériels. Ces failles structurelles limitent l’efficacité des opérations de contrôle, malgré une volonté politique affichée.

Des avancées encourageantes

Depuis 2020, le pays a engagé une coopération renforcée avec Interpol et plusieurs ONG internationales. Des unités spécialisées ont été formées et plusieurs condamnations à des peines de prison ferme ont été prononcées, une première dans l’histoire judiciaire ivoirienne.

Des campagnes de sensibilisation ciblent aussi les communautés rurales, souvent poussées vers le braconnage par la précarité. Ces actions marquent un tournant, même si l’ampleur réelle du trafic demeure difficile à quantifier.

Une urgence environnementale

Les conséquences écologiques sont déjà visibles. La population d’éléphants sauvages est aujourd’hui estimée à moins d’une centaine d’individus, selon Le Monde Afrique (mars 2024). La déforestation, les conflits entre humains et faune, et le commerce illégal aggravent la disparition des espèces.

La lutte contre le commerce illégal des espèces sauvages n’est plus seulement un enjeu environnemental.

Au-delà de la biodiversité, ce trafic mine la gouvernance, alimente la corruption et prive le pays d’un potentiel économique durable fondé sur l’écotourisme. La lutte contre le commerce illégal des espèces sauvages n’est plus seulement un enjeu environnemental : c’est désormais une question de souveraineté nationale.

Une correspondance particulière de Fleur Kouadio
Rédactrice en chef – Cap Ivoire Info

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