Opinion

Côte d’Ivoire – États-Unis : une coopération militaire solide, mais un verrou migratoire qui interroge

Par La Rédaction19 juin 2025


La coopération sécuritaire entre la Côte d’Ivoire et les États-Unis n’a jamais été aussi visible. En mai dernier, Abidjan accueillait l’exercice multinational Flintlock 2025, organisé par le Commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM), avec plus de 500 militaires venus de 30 pays. Quelques semaines plus tôt, un autre exercice stratégique, baptisé « 3D », réunissait forces ivoiriennes et françaises. Ces efforts conjoints illustrent l’importance croissante de la Côte d’Ivoire dans la stratégie régionale de lutte contre le terrorisme et l’instabilité en Afrique de l’Ouest.

Mais derrière cette dynamique de collaboration institutionnelle se profile une réalité moins favorable : le durcissement progressif de la politique migratoire américaine.

Des interdictions d’entrée qui se multiplient

Le 4 juin 2025, l’administration Trump a signé une proclamation présidentielle réactivant une liste d’interdictions d’entrée sur le territoire américain, visant notamment des ressortissants de pays africains, asiatiques et sud-américains. Douze États, dont l’Afghanistan, l’Érythrée, la Libye ou encore la Guinée équatoriale, sont concernés par une interdiction totale. Sept autres, comme le Venezuela et le Togo, subissent des restrictions partielles.

Si la Côte d’Ivoire n’est pas encore officiellement visée, elle figure selon plusieurs sources parmi les 36 pays sous surveillance pour un éventuel élargissement des restrictions dans un délai de 60 jours. Sont en ligne de mire les visas touristiques, professionnels et académiques, désormais soumis à des exigences renforcées.

Les raisons évoquées par Washington : des déficits dans la coopération en matière de rapatriement de migrants illégaux, et une sécurité jugée insuffisante des documents de voyage.

Une asymétrie de plus en plus visible
Ce paradoxe n’échappe pas aux observateurs. Tandis que la Côte d’Ivoire est érigée en partenaire stratégique sur le plan sécuritaire, la réciprocité semble absente lorsqu’il s’agit de mobilité humaine. La jeunesse ivoirienne, les chercheurs, les cadres ou les étudiants pourraient voir leurs perspectives de mobilité restreintes, malgré le discours officiel sur la consolidation des relations bilatérales.

Cette approche unilatérale soulève des interrogations : le partenariat ivoiro-américain est-il fondé sur des principes mutuels ou strictement fonctionnels ? En renforçant sa présence militaire en Afrique de l’Ouest, les États-Unis affirment leur ancrage stratégique. Mais cette présence ne s’accompagne pas d’une ouverture sur le plan migratoire.

Vers un rééquilibrage ou un partenariat à sens unique ?

L’implication croissante de la Côte d’Ivoire dans les exercices multilatéraux, son rôle dans la stabilisation régionale et sa diplomatie active en font un acteur incontournable pour les grandes puissances. Washington l’a bien compris. Mais encore faut-il que ce partenariat ne se limite pas à une logique de « hard power ».

La relation pourrait gagner en crédibilité si les États-Unis intégraient davantage les dimensions humaines, académiques et culturelles de cette coopération. Sans cela, l’impression d’un partenariat déséquilibré risque de se renforcer, au détriment des intérêts mutuels.

Dans un contexte global de rivalité géopolitique, notamment avec la Chine et la Russie, la cohérence des politiques américaines en Afrique sera un facteur déterminant pour l’avenir de leurs alliances sur le continent. La Côte d’Ivoire, en tant que pays pivot, sera un terrain d’observation privilégié.

Une correspondance de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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