Économie

Côte d’Ivoire : 3 richesses agricoles font leur entrée en Bourse

Par La Rédaction29 mai 2025

La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans la modernisation de son agriculture. À l’occasion du Salon International de l’Agriculture et des Ressources Animales (SARA) 2025 à Abidjan, le gouvernement a procédé, mercredi 28 mai, au lancement officiel de la Bourse des Matières Premières Agricoles.

Opérée par la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) et soutenue par l’État, cette nouvelle plateforme permet désormais la cotation en temps réel de trois produits phares : la noix de cajou, le maïs et la cola. Trois trésors du terroir qui deviennent ainsi des actifs financiers accessibles aux investisseurs, coopératives et producteurs.

Première du genre en Afrique francophone et dans l’espace UEMOA, la Bourse des Matières Premières Agricoles vise à structurer le marché, garantir des prix transparents et sécuriser les revenus des acteurs de la filière. Un levier essentiel dans un pays où le secteur agricole concentre plus de 60 % des emplois et génère près de 40 % des exportations.
Avec la Banque Nationale d’Investissement comme banque de règlement, ce marché novateur réunit un large éventail d’acteurs : producteurs, coopératives, industriels, exportateurs, investisseurs et spéculateurs. Tous peuvent désormais acheter, vendre ou se couvrir contre les fluctuations de prix directement sur la plateforme.

Lors de la cérémonie, le Directeur général de la BRVM, Dr Félix Edoh Kossi Amenounve, a souligné l’importance stratégique de cette initiative. « L’Afrique possède 65 % des terres arables non cultivées dans le monde et d’importantes réserves en eau. Elle détient 10 % des réserves mondiales de pétrole, 40 % des réserves d’or, 90 % des réserves de chrome, de platine, etc. Plusieurs pays du continent, dont la Côte d’Ivoire, sont leaders mondiaux dans des filières comme le cacao, la noix de cajou, la cola, le café, le maïs, le thé, le coton, ou encore l’huile de palme », a détaillé Dr Félix.

Si ces ressources constituent un potentiel considérable, a-t-il avancé, elles profitent encore trop peu aux populations. La volatilité des prix et les conditions d’échange défavorables figurent parmi les principales causes. D’où la nécessité d’instaurer, à l’échelle continentale, des mécanismes de fixation équitable des prix des produits issus du sol et du sous-sol. Une véritable révolution dans les rapports de force économiques.

Dès son lancement, les premières transactions ont été enregistrées à la Bourse régionale, qui affirme ainsi son rôle de pilier du marché agricole régional. Déjà classée cinquième place boursière du continent, la BRVM élargit son champ d’action au-delà des valeurs mobilières traditionnelles. Le ministre d’État Kouassi Adjoumani a salué un « tournant historique » pour l’économie ivoirienne, invitant les acteurs du monde rural à s’approprier rapidement cet outil.

Sur un autre plan, la Bourse introduit une avancée majeure dans la traçabilité des produits agricoles, selon le Pr Justin Koffi, Dg de l’Autorité de Régulation du Système de Réception et d’Entreposage (ARRE). « Chaque stock est identifié depuis le producteur jusqu’au dépôt. Nous connaissons les déposants, les plantations d’origine, les intrants utilisés, qu’il s’agisse de pesticides ou d’engrais. Rien n’échappe à notre système. Par le passé, des cas de fuite ont été enregistrés, notamment dans la filière cajou. Ce nouveau dispositif va permettre de lutter efficacement contre ces dérives. Des cahiers des charges rigoureux ont été élaborés et remis aux structures de régulation. Chaque stock est lié à un entrepôt agréé, comme ceux de Bondoukou, et les camions sont suivis via une plateforme électronique consultable en continu. Dès qu’un chargement est effectué, un document est émis. On sait immédiatement où il va, s’il est conforme. En cas d’anomalie, comme un changement de direction suspect, une alerte est transmise aux services compétents », a-t-il précisé.

Aujourd’hui, 5 Bourses des Matières Premières sont actives sur le continent africain. Parmi elles, la South African Futures Exchange, en Afrique du Sud, s’impose comme leader incontesté avec une taille de marché estimée à 81,7 milliards de dollars, soit environ 49 020 milliards de FCFA. Une vitrine du potentiel colossal d’un continent en pleine mutation économique.

JM

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