Société

Côte d’Ivoire : des commerçants déguerpis à Treichville accusent le maire-adjoint Ahissi

Par Dasse Claude16 décembre 2017

Depuis le vendredi 24 novembre 2017, une trentaine de commerçants exerçant leurs activités à Treichville du côté de l’avenue 1 (à proximité de la Garde républicaine) sont déboussolés, pour avoir été chassés des lieux.

Une situation qui, selon eux, a causé des préjudices qu’ils sont encore en train d’évaluer . Coly Moïse, le président du collectif de ces commerçants résume les faits : « C’est une affaire qui remonte à 2015. Un beau matin, nous nous sommes rendus à la mairie parce que le 1er Maire-adjoint, M. Ahissi Jérôme nous a convoqués pour nous dire qu’il y’a un libanais qui a pris le site où nous exerçons nos activités commerciales. Il nous a dit que nous devrions quitter les lieux parce qu’il y’avait un procès contre nous. Ce qui a été une grande surprise pour nous parce qu’il n’était pas question d’un quelconque procès dans cette affaire. Toutefois, nous lui avons dit qu’il n’y avait pas de problème parce que c’est le maire lui-même qui nous avait installés sur ce domaine public, à titre précaire, révocable à tout moment, donc il n’y avait pas lieu d’intenter un procès contre nous.

D’ailleurs, en 1993, dans l’accord qui existait entre le maire d’alors, Kouassi Lenoir et les commerçants de l’époque, il avait été clair que l’on pouvait nous demander de partir à tout moment,  ce qui a été confirmé par le maire actuel, Francois Amichia, surtout que nous étions sur un domaine public. C’est pour cela que nous n’avons compris cette affaire de procès. Et depuis que nous avons été traduits en Justice, l’affaire est renvoyée à plusieurs reprises. Elle ne faisait que traîner …Ce d’autant plus que le prétendu acquéreur avait aussi attaqué le ministère de la Culture devant les Tribunaux, estimant qu’une partie du Palais de la Culture a été construite sur son lot mais le juge a estimé que cette plainte était irrecevable. Puis subitement, le 1er maire-adjoint nous demande de déguerpir des lieux. Il nous demande de dégager les lieux, parce que, dit-il, nous avons perdu le procès. Du coup, nous ne savions pas à quel saint se vouer. C’est alors que nous avons fait appel à un huissier pour avoir ses conseils. Et c’est ce dernier qui nous a conseillé de faire une opposition au déguerpissement.

Une action qui a mis le 1er adjoint au maire dans une colère noire. Il nous a dit que nous ne pouvons pas lutter contre l’acquéreur. Il nous a demandé de retirer notre opposition à notre déguerpissement ou il s’en lavait les mains, dans le dossier. Et subitement, sans nous tenir informés , le vendredi 24 novembre 2017,  des gros bras, accompagnés de policiers, viennent nous expulser. Situation vraiment déplorable, puisqu’on nous expulse, manu-militari, comme des malfrats alors que nous sommes des contribuables qui payons la patente, les taxes communale, mais surtout  l’impôt synthétique. Petits soit-il mais nous contribuons au développement de ce pays ». Même situation d’indignation de la part du Secrétaire général de cette association de commerçants.

Interrogé, le 1er maire-adjoint de la plus ancienne commune du District d’Abidjan donne sa version des faits : « Ces commerçants font partie intégrante des commerçants de notre commune. Ce n’était pas de notre intérêt de les déguerpir. Voilà je crois deux ans, il s’est trouvé que Monsieur Khalil, du groupe Phenicia est passé nous voir pour acheter cet espace qui n’appartient pas à la commune de Treichville. Bien entendu après avoir pris connaissance des papiers afférents à l’achat de ce terrain, il fallait préparer le déguerpissement de ces commerçants. Nous les avons donc interpellés parce que nous, notre problème était d’éviter des troubles dans une telle situation. Nous les avons donc appelés pour leur donner l’information. Nous avons mené ces démarches pour éviter des déguerpissements sauvages afin que les choses se passent de façon consensuelle.

Et les commerçants sont venus ici, à mon bureau où vous êtes. J’ai demandé qu’on leur accorde un délai. Surtout que le ministre François Amichia m’avait demandé de suivre de près ce dossier, et que je mène des démarches dans ce sens. J’ai donc demandé à cet acquéreur de nous donner un peu de temps afin de  laisser aux commerçants de s’organiser d’autant plus qu’ils avaient contracté des prêts. Il fallait leur laisser le temps de s’organiser pour les remboursements, parce que c’était une mauvaise surprise pour eux. L’acquéreur avait commis un huissier pour leur donné une mise en demeure pour leur déguerpissements. Je me suis déplacé, au nom de  la mairie, jusqu’à son domicile, à Yopougon, pour lui demander de surseoir au déguerpissement, en vue de leur donner le temps de s’organiser.

Et au moment où les commerçants me demandaient de voir pour leur donner un délai, ils sont allés intenter une procédure d’opposition au niveau de la justice. Je ne suis lié à aucune affaire judicaire dsns ce dossier. Je mets quiconque au défi de vous présenter un seul élément qui permet de dire que  je suis impliqué. Je suis allé au contraire demander un délai pour les commerçants chez l’huissier, pour lui demander de suspendre la procédure, et c’est lui qui m’a donné l’information selon laquelle les commerçants avaient entamé une procédure pour la suspension. J’étais finalement entre le marteau et l’enclume.

Nous ne pouvons que regretter que nos commerçants soient dans de telles situations. Vous savez que ce n’est pas dans l’intérêt de la mairie de voir une telle situation arriver à des commerçants de Treichville. Mais en même temps, nous sommes dans un pays de droit et lorsqu’il y’a quelqu’un qui acquiert un espace en bonne et due forme, nous ne pouvons pas nous opposer à ce que ce denier veuille mettre son espace en valeur Nous sommes navrés mais c’est une situation que nous n’avons pas voulue  ». Évoquant la brutalité dont les commerçants disent avoir été victimes lors de l’opération de déguerpissement Ahissi Jérôme répond : « Ce n’est pas la mairie qui a procédé au déguerpissement. Sinon, vous auriez vu sur place la police municipale. Il y’avait des militaires sur les lieux, ce qui signifie que ce n’est pas nous ».

Claude Dassé

📱 Version mobile accélérée (AMP)

Voir la version complète avec commentaires