Le déplacement de Faure Essozimna Gnassingbé à Moscou relance le débat sur la pertinence du rapprochement militaire entre le Togo et la Russie. Reçu par Vladimir Poutine le 19 novembre 2025, le président togolais a entériné un accord élargi prévoyant l’ouverture d’ambassades en 2026 et l’accès réciproque aux ports militaires. Un dispositif ambitieux qui attire l’attention des observateurs africains.
Lomé insiste sur une logique de « diversification », estimant nécessaire de dialoguer avec tous les grands acteurs mondiaux.
Cet accord, déjà validé côté russe début octobre 2025, donne un cadre juridique aux coopérations en matière de formation, d’échanges d’informations et d’assistance sécuritaire. Lomé insiste sur une logique de « diversification », estimant nécessaire de dialoguer avec tous les grands acteurs mondiaux.
Mais cette coopération s’inscrit dans un contexte hautement sensible: la dégradation sécuritaire du nord Togo. Depuis 2021, la région des Savanes fait face à des attaques répétées. Les infiltrations depuis le Burkina Faso, la porosité des frontières et la pression du JNIM ont provoqué la mort de militaires, de civils et des déplacements massifs de populations. En 2025, quinze attaques attribuées au JNIM ont fait cinquante-quatre victimes civiles.
L’installation hypothétique de l’Africa Corps au Togo suscite des interrogations. Au Sahel, ni Wagner ni leurs successeurs n’ont obtenu de résultats probants. Leur présence s’est accompagnée d’abus, de pertes civiles et d’un renforcement des groupes terroristes. Dès lors, pourquoi le Togo s’appuierait-il davantage sur un partenaire incapable de stabiliser les pays où il est déjà engagé ?
L’accès aux ports militaires, présenté comme un échange équilibré, apparaît surtout comme une victoire stratégique pour Moscou. La Russie cherche à consolider une présence maritime dans le golfe de Guinée, zone devenue cruciale dans la compétition géopolitique. Pour Lomé, l’avantage concret reste difficile à identifier.
Le gouvernement togolais développe une stratégie interne plus structurée
Face à ces limites, le gouvernement togolais développe une stratégie interne plus structurée. Les nouveaux postes opérationnels avancés, l’envoi de renforts à Koundjoaré, la mise en place du Comité Interministériel de Prévention et de Lutte contre l’Extrémisme Violent (CIPLEV) et le Programme d’Urgence pour les Savanes visent à à la fois contenir la menace et renforcer la résilience communautaire.
D’après Afrobarometer, les populations reconnaissent ces efforts et expriment une confiance majoritaire dans l’action gouvernementale.
La coopération avec Moscou pourrait offrir un levier diplomatique supplémentaire, mais elle comporte des risques : dépendance militaire, perception négative au niveau régional et efficacité discutable.Une équation complexe pour Lomé, qui cherche à sécuriser son territoire sans s’enfermer dans une alliance dont les bénéfices restent incertains.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
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