Alassane Ouattara a remporté quatre élections présidentielles successives : 2010, 2015 et 2020 et 2025. Sa réélection en 2025 n’a été une surprise pour personne. L’opposition ivoirienne n’a jamais pu construire des alliances crédibles, ni proposer un projet de société alternatif. En 2025, la candidature de Thiam, empêchée en vertu d’un article qu’il ne pouvait pas méconnaître du code de la nationalité, et celle de Gbagbo, interdite pour des raisons judiciaires, n’auraient rien changé au résultat du scrutin du 25 octobre.
La seule question qui se pose est alors la suivante : la réélection pour un autre mandat d’Alassane Ouattara est-elle une bonne nouvelle pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique de l’Ouest ? La réponse est incontestablement oui pour six raisons : 1) Une manière nouvelle de faire de la politique 2) Une scène politique ivoirienne apaisée 3) Une économie reconstruite et réinventée 4) Une politique sociale affirmée 5) La maîtrise d’une forte instabilité géopolitique régionale 6) Un incontestable rayonnement de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale.
1) Une manière nouvelle de faire de la politique
Au moment où il se présente pour un autre mandat, Alassane Ouattara apparaît, à travers une gouvernance modernisée, comme celui qui a réinventé le rêve porté par le père de la nation ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny. Lorsqu’il est élu président de la République en 2010, sous l’étiquette RDR, Ouattara, qui n’a pas oublié le rêve porté par Houphouët-Boigny, sait qu’il doit rassembler toutes celles et tous ceux qui se réclament des valeurs de la philosophie politique d’Houphouët-Boigny. Il est réélu en 2015, candidat unique d’une simple coalition électorale fondée le 18 mai 2005, le RHDP. Le 16 juillet 2018, il fait le choix de transformer le RHDP en parti politique, afin de rassembler sous une même bannière tous les houphouëtistes.
Le RHDP n’a pas été conçu comme une simple machine électorale. Il est pensé pour regrouper des sensibilités politiques différentes et rayonner toute l’année sur l’ensemble du territoire national.
Justin Koffi N’Gora, Ancien membre du PDCI
Ancien membre du PDCI, Justin Koffi N’Goran explique ainsi la décision qu’il a prise de rester au RHDP, devenu le parti présidentiel : « Le RHDP n’a pas été conçu comme une simple machine électorale. Il est pensé pour regrouper des sensibilités politiques différentes et rayonner toute l’année sur l’ensemble du territoire national. En adhérant au parti présidentiel, j’ai fait le choix de me projeter hors de la structure partisane à laquelle j’appartenais pour faire revivre le rêve du Père de la nation, Félix Houphouët-Boigny, celui de l’unité nationale, et suivre une seule boussole, celle du développement. ».
Cette manière nouvelle de faire de la politique a largement contribué à l’apaisement de la scène politique ivoirienne. Dépositaire de l’héritage intellectuel du Père de la nation, fidèle à son enseignement, Ouattara a su bâtir une manière modernisée de faire de la politique.
2) Une scène politique ivoirienne apaisée
S’agit-il, comme le dit l’essayiste Ousmane Ndiaye, auteur de « L’Afrique contre la démocratie. Mythes, déni et péri » (2025, Éditions Riveneuve) d’une « victoire sans bataille, sans jeu démocratique réel. » Cette élection est pour lui le continuum de la décennie de crise des années 2000. Il tient alors à préciser : « Cette échéance du 25 octobre ne règle pas la problématique d’un pays toujours déchiré. Un parti au pouvoir qui archidomine l’espace politique n’est pas de nature à apaiser la société ivoirienne ».
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Tout vient contredire cette analyse. Depuis 2011, Alassane Ouattara a toujours privilégié l’instauration d’un dialogue national inclusif en faveur de la cohésion sociale et de l’unité nationale. Il suffit de comparer l’état de la scène politique ivoirienne entre 1999 et 2011 (coup d’Etat militaire de 1999, partition du pays entre la zone gouvernementale du Sud et la zone rebelle du Nord en 2002, grave crise postélectorale de 2011) et l’évolution de cette situation entre 2011 et 2025.
Sous la gouvernance Ouattara, les efforts déployés par l’Etat et les institutions compétentes ont permis aux processus électoraux de se dérouler aux dates prévues et sans incidents majeurs. Héritier des valeurs de l’houphouëtiste, Ouattara sait que rien n’est possible sans stabilité politique.
3) Une économie reconstruite et réinventée
Elu président de la République en 2010, promet de redresser l’économie d’un pays en conflit depuis près d’une décennie. Les grandes orientations des politiques publiques se résument ainsi : l’Etat emprunte et il investit massivement pour construire de grandes infrastructures et diversifier une économie encore trop dépendante des matières premières agricoles brutes.
Accompagnée par le FMI, la gouvernance Ouattara a permis de reconstruire et réinventer l’économie ivoirienne avec une croissance forte et durable, entre 6 et 7 %. La Côte d’Ivoire s’impose aujourd’hui comme le fer de lance de l’économie africaine. Fidèle à ses convictions libérales d’ancien économiste du FMI, Ouattara sait que rien n’est possible sans une économie solide.
4) Une politique sociale affirmée
La politique sociale que conduit Ouattara est en train de devenir une réalité palpable. La liste est longue des mesures sociales mises en œuvre sous la gouvernance Ouattara. Réélu pour un autre mandat, Alassane Ouattara sait que les défis sociaux demeurent et que des inégalités subsistent. Des populations entières restent vulnérables et de trop nombreux Ivoiriens vivent dans des conditions d’extrême pauvreté.
Ouattara se souvient de ce que disait le Père de la Nation : « Ce que veut l’Ivoirien, c’est le partage de la richesse et non de la misère. » En bon libéral, Houphouët-Boigny ajoutait : « Et pour ce faire, il doit, avant tout, contribuer à créer ces richesses. ». Fidèle à l’enseignement du Père de la nation, Alassane Ouattara apparaît comme l’un des théoriciens du libéralisme social, la première des politiques sociales étant la création d’emplois dans l’économie formelle.
5) La maîtrise d’une forte instabilité géopolitique régionale
La réélection d’Alassane Ouattara, le 25 octobre, pour un autre mandat, s’inscrit dans un contexte instable en Afrique de l’Ouest, plus particulièrement dans la zone sahélienne où la menace djihadiste s’intensifie et où trois Etats, dirigés par des putschistes militaires, sont passés sous l’influence de la Russie.
L’obsession d’Alassane Ouattara est la sécurité aux frontières à l’heure où la menace djihadiste s’intensifie au Mali et au Burkina Faso, deux pays devenus la cible de l’islam radical. Sous la gouvernance Ouattara, la Côte d’Ivoire, qui est restée fidèle à ses alliés historiques, s’est mise en capacité de résister à la menace djihadiste frontalière, alors que l’échec des juntes militaires malienne et burkinabè dans ce domaine est une réalité, malgré l’aide de leur allié russe.
6) Le rayonnement de la Côte d’Ivoire à l’international
Félix Houphouët-Boigny et Alassane Ouattara ont joué, à des époques différentes, un rôle identique dans l’établissement de la stabilité politique et économique de la Côte d’Ivoire. Tous les deux ont développé une diplomatie active d’ouverture et de coopération avec tous les pays sur des principes très houphouëtistes : la paix, le dialogue, la prospérité et l’hospitalité.
Dans les politiques de soft power des deux présidents, on retrouve les mêmes composantes, en particulier le soft power culturel et le soft power sportif. Jamais l’image de la Côte d’Ivoire n’a été autant valorisée que sous Félix Houphouët-Boigny et Alassane Ouattara. Entre 1999 et 2010, excepté sous les rubriques instabilité politique et effondrement économique, la Côte d’Ivoire avait disparu des écrans-radar de la scène internationale.
Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERADAFRIKI (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de l’Université de l’Atlantique (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org