L’Afrique est au cœur de la demande mondiale croissante de minerais et de métaux stratégiques tels que le lithium, le graphite, le cobalt, le coltan, le manganèse, le platine, le tantale et la bauxite, nécessaires au développement des technologies modernes et des industries manufacturières. Pour tirer le meilleur parti de la demande mondiale croissante de minerais, en particulier les minerais stratégiques, la Côte d’Ivoire, qui dispose d’un important potentiel minier, doit relever quatre défis : 1) le défi de la mise en place d’un Code minier plus attractif, plus compétitif et plus transparent 2) le défi d’une bonne gouvernance du secteur à travers l’accroissement des recettes fiscales, le nombre d’emplois créés, la lutte contre les infractions et la corruption 3) le défi social avec des richesses créées qui servent l’intérêt général et qui descendent jusqu’aux populations 4) le défi environnemental, l’exploitation minière mettant en danger un environnement toujours fragile.
Gérer des risques importants
Le secteur extractif étant porteur de risques plus importants que d’autres activités économiques, le gouvernement et les professionnels du secteur ne doivent pas installer les populations et les territoires concernés dans une vision naïve ou angélique qui leur ferait croire que le pays autrefois pauvre deviendrait soudain un pays riche capable d’éradiquer la pauvreté. Les risques que représente la ruée vers l’Afrique pour l’exploitation des minerais sont de deux ordres ; 1) l’appétit minier des puissances étrangères (Chine, Russie, Canada, États-Unis, Union européenne, Inde, Pays Arabes, etc.) et de leurs entreprises peu soucieuses de construire des partenariats gagnants-gagnants qui intégreraient la transformation locale des matières premières brutes et la création d’emplois 2) le développement des sites d’extraction artisanaux et/ou clandestins qui se caractérisent par des accidents, des bas salaires, le travail des enfants, la dégradation des terres et la destruction de l’environnement. Si l’on regarde le secteur minier, on peut dire que les entreprises étrangères amassent des milliards de dollars que leur procure l’exploitation des minerais du continent, tandis que les États africains restent enfermés dans la pauvreté et le chômage de masse.
Volonté politique, lucidité et intelligence
Il faut une volonté politique forte, beaucoup de lucidité et d’intelligence pour organiser et gérer un secteur économique à hauts risques. L’arrivée à la tête du GPMCI (Groupement Professionnel des Miniers de Côte d’Ivoire) de M. Yacouba Diarra, un homme de consensus et d’expérience, représente un important facteur de stabilité et de gestion durable au bénéfice de tous. L’agenda politique et économique de la Côte d’Ivoire, au regard de la position dominante dans la production de minerais critiques qui est celle de l’Afrique aujourd’hui, doit désormais tenir compte de l’intérêt que représente son potentiel minier.
De son côté, M. Yacouba Diarra, désormais patron des opérateurs du secteur minier, doit assurer un dialogue constructif avec les autorités. alors que les découvertes de gisements de classe mondiale se multiplient dans le pays, le patron du syndicat des opérateurs du secteur minier ivoirien doit assurer un dialogue constructif avec les autorités. Les découvertes de gisements importants se multiplient dans le pays. Qui doit profiter des revenus générés par une activité en forte expansion ? L’État bien sûr, qui attend des recettes fiscales, les opérateurs privés, qui consentent de lourds investissements avant les premiers profits, et les populations, qui attendent leur part dans répartition des revenus générés par une activité florissante.
L’affirmation d’une souveraineté pleine et entière
La dynamique du secteur minier ivoirien conduit le gouvernement à vouloir accélérer la recherche minière et à délivrer de nombreux permis d’exploitation, notamment dans le domaine de l’or. En 2024, le pays, qui a su créer des conditions favorables aux affaires, a attiré 122 millions de dollars d’investissements dans l’exploration minière, reflétant un intérêt accru des compagnies internationales pour le potentiel aurifère.
L’enjeu, pour le gouvernement, est de préserver une souveraineté pleine et entière dans un secteur à risques. Il ne s’agit pas simplement de créer un écosystème florissant, parfaitement géré et qui obéirait aux principes de bonne gouvernance. Il s’agit bien pour la Côte d’Ivoire de s’inscrire dans une vision stratégique qui lui assure la parfaite maîtrise de ses richesses naturelles. En ce sens, dans le contexte actuel marqué par de fortes turbulences politiques et une montée des guerres économiques et du protectionnisme, chaque État défendant ses intérêts, la Côte d’Ivoire doit réévaluer les contrats qu’elle signe avec les compagnies étrangères pour l’exploitation de son potentiel minier.
Est-il possible alors, pour la Côte d’Ivoire, de se préserver des puissances étrangères prédatrices, dont certaines n’ont pas hésité à fomenter des coups d’ État militaires dans la zone sahélienne (Mali, Burkina Faso, Niger) ? Est-il possible de ne pas signer des contrats léonins qui attribuent tous les avantages à la puissance prédatrice comme le fameux « contrat du siècle » signé par Kabila avec la Chine ? Est-il possible de sortir de l’appétit minier d’un Trump qui s’intéresse désormais à l’Afrique et qui promet, à travers une diplomatie transactionnelle, soutien et investissements massifs américains contre des minerais ?
Trump, qui se projette hors de l’hypocrisie de la diplomatie traditionnelle et qui s’affranchit de toute considération humanitaire, n’a pas caché que l’accord de paix signé en juin à la Maison Blanche par la RDC et le Rwanda allait ouvrir des investissements massifs américains à l’Est du Congo. Quelques semaines après, à Washington, au moment de la réception accordée à cinq Chefs d’États africains, il a encore été question de minerais.
L’affirmation, en Afrique, d’un nationalisme des richesses naturelles devient une réalité. Chaque État veut accroître son contrôle sur ses richesses naturelles, en particulier minières pour des raisons économiques et stratégiques. Depuis 2014, 31 États africains ont réformé leurs codes miniers afin d’accroître la participation des États, des champions nationaux et des communautés locales dans l’exploitation de leurs ressources, ce qui va dans le sens d’une souveraineté affirmée.
Acteurs traditionnels et nouveaux du secteur minier en Afrique
Dès les années 1980, les réformes libérales promues par la Banque mondiale voient l’arrivée des acteurs canadiens, australiens, suisses et américains dans le secteur minier africain. Dans les années 2009‑2013, la Chine et la Russie commencent à s’implanter durablement dans ce secteur. Moins polémique, la présence de l’Inde, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements en fer pour alimenter sa sidérurgie, est aussi très importante en Afrique australe. *
Depuis 2024, avec une nette accélération au premier semestre 2025, les Émirats Arabes Unis ont fortement augmenté leurs investissements dans les projets liés aux minerais critiques sur le continent, une stratégie d’investissement massif qui s’explique par le besoin d’approvisionner en cuivre, cobalt et lithium les futures gigafactories prévues à Abu Dhabi et la nécessité de diversifier l’économie émiratie
Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org