Penseur majeur de l’unité africaine, le Premier président du Ghana indépendant, Kwame Nkrumah reste la figure incontournable du mouvement panafricain qui porte le rêve de l’unité des pays africains, En 1945, Kwame Nkrumah organise, en Angleterre, à Manchester, le cinquième congrès panafricain. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement panafricain exprime la volonté d’indépendance qui traverse plusieurs pays d’Afrique. Le panafricanisme ou le pan-négrisme, qui a toujours été une pensée politique, devient une pensée radicale.
L’ambition politique panafricaine est de créer les États-Unis d’Afrique. Mais, cette pensée visionnaire se heurte au mur des réalités politiques et économiques. Au lendemain des indépendances, l’Afrique prendra la forme de 54 Etats indépendants qui ont des intérêts divergents et des atouts économiques différents. Chaque pays africain construit alors son propre chemin « décolonialisé », un chemin très politique, certains Etats acceptant de se soumettre au communisme, d’autres, au monde libre.
Entre 1945 et 2025, le panafricanisme politique se dilue dans la complexité du monde réel jusqu’à disparaître. Aujourd’hui, aucun Etat africain ne choisira l’abandon de sa souveraineté au profit d’une Union africaine et des idéaux panafricanistes, comme le préconisait Kwame Nkrumah. Lui-même incarne le paradoxe du panafricanisme politique, devenant « simultanément un héros africain et un dictateur ghanéen », selon la formule de l’intellectuel kényan Ali Mazrui. Si le panafricanisme renaît aujourd’hui, ce n’est plus sous la forme d’une pensée politique radicale, mais sous les habits neufs d’un panafricanisme économique et culturel pragmatique, qui se projette hors du champ des idéologies politiques.
L’organisation africaine et internationale «Société Civile l’Africanisme »
L’association « Société civile l’Africanisme » a été lancée le samedi 17 mars 2023 à Abidjan. Dirigée par le patron de presse, journaliste et essayiste Alafé Wakili, l’association « Société civile l’Africanisme » milite pour le rayonnement de l’Afrique en encourageant « l’esprit de solidarité et d’hospitalité qui caractérise » le continent. L’objectif est double : « Loin des querelles idéologiques et des polémiques, ‘’Société civile L’Africanisme’’ se veut une vision pour la grandeur et la renaissance de l’Afrique dans le respect des valeurs aussi bien propres à notre continent que des valeurs communes aux peuples de tous les continents » et « rendre audible la voix nouvelle du rayonnement de l’Afrique afin d’assurer une paix mondiale durable. »
En se projetant hors de l’illusion que représente le panafricanisme politique de l’origine, M. Wakili Alafé précise : « L’Africanisme est un concept investi de différentes définitions aussi savantes les unes que les autres. Il est une manière d’être africain à travers les 54 États souverains du continent d’une part, et d’autre part, la richesse de notre histoire, de nos traditions et cultures. » L’unité fondée sur un partage des valeurs dans la diversité et le respect de la souveraineté de chaque Etat, tel est le projet de la « Société civile L’Africanisme ».
Quelles sont ces valeurs ? Ce sont les valeurs qui définissent l’identité africaine : le partage, la solidarité, la coopération, la résolution des conflits sous l’ « arbre à palabres », lieu traditionnel de rassemblement où tous s’expriment sur la vie en société, les problèmes du village, la politique, lieu aussi où se tisse le lien entre les générations.
Aujourd’hui, le monde est un village, l’Afrique est un village et l’association « Société civile l’Africanisme » la forme moderne de l’« arbre à palabres » à travers les conférences, les colloques, les publications, les communiqués de presse, etc. Ce n’est pas un hasard si le fondateur-dirigeant de l’organisation « Société Civile l’Africanisme » est M. Wakili Alafé, un patron de presse qui milite pour une presse libre, indépendante, non-partisane, facteur d’épanouissement de la démocratie, et un philosophe qui développe une école de pensée africaine à partir d’une connaissance aiguë des réalités politiques, économiques et sociales au moment où se pose la question suivante : comment vivre ensemble dans une Afrique instable et dans un monde en guerre ? Ce n’est pas un hasard non plus, si « L’Africanisme »’intègre dans sa dénomination le concept de « société civile » ? La « société civile » désigne l’organisation de la société à travers des groupes de pression non gouvernementaux (associations, ONG, etc.) dont la vocation est d’agir au nom des valeurs qu’ils défendent.
L’association « Société civile l’Africanisme » se propose de travailler sur le bon fonctionnement d’une démocratie, le respect des droits de l’Homme, la transformation des rapports sociaux, les choix qui sont faits dans les grandes orientations des politiques publiques et l’aménagement du territoire, la prise en compte des urgences climatiques et des questions environnementales. Il ne s’agit pas de se projeter hors du champ du politique pour naviguer dans la stratosphère des idées, ce qui serait un aveu d’impuissance, mais bien d’agir sans esprit partisan ou posture idéologique dictée par une pensée radicale.
« Ensemble pour une Afrique forte »
Afin de célébrer ses deux ans d’existence, l’association « Société civile l’Africanisme » organise, tout au long du mois de mars, sur Zoom, trois panels : le 10 mars, à 20h, « Désinformation – Fake news et risques en période électorale, stratégies d’influence et propagande étrangère » ; le 16 mars, à 19h, « Partenariats Côte d’Ivoire-Etats de la région – Coopération avec la France, souveraineté économique et enjeux sécuritaires » ; le 20 mars, à 20h, Environnement régional de la Côte d’Ivoire – Insécurité, coopération régionale, démocratie et gouvernance ». Autour du thème suivant « Quelle Afrique face au bouleversement des législations matrimoniales dans le monde », un cocktail de célébration viendra clôturer, le 22 mars, à 18 h, Villa Alfira, aux « 2 Plateaux », ce mois d’analyse, de réflexion et de propositions pour bâtir, ensemble, une Afrique forte.
Selon Wakili Alafé, « L’action de la société civile connaît certes une plus grande ampleur à travers les réseaux sociaux. Ce n’est pas suffisant. Afin de mobiliser l’opinion publique et accroitre la visibilité de son action, l’organisation « Société civile l’Africanisme » doit amener le plus grand nombre à participer à la construction de ce nouveau panafricanisme porteur des idéaux de solidarité et de paix.
L’objectif de l’organisation « Société civile l’Africanisme » est bien d’amener les peuples et les civilisations au partage des mêmes valeurs, au moment où un mécontentement de plus en plus grand s’empare des populations africaines. »
Ce n’est donc pas un hasard non plus, si la soirée du 22 mars est présentée comme « un cocktail débat de rupture œcuménique du jeûn musulman et du carême chrétien ». L’adjectif « œcuménique » signifie « universel », ce qui nous renvoie à l’idée d’un partage des mêmes valeurs.
Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de l’Université de l’Atlantique (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org