En ce moment, des alertes comme celle de l’Ambassade du Burkina Faso en Chine, dénonçant des fausses bourses, rappellent que les liens entre la Chine et l’Afrique ne sont pas exemptes de zones d’ombre. Derrière le vernis de la coopération diplomatique, des rapports souvent inégaux révèlent un respect superficiel, quand ce n’est pas une forme de mépris institutionnalisé. À l’heure où la Côte d’Ivoire et d’autres nations africaines cherchent à consolider leur souveraineté, il est urgent de scruter ces dynamiques, de les nommer, et de demander une relation authentiquement respectueuse.
Un pouvoir économique, une posture diplomatique, peu de contreparties réelles
La Chine s’est imposée comme l’un des partenaires privilégiés de nombreux États africains. Grands travaux, infrastructures, financements… l’ampleur des investissements est impressionnante.
Mais ces investissements viennent souvent avec des termes favorisant largement le donneur : prêts à rembourser, contrats passés à des entreprises chinoises, peu de transfert de technologie ou de compétences. Le respect, dans un tel cadre, se mesure aussi par la capacité de l’autre partie à négocier, à poser des limites, à bénéficier réellement des retombées.
Quand la Chine finance des barrages, des routes ou des ports, il y a peu de visibilité, ou de transparence, sur les clauses exactes : sur les taux, sur la gestion locale, sur l’entretien après coup. Très souvent, la communauté locale reste spectatrice, voire elle en pâtit : expropriations, environnement dégradé, manque de compensation. Le « respect » dans ces cas-là se réduit à une communication officielle, à un discours diplomatique, mais pas à une pratique sur le terrain.
Discrimination vécue : étudiants et travailleurs africains en Chine
Une autre dimension du problème est le traitement des Africains résidant en Chine pour études ou travail. L’affaire des fausses bourses est exemplaire : elle révèle comment certains réseaux détournent la solidarité diplomatique, profitent des attentes des jeunes africains, et les exposent à des faux espoirs. Mais au-delà de ces fraudes, il y a des témoignages récurrents de traitement inégal : difficultés d’accès à la justice, de logement, des stigmatisations, parfois des refoulements arbitraires. Tous ne sont pas médiatisés, mais les voix qu’on entend racontent un sentiment répandu : être citoyen de seconde zone.
Pendant la pandémie de Covid-19, ce phénomène a été exacerbé : observations de discriminations, de mesures sanitaires appliquées de manière discriminatoire envers des Africains, de quarantaines forcées ou arbitraires. Cela nourrissait la peur, la colère, le sentiment que les Africains, même légalement en Chine, ne sont pas traités avec les mêmes droits ou dignité que d’autres. Ces actes ont un effet très concret : moins de confiance dans les promesses diplomatiques, peur de se rendre en Chine, voire de renoncer aux partenariats académiques.
Paroles officielles et réalités : le hiatus
Les gouvernements africains vantent souvent les accords signés avec la Chine. Mais entre la signature d’un protocole ou la remise d’un chèque, et la mise en œuvre réelle, beaucoup d’inertie. Des promesses de bourses ou de formation restent lettre morte, ou sont partiellement remplies avec des conditions souvent inacceptables pour les bénéficiaires.
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Le principe de non-ingérence, cher à la diplomatie chinoise, est souvent brandi pour éviter des remises en question, y compris sur les droits humains. Cela devient un bouclier : quand des Africains dénoncent des injustices, l’argument “affaires internes” sert à clore le dossier. Or, le respect ne se délègue pas à des discours : il se mesure dans les actes, dans la protection des droits, dans l’égalité de traitement.
Quel “respect” pourrait être exigé ?
Il ne suffit pas de dénoncer : il faut proposer. Pour que le partenariat sino-africain sorte d’une relation de donneur à bénéficiaire dépendant, plusieurs chantiers sont essentiels :
- Transparence totale des contrats : que les citoyens africains aient accès aux termes — taux d’intérêt, obligations environnementales, clauses de remboursement, droits de recours.
- Protection des Africains à l’étranger : que les étudiants, travailleurs, migrants aient des droits clairement garantis, des voies de recours, un traitement légal équivalent à celui des autres étrangers.
- Valorisation du transfert de compétences : pas seulement construire, mais former, outiller, permettre aux universités africaines de développer des savoirs.
- Normes sociales et environnementales respectées : les habitants locaux doivent être associés et indemnisés, l’environnement protégé, les dommages réparés.
- De l’État africain exigeant : pour que le pouvoir africain ne cède pas à l’illusion que “tout ce qui vient de Chine est bon”. Les citoyens doivent exiger un partenariat juste, et les autorités doivent être vigilantes, transparents, responsables.
L’indispensable rééquilibrage
Le respect n’est pas un luxe : il est le socle de toute relation durable entre peuples. Lorsqu’un pays étranger, même puissant, s’impose, promet, mais ne tient pas ses engagements ou traite injustement ses partenaires, il fragilise ses propres intérêts. En Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Sénégal, au Cameroun comme ailleurs, le refus d’être traités comme des subordonnés est une revendication légitime.
Ce n’est pas de la défiance, mais de la dignité. L’Afrique ne doit pas accepter un partenariat qui louvoie entre grand projet et mépris. Elle doit exiger que ce soit l’humain, la justice, la responsabilité qui soient au cœur de toute coopération. Sinon, ce ne sera pas du respect : cela restera une mise sous tutelle silencieuse masquée sous des discours de “coopération gagnant-gagnant”.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
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