Débutée le 13 janvier, la 34è édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football a pris fin le 11 février 2024. La Côte d’Ivoire, organisatrice de l’événement a remporté le trophée continental devant le Nigeria. L’Afrique du Sud, vainqueur de la RD Congo en match de classement, a pris la troisième place synonyme de médaille de bronze. Bilan d’une compétition riche en rebondissements et à suspense.
Moins attendue, la Côte d’Ivoire a surpris plus d’un en remportant le trophée de la CAN 2023. Le Nigeria, beaucoup plus attendu, a été finaliste malheureux. L’Afrique du Sud et la RD Congo, placées dans le même statut que la Côte d’Ivoire a été sublimes en atteignant le dernier carré. Dans cette campagne, l’on est passé par toutes les émotions. De la grande joie à la grande déception, de l’euphorie au découragement et du rire aux pleurs. Les supporters ont servi différentes facettes dans cette CAN 2023. Les acteurs sur le terrain ont servi de bonnes statistiques.
–Les résultats techniques et récompenses individuelles
Considérée comme la plus belle édition de l’histoire de la CAN, Côte d’Ivoire 2023 a tenu toutes ses promesses et à tous les niveaux. Elle a connu des situations extraordinaires à travers des éliminations prématurées de certaines équipes et a permis la révélation d’autres. Au total 119 buts ont été inscrits sur les 52 matches. Au premier tour, les six poules ont produit 89 buts et le second 30 buts. En 2019, ce sont 102 buts qui ont été enregistrés en Égypte contre 100 en 2022 au Cameroun. Seul le Sénégal a obtenu 9 points synonymes de trois victoires en autant de sorties au premier tour.
Quant à la Guinée Équatoriale, elle a inscrit 9 buts en quatre matches de poule. Dix équipes n’ont pas obtenu de victoire au premier tour. Il s’agit de de la RD Congo, du Mozambique, de la Guinée Bissau, de l’Égypte, de la Gambie, de l’Algérie, du Ghana, de la Tunisie, de la Tanzanie et de la Zambie. Parmi elles, deux ont pu accéder au second tour à savoir la RD Congo et l’Égypte. La Tanzanie, la Namibie et la décevante Tunisie ont inscrit chacun un seul but durant la compétition.
Auteur de cinq réalisations, Emilio Nsue de la Guinée Équatoriale reste le meilleur buteur de la CAN 2023 suivi de Gelson Dala (Angola) et de Mostofa Mohamed (Égypte) avec chacun quatre buts. Sept joueurs ont inscrit chacun 3 buts : deux du Mali et deux autres du Nigeria. Les trois sont de l’Algérie, de l’Angola et du Burkina Faso. Dix joueurs à savoir deux Ivoiriens, deux Sénégalais, deux Ghanéens, deux Sud-africains, un Cap-verdien et un Congolais ont réussi à tromper les gardiens adverses à deux reprises. 61 joueurs ont marqué chacun un but. L’Angolais Alfredo Kulembe Gomez Ribeiro (Fredy), le Camerounais Georges Kevin Nkoudou, l’Équato-guinéen José Machín et le Sénégalais Sadio Mané ont réalisé chacun trois passes décisives.
Sept joueurs que sont Themba Zwane (Afrique du Sud), Gelson Dala (Angola), Mohammed Kudus (Ghana), Jésus Owono (Guinée Équatoriale), Deon Hotto (Namibie), Moses Simon (Nigeria) et Yoane Wissa (RD Congo) ont été élus à deux reprises Homme du Match. Des 11 joueurs de l’équipe type de la CAN 2023, on y retrouve trois Nigerians (Ola Aina, William Troost Ekong et Ademoka Lookman), trois Ivoiriens (Konan Ghislain, Seri Michael et Franck Kessié), deux Sud-africains (Ronwen Williams et Teboho Mokoena) deux Congolais (Chancel Mbemba et Yoane Wissa), et un Équato-guinéen (Emilio Nsue). Émerse Faé, le sélectionneur des Éléphants a été désigné meilleur technicien de ce rendez-vous.
–Les sanctions : Côte d’Ivoire et Nigeria de mauvais exemples
Quatre joueurs ont réalisé un auto-goal (ou but contre son camp). Il s’agit de l’Équato-guinéen Esteban Obiang (pour la Guinée Bissau), le Bissau-guinéen Opa Sangaté (pour le Nigeria), le Gambien James Gomez (pour le Cameroun) et le Burkinabé Edmond Tapsoba (pour le Mali). Au total 163 cartons jaunes et 13 cartons rouges ont été administrés aux joueurs. La Côte d’Ivoire à elle seule, a été sanctionnée à 15 reprises dont deux rouges. Elle est suivie du Nigeria et du Burkina Faso avec 12 cartons chacun.
22 penalties ont été sifflés dont 17 réussis et 5 ratés. Le Burkinabé Bertrand Traoré a transformé avec succès tous ses trois penalties. Le Mozambique a été généreux en offrant 3 penalties à ses adversaires. Enfin, le gardien sud-africain, Ronwen Williams a pu bloquer 5 tirs sur 7 suivis du nigérian Stanley Nwabali avec 4 tirs.
–Les satisfactions : les équipes du podium y compris la RD Congo
Il y a la Côte d’Ivoire, vainqueur du trophée à la surprise générale. Elle n’était pas comptée parmi les favoris mais a su capitaliser ses occasions de qualification. Repêchée comme l’un des quatre meilleurs troisièmes, la Côte d’Ivoire a pris le meilleur sur le tenant du titre, le Sénégal puis le Mali et la RD Congo avant de s’offrir le Nigeria en Finale. Au total, elle a obtenu cinq victoires sur les 7 matches. Le Nigeria s’en est sorti avec 5 victoires un nul et une défaite. Troisième, L’Afrique du Sud a eu un nul, quatre victoires et deux défaites.
A ceux-là s’ajoute la RDC, restée au pied du podium. Elle est répartie avec trois victoires, trois nuls et une défaite. Les Léopards ont terminé à la 4è place. C’est sa plus belle performance depuis 2015. Sébastien Desabre et ses poulains ont gagné en grade. L’équipe s’est nettement améliorée depuis l’arrivée du technicien français à la tête de l’encadrement technique des Léopards. Il y a également la Namibie qui a surpris en battant d’entrée la Tunisie en poule et qui malheureusement est tombée sur plus forte qu’elle, l’Angola au second tour. Les Namibiens ont assuré une qualification historique pour leur quatrième participation faisant donc mieux que les trois éditions précédentes.
La Guinée Équatoriale a fait sensation en terminant leader de son groupe (A) avec 7 points (+6) devant le Nigeria à égalité de points (+2). Elle a fait sensation en infligeant une déculottée (4-0) à la Côte d’Ivoire, pays organisateur de l’événement qui ne l’oubliera pas de sitôt. Malheureusement en 8è, elle est difficilement tombée face à une modeste équipe de la Guinée toujours à la recherche de ses marques. Cette élimination reste un véritable goût d’inachevé pour le Nzalang Nacional. Le Cap-Vert a cru en ses chances jusqu’au bout. Les Cap-verdiens ont dominé le groupe B devant les Égyptiens et les Ghanéens. Mais, ils sont tombés en quart de finale devant les Sud-africains à l’épreuve des tirs au but.
En quatre éditions, les Requins Bleus ont atteint le top 8 par deux fois (2013 et 2024). Ils ont montré de bonnes dispositions ayant attiré les regards sur eux. Mauritanie qualifiée aux forces pour les 8ès de finale, s’est donné désormais un nom dans le football africain. Elle aussi, a réussi une grande première en se qualifiant pour le second tour d’une édition, malheureusement dominée par le Cap-Vert. Une belle performance qu’elle entend capitaliser au cours des prochaines échéances. L’Angola a sorti la tête de l’eau après des années d’hibernation en atteignant les quarts mais s’est-elle fait écarter par le futur finaliste malheureux. Elle a montré un bien meilleur visage avec un collectif fort et solide.
–Les grandes déceptions : toutes des têtes couronnées
On retrouve le Sénégal en premier. Le Champion en titre est sorti de cette compétition par la petite porte. Les Lions du pays de la Teranga ont été malheureusement contraints à l’abandon par une modeste formation des Éléphants ressuscités à la faveur de la prise en compte des quatre meilleurs troisièmes. Après avoir bien débuté la compétition avec 9 points obtenus en trois matches, le Sénégal s’est écroulé face à la Côte d’Ivoire en 8è de finale, perdant du coup sa couronne.
Le Maroc aussi est dans ce lot. Les Marocains ont été recalés de manière inattendue des 8ès de finale par les Sud-africains. L’Algérie ne se soustrait pas du lot. Championne en 2019, elle a plus que déçu puisqu’écartée de la course pour le titre dès après les rencontres de groupe. Éliminée au premier tour au Cameroun, elle a bu le calice jusqu’à la lie en terre ivoirienne. Tout comme la Tunisie qui est sortie par la cheminée. Les Tunisiens ont montré leurs premiers signes de faiblesse devant les Namibiens (0-1). Ils n’ont à leur actif que deux nuls et une défaite, très insuffisants et très insignifiants pour accéder aux 8ès.
Le Ghana est resté fidèle à son statut d’équipe inconstante. André Ayew et ses coéquipiers ont encore déçu. Il y a deux ans au Cameroun, ils se sont fait éliminer au premier tour avec un seul point au compteur. En 2019 en Égypte, leur course s’est arrêtée face à la Tunisie aux tirs au but a l’issue des tirs au but. Leur dernière demi-finale date de 2017 à Franceville au Gabon, privés de finale par le Cameroun après une finale perdue en 2015 en Guinée Équatoriale devant la Côte d’Ivoire. Le Cameroun n’a pas fait mieux qu’en obtenant 4 points en poule avant de se voir éliminé en 8è par son éternel rival, le Nigeria. Depuis son sacre en 2012, la Zambie est toujours restée sous l’eau. Pour elle, les éditions passent et se ressemblent fort malheureusement. Cette année encore, elle est repartie la queue entre les jambes.
La Guinée, le Burkina Faso et le Mali sont à leurs places habituelles. La Guinée a certes atteint les quarts mais cela n’est pas une première pour ce pays. Son inconstance l’a mise aux oubliettes. Le Burkina Faso s’est fait surprendre à ce rendez-vous. Il a joué le frein en main. Il a été trop attentiste et n’a pas eu sa verve habituelle notamment celle de 2013 où il atteint la finale malheureusement perdue. Le Mali a toujours été euphorique. Les Aigles l’ont démontré encore cette année. Sa plus haute performance reste la demi-finale quand ils le peuvent. Sans plus. Pour la Tanzanie, la Guinée Bissau, le Mozambique et la Gambie, l’apprentissage continue.
–Organisation : sur une très bonne note
Tous les observateurs et participants à l’événement ont été unanimes sur la parfaite organisation de l’événement. Les infrastructures non sportives (sécurité, routes, hébergement, hôtellerie, hôpitaux, liaison aérienne, autres équipements…ont rempli leur part du contrat. Les infrastructures sportives à savoir les six stades de compétition et les 24 terrains d’entrainement n’ont connu aucun couac. Dotés de matériels de qualité, ces stades et terrains d’entraînement ont facilité la tâche aux 24 équipes en compétition. Elles ont travaillé dans de bonnes conditions.
” Il n’y a rien à dire sur les infrastructures sportives et non sportives. Elles sont de qualité et nous ont permis de travailler dans de bonnes conditions. A ce niveau, nous apprécions les efforts de la Côte d’Ivoire “, n’ont cessé de rappeler tous les sélectionneurs, les membres des staffs techniques, les responsables de délégation, les journalistes, les experts, les observateurs…
Par contre, la forte chaleur a été l’une des fausses notes de ce rendez-vous. Des rencontres jouées à 14 heures ont fortement handicapé les joueurs pour la plupart évoluant dans des championnats à température très basse. Tout comme la vente des tickets d’entrée au stade. Aussi bien sa procédure de vente en ligne que l’achat physique ont causé d’énormes difficultés au public. Cela s’est vérifié lors du match d’ouverture et à presque tous les matches.
Les nombreuses plaintes et récriminations en témoignent et ont laissé de mauvais souvenirs aux spectateurs. Malgré tout, le taux de remplissage des stades a été très bon allant jusqu’à presque 100% pour certaines oppositions surtout celles impliquant l’équipe ivoirienne. Les navettes destinées à la presse ont été défaillantes avant de disparaître longtemps avant la fin de cette grand-messe du football africain. Et cela après l’accident d’un bus de journalistes qui a fait de nombreux blessés graves.
Adou Mel