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CAN 2023- San Pedro en colère après la lourde défaite des Éléphants face à la Guinée équatoriale 

Par Adou Mel23 janvier 2024

La ville de San Pedro était plongée dans la déception, le découragement et la colère ce lundi 22 janvier 2024 au sortir du match Guinée Équatoriale-Côte d’Ivoire de la 3è et dernière journée des matches de groupe (A) de la CAN 2023 de football joué au stade Olympique Alassane Ouattara d’Ébimpé et soldé par un retentissant 4-0 en faveur des Équato-guinéens. Bien que loin de la capitale économique, théâtre des opérations, la population de cette ville a souffert pendant et après le match.

Le découragement était perceptible 

Au coup de sifflet final de l’arbitre, des supporters Ivoiriens sont fous de rage. Les récriminations contre la Fédération Ivoirienne de Football (FIF), le COCAN, les joueurs et le sélectionneur sont sans équivoque. Ceux qui ont eu le courage de suivre la rencontre jusqu’à son terme n’en revenaient pas tellement dépassés par les évènements. Leurs réactions et leurs propos en témoignent.

Il est un peu plus de 19 heures ce lundi 22 janvier 2024. Nous sommes à la Rue des Grumiers au Camp Douane du quartier Cité de la ville. Au maquis de Chaleureux ceux d’à côté, c’est pratiquement la ”sécheresse” peu avant le coup d’envoi du match. L’ambiance est froide au maquis Chaleureux de ce quartier. Cinq minutes après le coup d’envoi du match, il n’y avait que neuf personnes. 

Un restaurant de San Pedro lors du match Côte d’Ivoire vs Guinée Équatoriale. © AM

« Habituellement, le maquis est bondé de monde quand les Éléphants jouent. Mais depuis la défaite contre le Nigéria, je ne pense pas que les supporters puissent sortir tellement ils sont déçus », a dit Aicha Ouattara la tenancière du maquis.

Les faits lui ont donné raison. Après 26 minutes de jeu, il n’y avait que 13 personnes soit quatre nouvelles têtes de plus. « Je vous ai dit que les Ivoiriens ne vont pas sortir », a fait savoir Amon Jean, fonctionnaire. 

Un petit tour auparavant dans les restaurants, maquis et autres buvettes des autres quartiers nous a situé. Les supporters ne se sont pas bousculés. Le Village CAN au quartier Seweké n’a pas fait son plein habituel. Après le troisième but, nous nous sommes retrouvés à 8 personnes dans le maquis. Tous les autres ont déserté les lieux tellement déçus. 

« Je vous avais prévenu. Les joueurs ont mis la honte sur le pays », a commenté Sery Pascal, un jeune surnommé le Guinéen.

Les supporters en colère 

« C’est lamentable ce qui s’est passé. J’ai honte de ce que nous avons vu. Les joueurs ont humilié le pays. C’est du jamais vu dans l’histoire de notre pays. Les autorités doivent prendre leurs responsabilités car ces joueurs ont gâté la CAN », a fait savoir Zadi Raphaël, chauffeur de taxi qui nous ramenait à l’hôtel. 

Avant, lui, d’autres supporters dans les bistrots d’à côté ont lancé des cris de ”guerre” teintés de désespoir et d’amertume. « C’est la honte, une vraie honte. Il faut chasser toute la fédération. Avec ces gens, on n’attendra rien d’eux. Ils vont toujours nous humilier », a-t-on entendu.

Avec eux, Amon Jean revient à la charge. « Franchement je ne m’attendais pas à une victoire de la Côte d’Ivoire face à la Guinée Équatoriale. Après le match contre le Nigeria, je me suis dit que la Côte d’Ivoire ne pouvait pas atteindre le prochain tour parce qu’elle n’a pas de fond de jeu et de sélectionneur. Les joueurs ont manqué de patriotisme. À aucun moment, ils se sont montrés combatifs. Cette assertion vient d’être démontrée dans ce dernier match. C’est humiliant et désolant pour tout un peuple qui a mis son espoir en son équipe en voulant satisfaire le président de la République qui a tout mis en oeuvre pour organiser la meilleure CAN », a fulminé l’homme assis devant une canette de sucrerie.

Une rue de San Pedro avant le match Côte d’Ivoire vs Guinée Équatoriale. © Adou Mel.

Fieni Abondjé Alban, étudiant en Master 2 de Criminologie a lancé totalement déçu : « Je cherche un mot plus fort que la déception. Je suis attristé par la performance de nos joueurs, des anciens joueurs autour de l’équipe, du sélectionneur et des encadreurs techniques.  Nous ne devrions pas sortir de cette manière. Les joueurs n’ont pas montré cette rage de vaincre, l’envie de défendre les couleurs du pays. On a eu l’impression que la liste des joueurs a été imposée au sélectionneur et que ce sont les amis et petits frères des dirigeants fédéraux qui sont venus jouer ».

Koné Alassane, lui aussi fonctionnaire a manifesté son mécontentement à sa manière. « Si cela ne tenait qu’à moi, on renvoyait ces joueurs à Zambakro pour le service civique. C’est tout ce que je peux dire ». L’homme était tellement dépassé par les événements.

« Je suis très déçue parce que je ne m’attendais pas à cette situation. Je ne sais quoi dire », a conclu Aïcha Ouattara.

En dehors de quelques lieux de loisirs où certains se defoulaient pour noyer leurs soucis, la ville de San Pedro, dans son ensemble, s’est plongée dans la tristesse, le découragement et la déception. 

Adou Mel, envoyé spécial à San Pedro 

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