Leader mondial incontesté du cacao, la Côte d’Ivoire assume pleinement son statut avec près de 40 % de la production mondiale. Si cette performance est le fruit d’une longue histoire agricole, elle repose aussi aujourd’hui sur une volonté politique de transformation locale, en phase avec les ambitions industrielles du pays. L’État ivoirien mise sur la valorisation de cette filière stratégique pour stimuler l’emploi, capter la valeur ajoutée, et renforcer sa souveraineté économique. Mais plusieurs défis restent à relever.
Une filière structurante pour l’économie nationale
Le cacao, introduit à la fin du XIXe siècle par les colons, est devenu dès les années 1960 un pilier économique majeur. À travers des politiques agricoles favorables et un fort engagement des producteurs ruraux, la Côte d’Ivoire a bâti une industrie agricole de premier plan. Aujourd’hui, la filière cacao représente entre 15 et 20 % du PIB et fait vivre un quart de la population ivoirienne.
Cette performance repose en grande partie sur un tissu de petits producteurs familiaux, répartis dans le sud et le centre du pays. Cependant, le modèle restait jusqu’à récemment largement dépendant de l’exportation de fèves brutes, soumises aux fluctuations des cours mondiaux.
Cap sur la transformation locale
Face à cette situation, les autorités ivoiriennes ont opté pour une stratégie volontariste : industrialiser la filière cacao en développant la transformation locale. L’objectif est double : augmenter la valeur captée sur le territoire et créer des emplois industriels durables.
Le complexe TRANSCAO PK24, inauguré le 26 juin 2025 à Abidjan par le Vice-Président Tiémoko Meyliet Koné, incarne cette ambition. D’une capacité annuelle de transformation de 110 000 tonnes de fèves, il comprend également un entrepôt moderne et un centre de formation dédié aux métiers de la filière. Cet investissement s’inscrit dans la volonté de l’État de faire de la Côte d’Ivoire un hub africain de transformation du cacao.
Aujourd’hui, près de 50 % de la production nationale est transformée localement, ce qui représente environ 1 million de tonnes par an. Ce tournant industriel a permis de générer plus de 10 000 emplois directs, avec un impact significatif sur les chaînes logistiques, la formation professionnelle et les services connexes.
Des défis structurels toujours présents
Malgré les progrès, plusieurs défis demeurent. En premier lieu, la faible rémunération des producteurs. Ces derniers restent dépendants des cours mondiaux et confrontés à des difficultés d’accès au financement, à la formation technique et aux intrants agricoles de qualité.
Sur le plan environnemental, l’expansion non maîtrisée des plantations continue d’alimenter la déforestation, malgré les mesures incitatives en faveur d’une culture durable. En parallèle, la question du travail des enfants dans certaines zones rurales reste sensible, et nécessite un renforcement des mécanismes de contrôle, de scolarisation et d’appui social aux familles.
Enfin, pour rester compétitive, la Côte d’Ivoire doit composer avec une concurrence croissante sur le continent. Le Ghana, le Nigeria ou encore l’Équateur misent eux aussi sur la transformation locale. Dans ce contexte, la qualité des produits transformés, la logistique, la traçabilité et la certification deviendront des éléments déterminants à l’international.
Une stratégie cohérente pour un leadership durable
La stratégie nationale engagée autour de la transformation du cacao s’inscrit dans une logique de maîtrise de la chaîne de valeur, en cohérence avec les objectifs du Plan National de Développement (PND). Elle contribue non seulement à renforcer la résilience de l’économie ivoirienne, mais aussi à faire émerger un modèle industriel africain fondé sur ses ressources propres.
Le cas ivoirien, souvent cité en exemple sur le continent, montre qu’avec une vision claire, des investissements structurants et un accompagnement ciblé des acteurs, l’Afrique peut produire, transformer et exporter avec valeur ajoutée. Le cacao, produit agricole historique, est en train de devenir un vecteur moderne d’industrialisation.
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info