Confronté à des tensions internationales grandissantes, le Burkina-Faso soulève des inquiétudes quant à sa stabilité et à sa politique extérieure, alors que des rapports houleux persistent avec ses voisins sahéliens.
Ce week-end, le gouvernement militaire du Burkina Faso a annoncé une prolongation du régime pour cinq ans de plus. L’actuel dirigeant pourra d’ailleurs se présenter lors de l’élection à venir. Nouvelle particulièrement « dérangeante » dans un contexte déjà troublé pour l’avenir de la patrie des hommes intègres. Depuis peu, le pays fait face à des tensions récurrentes sur la scène internationale. Les derniers propos du pouvoir en place face à la Côte d’Ivoire ne prennent pas le chemin de l’apaisement. « Tous les déstabilisateurs du Burkina Faso sont en Côte d’Ivoire » confie le dirigeant dans une interview accordée à la télévision nationale fin avril. Avec une nouvelle frontière devenue aujourd’hui sensible, l’avenir de la stabilité régionale semble incertain. Selon le politologue spécialiste des questions sécuritaires, Arthur Banga : « Pour l’instant, on est à l’étape de la dissuasion […]. Il faut tout de même arrêter de jouer avec le feu et tenter de poser les bases d’un dialogue pour une relation correcte et apaisée, à défaut d’être étroite et cordiale. »
D’après l’Agence d’information du Burkina (AIB) le 23 avril à Banfora, le chef d’État demande aux Forces de Défense et de sécurité (FDS) des Cascades, région frontalière avec la Côte d’Ivoire et le Mali, de se tenir prêt à mener une « guerre de haute intensité » afin de barrer la route aux terroristes. « Quiconque, que ce soit des terroristes ou tout autre armée qui croit venir troubler notre quiétude, nous devrons nous préparer pour les accueillir sur le long terme et intensément […] » a-t-il ensuite ajouté.
Devant de telles décisions, il est possible de s’interroger sur l’avenir du Burkina Faso et la volonté des autorités en place de mettre en place une politique extérieure isolationniste.
Silence radio des autorités
Arrivé au pouvoir pour ramener la paix dans le pays en 2022, le gouvernement du Faso est aujourd’hui toujours confronté à de grandes difficultés sécuritaires. Sur le sujet, le manque de compte-rendu aux instances des organismes régionaux et internationaux accroît les tensions. D’après la BBC, les islamistes contrôleraient encore de vastes pans du pays.
Un récent rapport de l’ONG Human Rights Watch (HRW) accuse les forces armées burkinabè d’avoir exécuté environ 223 civils, dont 56 enfants. La tragédie aurait eu lieu en février. Publié fin avril, le rapport ébranle alors le pays.
Plus tôt ce mois-ci, entre le 3 et le 9 mai, des exactions sur la population civile auraient également été commises par des hommes appartenant aux forces armées de la nation. Une centaine de villageois décèdent lors du ravitaillement de la commune de Tankoualou. Selon quelques rares témoins, les victimes avaient accepté de payer un impôt aux groupes terroristes pour pouvoir cultiver leurs propres terres sans représailles.
Le ministre de la Communication a rapidement réfuté les accusations. Dans le même temps, les infrastructures de plusieurs médias d’information étrangers ont été suspendues. A cela s’ajoute des restrictions imposées aux ONG sur le terrain, souvent les premières à être informées de la situation sécuritaire des zones à risques.
Constantine Ndoko