La Côte d’Ivoire a été inscrite sur la liste grise du GAFI pour des lacunes techniques en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Analyse des enjeux géopolitiques et des réponses nationales.
Blanchiment et financement du terrorisme : la Côte d’Ivoire face aux répercussions de la crise au Moyen-Orient
L’inscription récente de la Côte d’Ivoire sur la “liste grise” du Groupe d’action financière (GAFI) a suscité des interrogations, mais elle ne découle ni d’un scandale classique de corruption, ni de détournements de fonds publics. Cette décision est en réalité la conséquence d’une évaluation technique du GAFI, transposée ensuite par l’Union européenne. Il ne s’agit pas d’une sanction nouvelle par l’UE, mais de la suite logique d’un processus entamé depuis plusieurs mois.
Une situation à décrypter dans un contexte international
Pour comprendre cette décision, il est essentiel de replacer la situation ivoirienne dans un contexte géopolitique plus large. La crise persistante au Moyen-Orient, conjuguée à la présence de communautés diasporiques en Côte d’Ivoire et à l’intensification des flux financiers transnationaux, crée un environnement propice aux soupçons. Le pays, sans en être directement responsable, devient un maillon potentiel dans des chaînes de financement illégales pouvant échapper à son contrôle.
Cette réalité va au-delà du périmètre national et révèle des interconnexions complexes entre conflits internationaux, migrations économiques, et régulations financières mondiales.
Des défis techniques, mais aussi politiques
Les insuffisances identifiées – notamment en matière de contrôle bancaire, de traçabilité des transactions ou de supervision des institutions financières – sont, en soi, techniquement corrigeables. Toutefois, deux défis majeurs se posent :
- La question communautaire : Renforcer le contrôle ciblé des flux issus ou à destination de certaines zones sensibles pourrait être mal perçu, au risque de stigmatiser certaines populations ou communautés.
- Les tensions normatives : Les exigences des organismes internationaux comme le GAFI ou l’UE sont souvent calquées sur des standards occidentaux, avec peu de prise en compte des spécificités locales. La pression exercée peut ainsi servir de relais à des conflits géopolitiques extérieurs.
- En France, aux États Unis, des réseaux parallèles de circulation d’argent existent. Ce circuit n’échappe-t-il pas aux banques et aux systèmes classiques de transport ou de circulation d’argent ?
Réponse ivoirienne : réforme sans alignement géopolitique
Les autorités ivoiriennes ont réaffirmé leur engagement à poursuivre les réformes structurelles recommandées par le GAFI. Il s’agit notamment de renforcer les mécanismes de déclaration des opérations suspectes, d’améliorer la coopération judiciaire, et d’affiner les procédures de gel des avoirs. Toutefois, la lutte contre le blanchiment ne saurait être instrumentalisée dans une guerre par procuration ou une logique d’alignement automatique.
La sécurité nationale reste la priorité, tout comme la préservation de la cohésion sociale. La Côte d’Ivoire, tout en restant ouverte à la coopération internationale, refuse de faire les frais d’un climat de suspicion généralisée hérité des tensions géopolitiques mondiales. Elle continuera de faire sa part.