La reconfiguration de la présence militaire russe en Afrique centrale et au Sahel s’accélère. Alors que le départ de Wagner de Centrafrique semble désormais inévitable, les signes d’un transfert progressif des opérations vers l’Africa Corps, déjà présent au Mali, se multiplient. Ce redéploiement intervient dans un climat de tensions croissantes autour des activités économiques et minières du groupe paramilitaire, notamment après la disparition mystérieuse d’un diamant brut de 177 carats, l’un des plus imposants jamais découverts en RCA.
En janvier 2025, cette pierre précieuse, qualifiée d’« exceptionnelle » par le ministre des Mines Ruffin Bénam Beltoungou et évaluée à près de cinq millions de dollars par un négociant intéressé, avait été présentée publiquement à Bangui. Mais l’accord de vente a été annulé en février, à la suite d’une intervention directe du chef de Wagner dans le pays. Depuis, aucune exportation ni document officiel ne permet de retracer son parcours. Pour de nombreux observateurs, cet épisode symbolise les pratiques d’extraction et de prédation attribuées à Wagner depuis son implantation en RCA.
Depuis 2020, le groupe a progressivement pris le contrôle de zones minières stratégiques, de Ndassima à Yidéré-Baboua, imposant sa domination sur la production aurifère et diamantifère. Dans certaines régions, des fonctionnaires chargés de superviser les sites ont été menacés, tandis que des témoignages font état de violences graves contre les populations vivant ou travaillant à proximité des mines. Les offensives menées en 2023 pour s’emparer de zones aurifères artisanales se sont accompagnées d’exactions documentées, incluant exécutions sommaires et déplacements forcés.
Ce retrait annoncé s’inscrit dans un contexte de transition vers l’Africa Corps, structure créée par Moscou pour reprendre les missions autrefois confiées à Wagner. Déployée au Mali depuis juin 2025, cette entité se distingue officiellement par un mandat axé sur la formation, le conseil et la fourniture d’équipements aux forces locales, sous un encadrement direct du ministère russe de la Défense. Une approche plus institutionnelle, mais aussi plus coûteuse pour les États partenaires.
Selon plusieurs médias régionaux, un audit piloté par le Kremlin a récemment été lancé pour normaliser ces engagements, obligeant les instructeurs à signer des contrats directement avec l’armée russe. En Centrafrique, Bangui et Moscou discutent depuis plusieurs mois des modalités du transfert. Les visites du vice-ministre de la Défense Iounous-bek Evkourov et du général Andreï Averyanov en début d’année traduisent la volonté russe d’accélérer la réorganisation.
En attendant la phase opérationnelle, les unités d’Africa Corps stationnées au Mali se prépareraient à rejoindre Bangui. Mais leur bilan sur le terrain malien soulève des interrogations. Confrontée aux attaques répétées du JNIM, la structure russe n’a pas réussi à stabiliser la situation sécuritaire. Dans plusieurs régions, ses troupes sont restées cantonnées dans leurs bases, sans capacité d’intervention efficace, malgré la multiplication des attaques à proximité des centres urbains.
Le déploiement en Centrafrique apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans la stratégie russe en Afrique, marquée par un repositionnement progressif de ses forces paramilitaires. Reste à savoir si Africa Corps parviendra à s’imposer là où Wagner laisse un héritage controversé, fait à la fois de soutien militaire, de zones d’influence et d’accusations persistantes de prédation économique.
Une correspondance particulière de Fleur Kouadio
Rédactrice en chef – Cap Ivoire Info