Opinion

Après le Sahel, le Qatar mise sur l’Afrique australe avec 70 milliards de dollars d’investissements

Par La Rédaction8 septembre 2025

Le Qatar a dévoilé un programme d’investissements d’une ampleur inédite en Afrique australe. En dix jours de tournée, le cheikh Al-Mansour Al-Thani, membre de la famille royale qatarie, a signé des accords évalués à 70 milliards de dollars avec quatre pays de la région : le Mozambique, le Zimbabwe, la Zambie et le Botswana. Une annonce qui marque un tournant dans la stratégie africaine de Doha, après plusieurs revers enregistrés au Sahel.

Des montants colossaux

Le détail des accords illustre la volonté du Qatar de s’imposer comme un partenaire économique de premier plan :

  • 20 milliards de dollars au Mozambique, pays aux immenses réserves de gaz naturel liquéfié.
  • 19 milliards au Zimbabwe, qui détient des gisements stratégiques de lithium.
  • 19 milliards à la Zambie, riche en cuivre, métal essentiel pour les énergies renouvelables.
  • 12 milliards au Botswana, dont l’économie reste fortement dépendante des diamants.

À titre de comparaison, l’investissement prévu au Botswana représente plus de la moitié du PIB national.

Pourquoi l’Afrique australe ?

Le choix de la région n’est pas fortuit. L’Afrique australe combine plusieurs atouts stratégiques :

  • des ressources naturelles cruciales pour la transition énergétique mondiale (gaz, cuivre, lithium) ;
  • une stabilité relative par rapport au Sahel, où les coups d’État et l’insécurité ont freiné les ambitions étrangères ;
  • une demande pressante de financements alors que l’aide occidentale, notamment américaine, s’est réduite ces dernières années.

Cette nouvelle orientation permet au Qatar de repositionner son influence sur le continent, en ciblant des pays jugés plus prometteurs et plus réceptifs à ses offres d’investissement.

L’ombre des échecs au Sahel

Ces annonces interviennent après plusieurs déconvenues diplomatiques au Sahel. À N’Djamena, Doha avait conseillé à Mahamat Idriss Déby de ne pas briguer la présidence après la mort de son père. Le régime tchadien a finalement rompu avec le Qatar et s’est rapproché d’Abu Dhabi.

Au Niger, la diplomatie qatarie n’a pas réussi à obtenir la libération de Mohamed Bazoum, détenu par la junte depuis juillet 2023. Au Mali, enfin, la tentative de médiation entre Bamako et les groupes armés du nord a été rejetée par Assimi Goïta, qui affirme que le pays ne fait face à aucun problème nécessitant d’intermédiaire. Ces échecs ont mis en lumière les limites d’une diplomatie qatarie souvent perçue comme éloignée des réalités locales.

Une diplomatie économique doublée d’un rôle de médiateur

L’émirat entend cependant poursuivre sa stratégie de médiation. Pour Doha, dialoguer avec des acteurs en conflit est un moyen de sécuriser ses actifs, tout en renforçant son image internationale. L’expérience acquise au Darfour, dans la crise entre la RDC et le Rwanda, ou encore dans la bande de Gaza nourrit cette ambition.

Mais l’Afrique pose un défi particulier : le Qatar dispose de peu d’experts spécialisés et de relais solides sur le terrain. Ce manque de connaissances locales rend ses initiatives moins efficaces que celles d’autres puissances déjà implantées, comme la Chine ou les Émirats arabes unis.

Un pari à double enjeu

En misant sur l’Afrique australe, le Qatar cherche à diversifier ses placements hors de son environnement immédiat et à renforcer son rôle sur la scène mondiale. Pour les pays bénéficiaires, ces investissements représentent une opportunité majeure de développement, mais aussi un risque de dépendance accrue vis-à-vis d’un partenaire extérieur.

Reste une question centrale : ces milliards permettront-ils à Doha de transformer ses ambitions africaines en influence durable, ou ne s’agit-il que d’une fuite en avant après ses déconvenues sahéliennes ?

Une correspondance de Fleur Kouadio
Rédactrice en chef – Cap Ivoire Info

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