Opinion

Afrique du Sud: un vaccin 100 % africain contre le choléra en phase d’essai, un nouvel espoir pour le continent

Par La Rédaction12 novembre 2025

Pour la première fois, un vaccin contre le choléra entièrement développé et produit sur le sol africain entre en phase d’essai clinique. L’entreprise sud-africaine Biovac, basée à Cape Town, a lancé début novembre les tests de son vaccin oral, fruit d’un partenariat de transfert de technologie avec l’International Vaccine Institute (IVI). L’annonce marque une étape historique dans la quête d’autonomie sanitaire du continent.

Un projet né en Afrique et pour l’Afrique

Biovac n’est pas un nom inconnu. L’entreprise, fondée en 2003, a longtemps participé à la mise en flacon et à la distribution de vaccins produits à l’étranger. Mais cette fois, le défi est d’une autre ampleur: concevoir et fabriquer localement la substance active du vaccin, jusque-là réservée aux grands laboratoires du Nord.

Ce vaccin oral a été conçu pour répondre aux besoins spécifiques de l’Afrique: administration simple, stabilité à température ambiante et coût de production réduit. Les essais de phase 1 visent à évaluer la sécurité du produit chez l’adulte avant de passer à des phases d’efficacité à plus grande échelle.

Pour la première fois, un vaccin prêt à l’essai clinique est développé et produit entièrement ici, en Afrique du Sud.

Le ministre sud-africain de la Santé, Aaron Motsoaledi, a salué un tournant historique: « Pour la première fois, un vaccin prêt à l’essai clinique est développé et produit entièrement ici, en Afrique du Sud. » Derrière cette déclaration, c’est tout un symbole qui s’impose: celui d’un continent qui veut reprendre la main sur sa santé publique.

Un enjeu vital pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique de l’Ouest

Chaque année, le choléra continue de frapper durement plusieurs pays africains. En 2024, plus de 400 000 cas ont été signalés, principalement au Mozambique, en RDC, au Nigeria et en Côte d’Ivoire. Cette dernière reste exposée à des flambées épidémiques dans les zones où l’accès à l’eau potable et à un assainissement de base demeure insuffisant.

La perspective d’un vaccin produit sur le continent représente donc un espoir concret. Aujourd’hui, moins de 1 % des vaccins administrés en Afrique sont fabriqués localement, selon l’OMS. La pandémie de Covid-19 a montré les conséquences de cette dépendance: retards d’approvisionnement, pénuries, inégalités d’accès. En renforçant sa capacité de production, l’Afrique pourrait mieux répondre à ses urgences sanitaires sans dépendre des décisions des puissances extérieures.

Pour la Côte d’Ivoire… un vaccin africain signifierait une avancée majeure.

Pour la Côte d’Ivoire, qui multiplie les campagnes de prévention du choléra depuis plusieurs années, un vaccin africain signifierait une avancée majeure. Il permettrait d’anticiper les flambées saisonnières, notamment dans les quartiers précaires d’Abidjan et les zones rurales du Nord, souvent touchées à chaque saison des pluies.

Un espoir à tempérer

Malgré l’enthousiasme suscité par cette annonce, les chercheurs appellent à la prudence. Le vaccin de Biovac n’en est qu’à la phase 1, centrée sur la tolérance et la sécurité. Les essais d’efficacité prendront plusieurs années, et la commercialisation n’est pas attendue avant 2028, selon les projections.

Les experts rappellent aussi que la lutte contre le choléra ne peut se limiter à la vaccination. L’accès à l’eau potable, à un assainissement décent et à une meilleure hygiène de vie restent des leviers indispensables. Le vaccin pourra compléter ces efforts, mais ne les remplacera pas.

Vers une Afrique sanitaire souveraine

Au-delà de la portée scientifique, le projet Biovac illustre une ambition politique: celle d’une Afrique qui investit dans ses propres infrastructures pharmaceutiques. Le continent s’est fixé l’objectif de produire 60 % de ses vaccins d’ici 2040, contre moins de 1 % aujourd’hui. Le succès de cette initiative pourrait servir de modèle pour d’autres maladies endémiques comme la fièvre de Lassa, le paludisme ou la dengue.

En Côte d’Ivoire comme ailleurs, ce pas franchi par Biovac nourrit un nouvel espoir: celui de voir émerger une industrie pharmaceutique africaine capable de concevoir, produire et distribuer des vaccins répondant aux réalités locales. Un espoir fragile, mais bien réel, qui symbolise la résilience et l’ingéniosité d’un continent souvent sous-estimé.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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