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Football- Brahima Sory Keita dit Petit Sory '' Ce que le president Sekou Touré nous disait...''

Dans sa Guinée natale, on le considère comme une légende du football. La seule évocation de son nom, Brahima Sory Keita beaucoup plus connu de Petit Sory rappelle des souvenirs et non des moindres. Sa vie se confond au club de cœur, le Hafia de Conakry avec lequel il a remporté trois Coupes d’Afrique des Clubs Champions en 1972, 1975 et 1977 (devenue aujourd’hui Ligue des Champions) et au Sily National de Guinée. Attaquant racé et redoutable, Petit Sory a marqué les esprits sur le continent africain dans les années 70. Afrikipresse.fr l’a rencontré à Conakry dans son antre fétiche du stade du 28 septembre.

 

-Votre nom rime avec le Hafia FC de Conakry et le Sily National de Guinée des années 60 et 70. De beaux souvenirs n’est-ce pas ?

Le Hafia c’est mon club formateur, c’est la que j’ai passé toute ma carrière sportive. Je n’ai jamais changé de club. Le Hafia était un symbole pour nous et tout ce que nous avons obtenu de ce club, nous l’avions rêvé. Avec mes amis Maxime, Chérif…à Conakry 2, nous avons fait beaucoup de choses.

-Comment viviez-vous les la veille des matches de ce club ?

Vous savez à l’époque, nous jouions plus pour la patrie que pour de l’argent. Nous tenions des réunions avec les encadreurs et ensuite, nous nous retrouvions entre nous joueurs pour nous dire la vérité. On avertissait que celui qui n’était pas capable de jouer, qu’il le dise pour qu’il soit remplacé mais celui qui se sent apte, il devrait s’engager à 100%.

-Est-ce que vous aviez des coéquipiers sûrs avec lesquels vous vous entendiez ?

Vous êtes d’accord avec moi que le football c’est le collectif, c’est un ensemble, je dirais que c’est une chaine qui part du gardien de but aux attaquants en passant par les défenseurs et les milieux. Donc celui qui inscrit un but ne s’attribue pas avec fierté ce but mais il fait savoir que c’est une œuvre de groupe. C’était une de nos forces. Vous ne pouvez pas parler du Hafia d’antan sans parler de Chérif Souleymane, N’Jo Léa, Papa Camara, Maxime…C’était des noms et quand l’équipe se déplaçait en nombre, l’adversaire avait tout aussi peur en Guinée que partout en Afrique.

-Et avec ce club vous avez gagné à trois reprises la Coupe d’Afrique des Clubs Champions devenue depuis quelques années la Ligue des Champions. Avez-vous atteint votre objectif ?

C’était notre vœu, être le premier club à avoir réalisé le triplé en Afrique mais c’était aussi le vœu de la république de Guinée. Nous l’avons réalisé au final.

-Laquelle des trois éditions remportées vous a le plus marqué ?

C’est bien évidemment la dernière en 1977. C’est ce qui offre le triplé, celle qui nous permet de garder définitivement le trophée.

-Il y a aussi votre passage au Sily National où vous étiez un pion essentiel.

Tout le monde était essentiel en sélection. Ce que vous devez savoir, c’est pratiquement l’équipe du Hafia qui se retrouvait en sélection. Donc nous avions les mêmes habitudes, les données n’ont pas changé et c’est comme cela que nous gagnions très souvent. Quand nous avions perdu la finale de la CAN en 1976 contre le Maroc, cela nous a énormément peiné.

-Justement éprouvez-vous des regrets de n’avoir pas gagné de trophée avec le Sily National ?

Absolument. Et le cas qui nous fait le plus mal, c’est la CAN de 1976 qui était en système de championnat.

-Revenons aux rencontres ASEC-Hafia et Eléphants-Sily National qui retenaient l'attention des deux pays. Avec du recul quel commentaire pouvez-vous en faire ?

(Il rit d’abord). C’était des moments pathétiques pour les deux peuples.  C’était de grands matches, des moments de grandes ferveurs. A chaque fois que nous arrivions en Côte d’Ivoire, c’était un engouement total, c’était une affaire du peuple ivoirien et quand les matches se jouaient en Guinée c’était la même chose. Et ce qui était important, c’est que nous avons tissé des relations et quel que soit le résultat du match, nous nous retrouvions pour nous amuser. Cette situation a fait que j’ai des amis à Bamako, Dakar, Abidjan…Et à Abidjan mon meilleur ami était Laurent Pokou. Mais aujourd’hui, la tendance a changé. Après un match, chaque joueur embarque dans son véhicule et file à l’anglaise.

-Le président de la République de Guinée de l’époque, Sekou Touré jouait un rôle important dans vos victoires à domicile. Il mettait la pression sur les adversaires.

Il faisait de la motivation. Il venait à nos regroupements pour s’adresser à nous. A partir de 19h, il était avec nous et cela le temps de nos regroupements.  Il voulait que la Révolution gagne. Il Nous disait par exemple ‘’ tout le peuple de Guinée n’attend que la victoire, faites-le pour vos parents et pour la Guinée. Donc regardez le peuple et gagnez et la récompense viendra du peuple ‘’ et ce message nous galvanisait. Nous nous sentions poussés des ailes.

-Venait-il au stade pour vous encourager ?

Non pas du tout. Son soutien se limitait à ses déplacements sur les lieux de nos regroupements.

-Il y avait des hélicoptères qui survoleraient le stade pendant les matches à domicile n'est-ce pas ?

Non, non et non. Il n’en était rien du tout. Ça c’est une invention des Ivoiriens lors d’un match Hafia-ASEC. Heureusement qu’à l’époque déjà Jean Baptiste Akran l’avait démenti. Il a dit aux supporters de son équipe que s’il y avait des MIG où étaient les joueurs guinéens ? Il a dit qu’en tant que défenseur, je n’ai pas reconnu les joueurs du Hafia, ils ont joué à 125%. Ils étaient supérieurs à nous. Il a ajouté que l’ASEC était partie en Guinée avec sa propre nourriture qu’elle a consommée sans problème. Et puis entre nous comment un MIG peut-il passer à côté ou au dessus d’un stade ? Ce n’est pas possible ça.

-Comment avez-vous ressenti la nouvelle du décès de Laurent Pokou ?

A chaque fois je pense à Laurent Pokou, je coule des larmes (il écrase effectivement des larmes). Pokou était un ami un jeune frère. Nous nous avons fait connaissance en 1970 à Khartoum au Soudan. La Guinée n’était pas qualifiée pour les demi-finales mais nous sommes partis soutenir la Côte d’Ivoire. Et nous nous sommes rencontrés. Depuis ce jour, nous ne nous sommes plus quittés jusqu'à sa mort. Ensemble, nous évoquions des souvenirs. Même dans sa maladie à l’hôpital, nous communiquions. Le jeudi avant sa mort, nous avons longuement communiqué et j’ai retenu cette dernière phrase de lui : ‘’ grand je te reviendrai ‘’ malheureusement, il n’est plus revenu. Cette phrase me marque jusqu’à présent. J’ai vraiment perdu un être cher.

-Vous avez également perdu des coéquipiers guinéens.

(Là aussi, il est pris d’émotions). Ils sont nombreux, il y a N’Jo Lea, Morciré Sylla, Edenté le premier capitaine, Kolev, Jinski, Papa Camara, Ousmane Garrincha…En tout cas une douzaine de personnes donc toute une équipe. J’implore Dieu pour le repos de leurs âmes.

-Après votre brillante carrière, vous avez intégré la vie active. Qu'êtes-vous devenu ?

Je suis administrateur mais j’ai-je reste toujours dans le milieu du sport. Je suis le directeur général du Complexe Sportif du 28 septembre qui a vécu les beaux temps du football guinéen.

-On peut dire que la Guinée vous a récompensé pour vos services à la nation ?

Franchement oui. Les autres joueurs de notre époque ont été également récompensés. Nous sommes intégrés à la Fonction Publique jusqu’à la mort. Même malades, nous continuons de percevoir notre salaire. Nous en
sommes reconnaissants.

-Aujourd’hui quel regard jetez-vous sur le football guinéen qui a connu une chute après votre génération ?

Cette situation est inhérente à tous les pays. Mais je peux vous dire que c’est l’argent qui dérange tout au football sur le continent. A tel point que même nos qualifiés au Mondial n’arrivent même pas à passer le premier tour. Tous les joueurs veulent être bons pour aller chercher de l’argent en Europe, à tel point que même des joueurs imposent des choses impossibles à leurs pays. C’est impensable. C’est le pays qui fait connaitre un joueur et en retour le joueur doit être reconnaissant à ce pays. En Afrique, les jeunes joueurs aiment tellement brûler les étapes. Nous, nous avons connu des devanciers mais nous avons été patients avant d’assurer la relève. En toute chose, c’est la patience.

-Cette situation vous a-t-elle fait mal ?

Bien sûr

-On peut le dire la Guinée est en train de marquer son retour. N'est-ce pas ?

Actuellement en Guinée quand on parle de football, il y a un nom qui revient sur les lèvres, celui de Antonio Souaré. Il fait beaucoup pour le football guinéen. Après lui, il y a KPC, Mathurin, Bouba Sampil. Avant eux, il y a eu Kader Sankaré qui s'était occupé de l’AS Kaloum avant que Bouba Sampil n'assure la relève. Donc nous devons beaucoup à ces gens qui sont des mécènes. Mais Antonio Souaré le fait beaucoup plus.

-En juin débutera la CAN 2019. Pensez-vous que la Guinée a des chances de remporter le trophée ?

Bien sûr. La Guinée a actuellement une très bonne équipe et si elle se prépare sérieusement, elle pourrait remporter le trophée.

-Il y a également des pays comme la Côte d’Ivoire, le Cameroun, l’Égypte, le Sénégal…cités comme favoris

Oui j’ai tenu compte de tous ces pays. La Côte d’Ivoire par exemple a une équipe complète à tous les niveaux, le Ghana, le Nigeria, le Sénégal, le Cameroun sont de grandes nations de football. Je ne parle même pas des pays du Nord qui de par leur proximité avec l’Europe ont un niveau élevé.

-Quel message aux Ivoirien ?

Je salue le peuple ivoirien que j’aime tant. Je prie toujours pour les Ivoiriens qui m’ont toujours marqué leur admiration. A chaque fois que je suis de passage à Abidjan, on m’accueille en grande pompe depuis l’aéroport. Policiers, douaniers, gendarmes me sollicitent pour des séances photos. Tout comme les gens en ville, à l’hôtel. Je me rappelle en 1996, certains amis et moi sommes allés solliciter Laurent Pokou pour un match de gala à Conakry. Mais à l’aéroport on a dû me soustraire difficilement de la foule pour mettre dans le véhicule mis à notre disposition. C'est bien un peu plus tard que les autres membres de la délégation sont venus me rejoindre. Durant notre court sejour, ils ont été surpris de ma popularité à Abidjan.

-Entretien réalisé à Conakry par Adou Mel

 

Dernière modification le 19/04/2019

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Adou Mel

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