Antonio Souaré : la seule évocation du nom Guinée fait trembler au football

La Guinée a obtenu sa qualification pour la phase finale de la CAN 2019 de football au terme du match de la 5ème journée des éliminatoires de cette compétition contre la Côte d'Ivoire le 18 novembre 2018 à Conakry. Dans cet entretien exclusif accordé à afrikipresse.fr, le président de la Fédération Guinéenne de Football (FEGUIFOOT), Antonio Souaré Mamadou fait le point.

 

Quelle signification accordez-vous à cette qualification ?

C’est une signification positive et particulière que donne cette qualification en ce sens que cette équipe qui se qualifie brillamment est mise en place il y’a seulement quelques mois. Et nous pensons que nous sommes sur le bon chemin bien que nous ne soyons pas totalement prêts. Nous devons être patients. Cette qualification honore le football guinéen et ouest-africain. Le match s’est joué dans un bel esprit sportif. Je suis satisfait du résultat des deux équipes et aussi satisfait de la qualification des deux pays. J’éprouve de la satisfaction pour mes frères Sidy Diallo et Sory Diabaté qui ont fait sauter le verrou de la qualification. Pour nous Guinéens, il s’agit maintenant de reprendre notre place sur l’échiquier africain. Tout le monde sait que nous avons dominé dans les années 70 et que nous avons par la suite disparu pour nous préparer. Notre retour doit nous permettre de reprendre notre place en Afrique.

 

Après le tirage étiez-vous sûr de vous qualifier ?

Vous savez que la Guinée est une grande Nation de football, donc nous étions sûrs de nous qualifier, ça c’est certain, parce que la seule évocation du nom Guinée fait trembler au football. Nous avons obtenu ce que nous voulions à savoir la première place de notre groupe.

Cette première place constitue-t-elle une belle surprise pour vous ?

Au bout de l’effort oui. Des matches Côte d’Ivoire-Guinée, Guinée-Ghana, Guinée-Cameroun…sont des oppositions enlevées de tout temps. Sauf erreur de ma part, le Ghana n’a qu’une victoire de plus sur nous dans nos confrontations directes. Donc nous sommes heureux de cette première place devant un autre géant qu'est la Côte d'Ivoire.

Dans la foulée de votre élection à la tête de la FEGUIFOOT, le Horoya AC se qualifie pour la phase de groupes des coupes africaines (Coupe de la Confédération et Ligue des Champions), les sélections de jeunes sont sur les fronts africains et mondiaux sans oublier la sélection senior. Dans la foulée la Guinée a obtenu l’organisation de la CAN 2023. Quel est le secret de votre réussite ?

Il y a d’abord la vision à partir de laquelle nous avons fait un programme. Pour les clubs, nous avons travaillé sur la période 2012-2017. À partir de 2017, il était question de titiller les grands d’Afrique. Donc il fallait créer un championnat attrayant et fort qui puisse nous permettre d’être compétitif, et qui se joue dans toutes les régions de la Guinée et non pas seulement à Conakry. Et des structures fortes à même de gérer tous ces aspects d’où la mise en place de la Ligue Professionnelle qui existe depuis deux ans. Nous nous sommes appuyés sur les modèles de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, de l’Algérie et de la France. C’est ce qui a été fait et en 2017, le Horoya AC a atteint la phase de groupe de la Coupe de la Confédération et les quarts de finale de la Ligue des Champions en 2018. La progression on peut le dire est croissante à ce niveau. Nous avons également mis en place un programme pour les différentes sélections qui fait appel à des jeunes Guinéens nés et vivant à l’étranger que j’appelle les Guinéens de l’étranger. Nous leur avons donné des garanties ainsi qu’à leurs familles pour qu’ils portent la tunique de leur nation. Il est vrai que le club donne assez d’argent mais la sélection accorde le titre d’international.

Pouvons-nous affirmer que votre message a été entendu ?

Bien sûr et pour preuve, ces jeunes ont répondu en grand nombre à notre appel. Nous leur avons tenu un discours simple, à savoir que la sélection nationale donne la notoriété et c’est cette notoriété qui vous permet d’avoir suffisamment d’argent en club. Aujourd’hui le résultat est là. 


Cette restructuration vous a-t-elle coûté beaucoup d’argent  ?

Oui, mais aujourd’hui le football de haut niveau qu’on qualifie de professionnel coûte énormément de l’argent. Vous ne pouvez pas développer le football sans argent. Pour le moment, nous avons les moyens de notre politique et cela répond bien. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui on reparle du football guinéen. Je vous apprends que j’avais été affecté par notre défaite 5-0 à la CAN 2008 au Ghana devant la Côte d’Ivoire,  et que j’avais alors pris le pari de battre la Côte d’Ivoire par le même score un jour. ( Rire)

En Guinée on ne jure que par vous. Qu’est-ce que cela vous fait ?

Oui tout le monde chante mon nom parce que j’ai tenu toutes mes promesses. Depuis notre élection, nous avons rénové le grand stade abandonné depuis 12 ans et qui était devenu le nid des chiens errants. Les académies, le Centre Technique dont l’argent a été détourné par l’ancienne équipe dirigeante et pour lequel la FIFA a sanctionné la Guinée, sont remis en marche. Aujourd’hui ces infrastructures font la fierté de la Guinée. Nous avons mis en place l’académie du Horoya AC qui est une académie internationale, l’une des plus grandes d’Afrique bâtie sur 11 hectares. Ce sont ces actes concrets qui permettent aux joueurs de progresser et d’assurer le développement et le rayonnement du football guinéen.

À la CAN 2019 que sera l’objectif de la Guinée ?

Nous n’irons pas en figurant. Nous irons en ambitieux. Nous devons aller le plus loin possible. Il faut que les gens se préparent à cela. La Guinée est une grande nation de football il faut qu’on la respecte. Nous ne demandons pas qu’on nous donne notre place, mais nous devons arracher notre place et l’occuper. Nous devons être dans le quator africain.

En 2023 la Guinée accueillera la CAN. Quel est l’état d’avancement des travaux ?

Au moment où je vous parle, toutes les études ont été faites et tous les contacts de tous les intervenants sont établis. Vous avez vu le monsieur à mon bureau (NDLR : un Européen qui nous a précédé), il était là pour ça. Pour moi il ne s’agit pas de venir parler tous les jours dans la presse;  mais mon style est de faire découvrir aux gens ce que je fais. On dit que le bruit de l’avion est derrière parce que si vous n’entendez pas le bruit vous ne savez pas si l’avion est passé. (Rire). Moi je préfère qu’on juge en fonction de ce que je fais. J’ai dit aux Guinéens que nous avons une chance formidable. Parce qu’organiser une CAN en 2023 est un vecteur de développement dans tous les sens. Mais la chance est que nous avons les CAN 2019 au Cameroun et 2021 en Côte d'Ivoire qui vont nous permettre de corriger les erreurs de ces pays pour que nous organisions une compétition sans problème. Pour moi ce sera l'apothéose. Je pense bien que nous allons surprendre les Africains.


Où en êtes-vous avec le dossier relatif au détournement par votre prédécesseur de d'argent octroyé par la FIFA  ?

L'affaire est à la justice. Elle oppose la FIFA à mon prédécesseur. Nous, nous n'avons rien géré. Il est bon de rappeler qu'après des problèmes, la FIFA a mis en place un Comité de Normalisation qui a géré et organisé de nouvelles élections. À la demande de tous les clubs, je me suis porté candidat et j'ai été élu. La FIFA nous a alors demandé un audit pour faire l'état des lieux. C'est un exercice simple et en la matière la FEGUIFOOT n'est pas la seul fédération à être auditée. Ainsi nous avons fait venir un cabinet international qui a travaillé en toute transparence. Il y a eu des détournements de fortes sommes d'argent et l'affaire a été confiée à la justice.

Pourtant on vous accuse de tirer les ficelles pour faire condamner votre prédécesseur.

Laissez-moi en rire. Mais je n'ai aucun moyen pour tirer les ficelles au niveau de la justice. Je ne suis pas non plus un professionnel de la justice, moi je suis un ingénieur des télécommunications. Qu'est-ce que j'ai à gagner ou à perdre dans cette affaire qui ne me concerne pas ? On demande à mon prédécesseur qui a géré des fonds de venir expliquer ce qu'on lui reproche dans sa gestion, et il crie au complot en accusant les gens. Cela paraît trop facile.

Entretien réalisé à Conakry par Adou Mel

 

Dernière modification le 27/11/2018

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