Rattrape ethnique et corruption en Côte d’Ivoire : Landry Kouyo, acteur politique, accuse

Que prône le parti politique les ‘’Centristes’’ pour la Côte d’Ivoire ?

Nous avons pour ligne directrice de nous situer au centre c’est-à-dire, ni à gauche, ni à droite. Trois grands piliers soutiennent notre offre politique : l’égalité, l’humanisme et le fédéralisme. Depuis 1993, depuis le décès de Félix Houphouët-Boigny, notre premier Président, nous avons assisté au passage de quatre gouvernements dont celui de Henry Konan Bédié, du Général Guéhi Robert, Gbagbo Laurent et celui d’Alassane Ouattara. Ce sont des gouvernements dont les idéologies, les combats et les histoires diffèrent, mais ils ont tous en commun une réelle et solide de constante, celle de promouvoir d’une partie des ivoiriens lesquels sont pour l’essentiel la base sociologique des partis politiques qui les ont permis de conquérir le pouvoir d’Etat. Des partis politiques à base eux- régionalisme ou ethno politiques. Ils ont tous une gouvernance exclusive du reste de la Côte d’Ivoire.  Par conséquent, on a une grande partie des ivoiriens qui se sentent alternativement rejetée de la gestion du pouvoir d’Etat, attendant impatiemment, elle aussi, son tour, et ce part tous les moyens. C’est en cela que, nous sommes passé du « Séfonisme » qui s’est continué pendant le régime dit de la ‘’refondation’’ jusqu’à celui du ‘’rattrapage ethnique’’ vécu sous LE Président Alassane Ouattara. Or, soyons honnête. S’il on assiste à un rattrapage ethnique, voire à un dépassement ethnique, c’est parce dans un passé proche fait de violence et d’injustice sociale, il a été entretenu insidieusement l’exclusion de cette partie de la population ivoirienne. Un véritable cercle vicieux.

Concernant l’humanisme, les centristes estiment que lorsqu’on fait la politique, c’est pour pouvoir accéder au pouvoir d’Etat afin de servir les autres et non pour se servir soi-même. Depuis que ce système politique prospère, personne ne s’inquiète des conditions de vie et de travail des millions de valeureux travailleurs dans le secteur privé. Selon la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale sur près de 6 000 000 de travailleurs du secteur privé en Côte d’Ivoire, il y a à peine 13% qui sont déclarés. Ce qui veut dire que 83% des nôtres travail au noir dans leur propre pays et partiront à la retraite sans percevoir de pensions. C’est aussi violent qu’absurde. Il s’agit du tiers des ivoiriens, une frange importante de la population à qui l’on sollicite régulièrement le suffrage et dont l’intelligence et l’énergie participe à la prospérité du pays. Je pense qu’il faut être beaucoup plus regardant sur cette situation et sur la corruption qui gangrène ce secteur, particulièrement l’inspection Général du Travail.
Enfin, il faut faire de la Côte d’Ivoire un Etat Fédéral. Depuis 1960, notre système politique tel que construit, est fait de telle sorte qu’un groupe d’individus conserve la totalité du pouvoir. Les élus locaux se plaignent de ne jamais avoir suffisamment de moyens pour pouvoir donner le minimum de développement à leurs populations. Leurs budgets, aussi insignifiant soient-ils, viennent à contre goûte, parce que le système fiscal, est concentre les recettes collectées entre les mains du Trésor Public qui redistribue les avoirs selon qu’il convienne à la raison du Pouvoir Central. Le pays est encombré de nombreuses villes qui n’ont de prestige que de nom. Mais lorsque vous y arrivez, vous avez honte parce que ce sont de véritables bourgs aux traits coloniaux qui manquent absolument de tout. Laissons l’argent demeurer là où il est collecté. Nous proposons donc un système Fédéral par lequel 20% des recettes fiscales seront affectées à l’État fédéral afin de satisfaire les besoins de son administration. Le reste de l’argent devra être directement réinvesti selon les priorités de développement local. On n’attendra plus que son ressortissant devienne Président de la République, Ministre ou Directeur pour que chez soi devienne jolie et habitable.

Comment comptez-vous procéder, quand on sait que bien de régions sont défavorisées économiquement, en raison de leurs situations géographiques et d’un climat pas tout à fait favorable à l’agriculture pourtant, levier de notre économie ?

Toutes les régions de la Côte d’Ivoire ont de très grandes potentialités économiques qui leur sont propres. Ces potentialités peuvent être culturelles, agricoles ou minières. Il va falloir les développer et sensibiliser les investisseurs, surtout nationaux, en les encourageants à investir dans ces régions. Ces grandes régions renforcées en autonomie auront nécessairement besoin de base infrastructurelles de qualité pour amorcer durablement leur développement. Abidjan n’est pas à elle toute seule toute la Côte d’Ivoire.

Gnangbo Kakou, Président-Fondateur de votre parti politique avait été arrêté lors d’une marche (Noé frontière du Ghana- Place de la République). Qu’en était-il exactement ?

En homme courageux, notre Président a été le seul à accomplir un acte concret pour la réconciliation des fils et des filles de la Côte d’Ivoire. En entamant ce que nous appelons « la longue marche pour la paix », depuis la ville de Noé, frontalière du Ghana, à la place de la République du Plateau, le Président a donné un signal fort et accompli un geste haut en noblesse. Un exemple de pragmatisme à l’endroit de la classe politique ivoirienne. Par ailleurs, Noé a été la porte de sortie de millions d’ivoiriens. Il a ainsi symbolisé le retour prochain de tous les filles et fils de la République de Côte d’Ivoire. Il est moralement et constitutionnellement inacceptable que de nombreux ivoiriens craignant tant pour leurs vies que pour leurs libertés, restent hors de leur pays aussi longtemps.

Pourtant le gouvernement Ivoirien a mené de nombreuses actions pour le retour des exilés avec l’appui de nombreuses institutions internationales ...

Les exilés ont peur. Lorsqu’on constate qu’il y a une partialité dans l’action judiciaire, alors que ce sont deux parties qui étaient belligérantes, il y a de quoi avoir peur. Aussi, lorsqu’ils reviennent après avoir tout perdu, ils sont rejetés, stigmatisés, montrés du doigt. A-t-on véritablement entamé un processus de réconciliation qui faciliterait le retour de nos frères ? j’en doute. D’ailleurs si la réconciliation constitue depuis quelques mois le principale axe de communication de très hautes personnalités qui ont et sont encore des acteurs majeurs de ce qui nous est arrivé depuis plus d’une vingtaine d’années, Nous les centristes, nous avons raison de proposer une solution politique courageuse dans le cadre d’une loi d’Amnistie générale. Même aujourd’hui, ceux qui ne sont pas inquiétés par la justice national et international, ont quand même peur d’un revirement de situation, la vengeance de ceux d’en face. C’est une peur perpétuellement entretenue qui inspire aux abus et à la contestation violente et tout azimut. Une amnistie générale amènerait la république à porter, elle-même, la responsabilité de ce qui s’est passé. Les ivoiriens ont besoin de paix et de pain. Une élection est sensée renouveler les institutions de l’État en vue de renforcer leur légitimité et non accentuer les craintes et motiver les conflits meurtriers.

Que proposent les centristes pour éradiquer la corruption en Côte d’Ivoire ?

La corruption et ses effets pervers n’émeut plus personne parce qu’elle a été institutionnalisée et entretenue par tous les gouvernements qui se sont succédés. Ce système politique que nous vivons depuis si longtemps, ne permettra jamais aux ivoiriens de vivre heureux, il faut que cela change. Aujourd’hui, aucun de ces politiciens pour nombreux d’entre eux et hommes d’État pour quelques-uns, qui d’ailleurs sont présentés comme présidentiables ne sont sans reproches. Je mets au défi, quiconque de déclarer l’origine de ses biens. Il n’y aura personne parce que les sources et les moyens d’enrichissement sont douteux. Ces personnes sont-là ont pour la plupart des profils douteux. Ce pays mérite mieux. Il faut sortir des exercices d’art divinatoires, et de maraboutages quant à deviner les traits physiques et l’état Civil de celui ou celle qui sera président ou présidente de la République de Côte d’Ivoire. Mettons-nous résolument au travail pour proposer une offre de gouvernance sérieuse et un personnel politique et techno administratif compétents au grand Peuple de Côte d’Ivoire.

Entretien réalisé par Roxane Ouattara

Dernière modification le 16/04/2018

A propos de l'auteur

Ouattara Roxane

E-mail Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

 

Site d'actualité et d'informations en continu sur l'Afrique francophone‎ et le monde.

 

Vos informations également disponibles dans votre magazine en version Pdf sur le site, et en kiosque en France, Belgique et plusieurs pays d'Afrique francophone.

Derniers articles

Les plus populaires

Newsletter

Soyez au courant de toutes les news, inscrivez-vous à notre Newsletter!