Le Rdr à l'épreuve : comment tordre le bras du PDCI et humilier Bédié sans Ouattara candidat

2020 sera, pour la Côte d’Ivoire, l’année de tous les dangers, mais aussi de tous les espoirs, sur le plan politique. La coalition du RHDP est au pouvoir depuis près de 10 ans. L’Appel de Daoukro, lancé par Bédié contre une partie de son camp, a permis, en 2015, la réélection sans coup férir d’Alassane Ouattara, candidat unique de la coalition RHDP. Les dissidents du PDCI qui ont voulu présenter leur candidature, comme Kouadio Konan Bertin, ont été désavoués ou ils ont dû renoncer à être candidats.

Mais, Bertin Konan Kouadio Bertin, qui ne fera que 3 % des voix à l’élection présidentielle de 2015 et qui sera battu aux législatives de décembre 2016,  a mis en route un courant qui s’oppose à Bédié et à l’Appel de Daoukro, et qui pourrait être réactivé en 2020.  Ce courant s'oppose aussi, de manière plus idéologique, au RDR et à Alassane Ouattara. Kouadio Konan Bertin envisageait même de participer à une « coalition anti-Ouattara » avec le LIDER de Mamadou Koulibaly et les frondeurs du FPI.

Avant même l’Appel de Daoukro, le PDCI, qui dénonçait déjà la mainmise du RDR sur l’appareil d’État (gouvernement, institutions, administrations centrales) et la « outtarisation » de certains PDCI nommés à des postes-clefs, ne cessait de réclamer des ajustements en sa faveur et un meilleur équilibre des pouvoirs au sein du RHDP.


[ De l’Appel de Daoukro à l’Appel pour une alternance en 2020 ]

Bédié a lancé l’Appel de Daoukro en 2014 à partir des deux hypothèses de travail suivantes :
1)    première hypothèse : le PDCI et le RDR allaient fusionner, dans le meilleur des cas, dans un parti unique, ou, si des difficultés se présentaient, dans un parti unifié dont les candidats iraient aux élections sous la bannière RHDP.
2)    Deuxième hypothèse : à l’Appel de Daoukro devrait succéder un Appel à l’alternance pour 2020 avec le choix d’une figure du PDCI pour une candidature unique à l’élection présidentielle.

À cette époque, Bédié et Ouattara sont encore suffisamment forts pour imposer à leurs troupes un point de vue que tous ne partagent pas.

Mais RDR tente de faire savoir qu’il ne doit rien au PDCI , et qu’il n’est engagé par nulle promesse, une promesse d’ailleurs que personne n’a entendue ou lue.  Aujourd’hui, la situation est moins favorable pour Bédié et Ouattara qui semblent tarder dans leur tentative de créer un parti unique et qui sont bousculés par leurs troupes. Certains, au PDR et au PDCI, affirment : Ouattara et Bédié trancheront pour 2020. Ce n’est pas si sûr.

[ Les lignes de fractures entre le RDR et le PDCI peuvent-elles disparaître ? ]

La question qui se pose est la suivante : le RHDP peut-il continuer à exister ou va-t-il disparaître ? Au sein du RDR, certains veulent mettre fin à l’alliance avec le PDCI et voir disparaître ainsi le RHDP. L’idée est de constituer un grand rassemblement dont le RDR serait le parti dominant et les autres mouvements, de simples adjuvants.

L’argument des tenants de cette stratégie entend ainsi dénoncer le chantage du PDCI, selon eux, sur la question de l’alternance.

Mais, en 2020, le RDR, sans Ouattara, sera-t-il encore suffisamment fort pour tordre le bras du PDCI et humilier Bédié ?

Les plus lucides, au  RDR souhaitent le maintien du RHDP et l’alliance avec le PDCI, qui est un allié fiable. Ils craignent aussi que le PDCI ne crée une coalition anti-RDR avec les opposants du régime et tous ceux qui se sentent lésés. Un accord peut-il être encore trouvé entre le RDR et le PDCI ? C’est ce que pense Ouattara. Mais, pourra-t-il convaincre les « irréductibles » du RDR ?

Ce n’est pas sûr, car, en 10 ans de pouvoir, les « irréductibles » du RDR sont convaincus qu’ils ont acquis la puissance politique, mais aussi financière et surtout militaire qui leur permet de se passer du PDCI.

À l’assemblée nationale, 30 députés « indépendants » ont rejoint le RDR, ce qui y donne à ce parti une majorité absolue.

[ LE PDCI : le jeu d’équilibriste de Bédié ]

Depuis l’appel à voter Ouattara au second tour de l’élection présidentielle de 2010, en passant par l’Appel de Daoukro, jusqu’à ce jour, Bédié aura été d’une fidélité absolue envers Ouattara. Il attend donc une forme de reconnaissance qui lui permettra de ne pas perdre la face devant les cadres et les militants du PDCI.

Lors du bureau politique du PDCI-RDA du 18 décembre 2014, en confirmant son soutien à la candidature unique d’Alassane Ouattara en 2015, Henri Konan Bédié avait tenu à rappeler à ses partenaires du RDR, la promesse d’alternance en 2020 en faveur du PDCI. Voici ce qu’il disait :?« Nous restons convaincu que l’alternance en 2020, en faveur du PDCI-RDA n’est pas une vue de l’esprit. Cela fait partie de l’appel de Daoukro, et c’est une promesse qui ne manquera pas d’être réalisée. Il faut y croire »

[ L’accord sur l’alternance existe-t-il réellement ? Ou n’est-il que tacite ? ]

Personne ne sait ce que sont dit ou ce que se disent Ouattara et Bédié sur 2020. En attendant Bédié est obligé de jouer les équilibristes, afin de maintenir le RHDP sur de bons rails. Mais, Ouattara et Bédié parlent-ils encore le même langage ? Lorsqu’il s’exprime sur 2020, Ouattara ne parle pas d’alternance automatique en faveur du PDCI. Il semble être sur la ligne suivante : le meilleur d’entre les cadres, au sein du parti unifié, sera choisi pour être le candidat de la future force politique. Or, il n’y a pas de parti unifié, encore moins de parti unique.
   
[ Les fissures au sein du RHDP ]


Le RHDP est une coalition de 5 mouvements et parmi ces mouvements, deux se sont exprimés clairement. L’ex ministre des Affaires étrangères, Albert Mabri Toikeusse, président de l’Udpci, a affirmé que sa formation politique « fait toujours partie du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix », car « personne ne peut exclure son  allié ». Mais, il souhaite être le candidat du RHDP en 2020 : « Pour 2020, je souhaite être celui que l’ensemble (de la coalition) va accompagner ».

Limogé du gouvernement à la suite de ses prises de position lors des législatives de décembre de 2016, mais élu député et présent à l’assemblée nationale, est-il prêt à sortir du RHDP et à nouer d’autres alliances ?

On note aussi qu’à l’assemblée nationale le groupe parlementaire du RHDP n’existera pas. Il y aura d’un côté le groupe RDR, de l’autre, le groupe PDCI. Il faut ajouter le groupe formé par l’UPCI et l’UDPCI, deux membres du RHDP. On le voit, la coalition du RHDP tangue.

[ Les noms qui circulent pour 2020 ]

Le FPI - Bien entendu, le FPI, qui cherche à renouer avec les élections, aura son candidat, soit Aboudrahamane Sangaré, le président de l’aile radicale du Front populaire ivoirien (FPI) qui conduit les « Gbagbo ou rien », soit Pascal Affi N’Guessan, plus modéré. Les Ivoiriens se demandent si les candidats possibles pour le FPI auront autre chose à proposer que le simple retour de Gbagbo au pouvoir. Un responsable du FPI vient de dire qu’être pro-Gbagbo n’est pas une garantie pour lutter contre le chômage et la pauvreté. Mais ce candidat pourra-t-il nouer des alliances qui lui permettront d’être élu, sachant qu’aucun parti ne peut prétendre accéder au pouvoir seul ? Même si le FPI n’a que 3 députés, dont Pascal Affi N’Guessan, et qu’il ne peut pas constituer un groupe à l’assemblée nationale, son influence dans le pays reste forte.

L’alternance générationnelle - Au sein du RDR, deux noms reviennent sans cesse. Ils sont connus, les réseaux sociaux voient se multiplier les prises de position en faveur de l’un ou de l’autre, au nom de l’alternance générationnelle. Il ne s’agit plus de l’alternance entre un parti au pouvoir et un parti d’opposition, mais, au sein du RHDP, de l’alternance au profit d’un candidat jeune.

On pense immédiatement à Guillaume Kigbafori Soro. On pense aussi à Hamed Bakayoko. Il est clair que le concept d’alternance générationnelle ne tient pas compte des réalités politiques. Soro peut-il convaincre ceux qui se souviennent des crises politico-militaires et de la crise post-électorale de 2010 ?

Le lundi 3 avril 2017, son discours inaugural, lors de la première assemblée parlementaire de la IIIè République, s’est construit sur les thèmes du pardon, de la réconciliation nationale, avec un appel pour une amnistie générale, des thèmes devenus des priorités absolues pour Soro.

Dans la perspective de 2020, ce n’est pas un hasard.
   

[ Conclusion ]

Il est trop tôt pour parler de 2020. Mais le contexte social et les difficultés que rencontre l’État ivoirien dans la gestion des finances publiques , obligent tous les dirigeants politiques du RDR et du PDCI à préserver leur alliance et la stabilité politique, telle qu’elle existe au sein du RHDP. La coalition au pouvoir tangue.

Bédié et Ouattara pourront-ils maintenir le cap de l’unité au sein du RHDP. Aujourd’hui, ils sont bousculés par leurs troupes et le camp des « irréductibles ».
       
Christian Gambotti
Directeur général de l’Institut Choiseul
(Paris, Abidjan)

Dernière modification le 04/04/2017

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