Des études dans un climat d’incertitude pour les enfants : au Ghana dans les camps de réfugiés, 6 ans après la crise-Côte d’Ivoire(2)

Au niveau des études des enfants nés dans les camps de réfugiés, contrairement à la Côte d’Ivoire, au Ghana, en plus de l’anglais, la langue officielle enseignée à l’école, le dialecte régional est appris dans les classes. À Ampain, c’est le N’zima. Les petits Ivoiriens qui ont le Français en partage dans les camps sont confrontés à l’école, à deux barrières linguistiques : l’Anglais et le N’zima qu’ils doivent apprendre.

Venu au Ghana en compagnie de ses parents en 2011, alors qu’il était en classe de 5ème à 12 ans, Diégahi Marc-Fabrice, s’est vu rétrogradé  jusqu’a la classe de CE1, dans le but de mieux maitriser, selon le ministère ghanéen chargé de l’Education nationale, l’anglais et le N’zima.

Aujourd’hui, il a 18 ans, et est au CM2. Ils sont plusieurs élèves dans ce cas. Pour les enfants nés dans les camps de réfugiés, la situation n’est pas plus aisée. Ils parlent le français et la langue maternelle d’origine au sein de la cellule familiale, mais une fois à l’école, ils sont confrontés à l’anglais et au N’zima ce qui fait qu’ils sont ‘’perdus’’, dans leur évolution, déplore un enseignant.  

Vice-président des parents d’élèves du camp d’Amapain, K. Claude exprime son désarroi : « Nos enfants qui étaient dans un système francophone ont des difficultés d’intégration dans l’école ici. Du coup, tous les enfants ont été ramenés au CM1, CE2 etc. et donc sur 100 enfants, au moins 50 ont abandonné l’école. Les enfants qui étaient censés êtres en terminale aujourd’hui, se retrouvent au CM2 avec un âge avancé et leur taille. Beaucoup ont eu honte, et ils ont abandonné l’école. Nous avons tout fait mais le gouvernement ghanéen a été sourd. Nous avons voulu que ce soit une école bilingue, qu’ils nous amènent des enseignants bilingues , mais pas possible ; donc les enfants, au lieu d’apprendre l’anglais, se retrouvent à apprendre le français aux enseignants.

C’est la situation qui prévaut dans cette école : les enseignants qui sont censés apprendre l’anglais aux enfants, ne maitrisent pas le français, et les enfants ne maitrisent pas l’anglais. Du coup, nous nous sommes rendu compte que ce sont les enfants qui apprennent le français à leurs enseignants. Parce que les enseignants ghanéens veulent parler le français. C’est déplorable parce que l’école ici, présente un triste tableau. Donc en tant que vice-président des parents d’élèves, nous luttons afin que nous ayons une école bilingue. Mais nous ne savons pas si nous allons gagner cette bataille parce qu’État ghanéen n’est pas en mesure d’après les autorités ici, de recruter des enseignants.  Mais nous sommes en train de lutter pour que les enfants apprennent le français qui est la langue officielle de notre pays. Puisqu’au Ghana, la langue qui est parlée dans une région, est la deuxième langue qui est apprise à l’école et ici, c’est le N’zima. Et nous sommes en train de batailler pour que le N’zima ne soit pas appris à nos enfants. Le ministère ghanéen de l’Education nationale a reconnu que les enfants sont nombreux donc il faut accepter le français comme langue locale, mais malheureusement, on n’a pas d’enseignants en français.

Pourtant, le français est sur le programme, sur l’emploi du temps des enfants mais, ils n’enseignent pas le français. Et l’anglais aussi, les enfants ne comprennent pas et ils n’évoluent pas. Ce qui fait qu’ils accusent un grand retard. Parfois, je me dis que cette école est une garderie d’enfants parce que nos enfants ne vont pas à l’école. Un enfant qui a 15 ans, voire 20 ans, peut se retrouver au CE2, et même au CEI, pour recommencer alors qu’il devrait être à l’université en Côte d’Ivoire. Et cette situation a été la même pour les étudiants ».

 

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Professeur de français en Côte d’Ivoire, Natacha B, ne cache pas sa peine devant la situation : « Je suis chimiste de formation, mais j’ai enseigné le français dans des écoles francophones.  Nos enfants ont été laissées pour compte de la seconde à la terminale, le gouvernement ghanéen a dit qu’il ne pouvait pas prendre en compte ces enfants parce qu’ici au Ghana, l’école est payante, contrairement à chez nous au pays. Donc tous ces enfants qui étaient en seconde ont dû abandonner l’école parce qu’ils n’avaient pas d’autres issues : soit, on les rétrogradait en 6ème ou au CM2, soit ils abandonnaient carrément l’école. C’est donc la raison pour laquelle beaucoup de nos enfants ont été des laissés pour compte ».

Dame Sidonie, la directrice de l’école du camp qui touche une allocation mensuelle de 200 cedis, équivalent à environ 30.000 Frca Cfa, déplore la réalité des faits : « Cela fait 6 ans que je suis là, car, je suis arrivée dans la camp depuis avril 2011.  Je suis volontaire au sein de l’école en ce qui concerne la maternelle. Depuis la première année, nous avons organisé la maternelle sous les arbres parce que c’était le HCR qui nous le demandait puisque dans notre pays, j’ai enseigné, et j’étais directrice dans une grande école. Une fois arrivée ici, sans matériel, on nous a demandé d’organiser les enfants. Et depuis le 4 avril 2011, nous avons commencé. Au départ, nous étions nombreuses, soit 11 maitresses jusqu’à ce que le gouvernement ghanéen décide à ce que l’école appartienne au Ghana. Ils ont chassé tous les enseignants de la maternelle jusqu’au primaire. Et nous qui sommes restés ne sommes aujourd’hui que 5, avec un administrateur  et quelques volontaires au primaire».  

Malgré toutes ces difficultés, pour motiver les enfants à emprunter le chemin de l’école, une âme charitable a loué les services d’une femme ghanéenne pour faire à manger à 12 heures, à la sortie des classes aux élèves en attendant l’ouverture probable d’une cantine scolaire.

Mais là encore, les parents étant presque tous démunis, il y qu’une assiette et une cuillère pour deux élèves. Le second attend patiemment que le premier finisse son déjeuner pour récupérer et l’assiette et la cuillère pour se faire aussi servir. «Ici, vraiment, nous avons des difficultés, particulièrement les femmes. Elles sont obligées de faires des travaux durs pour pouvoir survenir aux besoins de leurs enfants. En qui concerne l’éducation, la grande majorité de nos filles ne vont plus à l’école parce que les parents n’ont pas les moyens de pouvoir les accompagner. Et de deux, il y’a eu la barrière linguistique qui a causé beaucoup de problèmes ici, qui a stoppé nos enfants dans les études. Et lorsque les femmes sortent du camp pour aller faire du ’’Wash-wash’’ (Fanico ou faire la lessive) chez des Ghanéens pour de l’argent, dans le but de nourrir leurs enfants, elles sont souvent violées », déplore Mme Djety Mariette, réfugiée ivoirienne et traductrice au HCR.

Lobognon K, de son côté se demande s’il est possible de penser école lorsqu’il n’y rien à manger à la maison pour l’enfant et pour toute la famille ? « Parce qu’il faut d’abord manger pour un enfant pour bien suivre en classe. En plus, nos femmes sont vilipendées et déshonorées ici (…) Ce sont des réalités que nous vivons ici. Lorsque vous faites un petit contrat, on ne vous paye pas et si vous insistez, on vous répond  ‘’rentrez chez vous’’ tout en nous rappelant le triste souvenir du match Asec-Kotoko ».

Claude Dassé, envoyé spécial, au Ghana

Dernière modification le 21/10/2017

 

 

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