RDC : les petites manœuvres de Joseph Kabila pour se maintenir au pouvoir

Le 26 juillet dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU rappelait au chef de l'Etat congolais la nécessité d'organiser des élections, sans cesse repoussées depuis la fin de son mandat en décembre 2016. Rien n’indique que Joseph Kabila entend prendre ce rappel à l’ordre au sérieux.

La République démocratique du Congo (RDC) mérite-t-elle son nom ? Si l'on en juge par la volonté aveugle du chef de l'Etat, Joseph Kabila, de se maintenir au pouvoir, sûrement pas. Depuis le 20 décembre 2016, date à laquelle son mandat a officiellement pris fin, il manœuvre pour reporter le scrutin présidentiel, initialement prévu à la fin de l'année dernière avant d'être annoncé pour 2017. Sauf que, plus les mois passent et plus il semble improbable que M. Kabila, qui tient les rênes du pouvoir depuis 2001, les lâche avant le Nouvel An.

Le Conseil de sécurité de l'ONU, le 26 juillet dernier, lui a pourtant rappelé « qu'il est urgent […] que soient organisées, comme convenu, au plus tard en décembre 2017, des élections crédibles et inclusives qui se déroulent dans le calme et en temps voulu et qui conduisent à une passation pacifique du pouvoir, conformément à la Constitution congolaise […] » Celle-ci n'autorise en effet que deux mandats à la tête du pays ; serait-ce dès lors la raison pour laquelle Joseph Kabila refuse de convoquer une élection qui, de facto, entraînerait sa mise à la retraite ?

Complaisance à l'égard du pouvoir en place

C'est pourtant ce qu'il avait promis, juste après la fin de son mandat, à l'opposition politique et au peuple congolais. Réunis à Kinshasa, la capitale de la RDC, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), créé par M. Kabila, et le Rassemblement, une plateforme d'opposition dirigée par Etienne Tshisekedi, avaient même signé un « accord global et inclusif » sur la gestion de la transition politique. Au menu, notamment : un poste de Premier ministre qui, en attendant la passation de pouvoir, revenait à l'opposition ; la tenue des élections présidentielle, législatives et provinciales en 2017.

Aujourd'hui, le Conseil de sécurité ne peut que constater « avec inquiétude la lenteur des progrès réalisés dans l'application de l'Accord » et note que des « arrangements particuliers » n'auraient pas été signés par toutes les parties prenantes. Autrement dit : le camp de Joseph Kabila peut jouer comme il l'entend avec les termes du « contrat » et, par exemple, repousser sine die la tenue des scrutins. Bénéficie-t-il d'ailleurs pour ce faire de l'appui tacite de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui a annoncé, le 7 juillet dernier, leur report effectif ? Après tout, la République démocratique du Congo n’étant pas démocratique, pourquoi une commission qui se prétend indépendante n'aurait-elle pas le droit d'être partiale ?

Un soupçon de complaisance à l'égard du pouvoir en place, renforcé par l'annonce récente de la tenue d'un scrutin pour élire les gouverneurs dans onze provinces de la RDC le 26 août prochain. Une décision incompréhensible pour les Congolais, qui attendaient plutôt un scrutin national, mais également pour les gouverneurs eux-mêmes : tandis qu'un « vide juridique » est nécessaire pour organiser leur élection anticipée, une seule province est concernée par une telle carence, le Sud Ubangi – dont le gouverneur a été nommé vice-Premier ministre des Transports et des Communications dans l'actuel gouvernement. La commission électorale aura-t-elle simplement suivi une injonction du ministre de l'Intérieur, responsable tutélaire des provinces, qui lui a transmis la liste des gouverneurs à réélire... ou à remplacer ?

Depuis le début de l'année, certains d'entre eux ont été la cible de motions de censure votées par des députés provinciaux, avant d'être réhabilités par la Cour constitutionnelle. Aujourd'hui, ils font partie, pour la plupart, de la liste du scrutin du 26 août, comme Jean-Claude Kazembe, actuel gouverneur du Haut Katanga, déchu en avril dernier puis réhabilité le mois suivant. Ce dernier émet d'ailleurs des réserves sur la motivation de ces élections inopinées, qui pourraient être davantage dirigées par l'opportunité politique que par un éventuel « vide juridique ».

« Abandon des poursuites contre Moïse Katumbi »

Le Katanga n'est autre que l'ancien fief du très populaire Moïse Katumbi, opposant historique à Joseph Kabila et pressenti pour le remplacer à la tête du pays. S’il parvient à passer les deux obstacles principaux qui se dressent sur sa route : la tenue de l'élection présidentielle sans arrêt reportée, évidemment ; son exil politique forcé, surtout. En juin 2016, il était condamné à l'issue d'un procès politique, dans le cadre d'une affaire immobilière montée de toutes pièces, à trois ans de prison ferme et à une peine d'inéligibilité, étrangement bienvenue pour M. Kabila.

Une supercherie que n'a pas goûtée la commission des droits de l'Homme de l'ONU qui, le 16 juin dernier, à Genève, a exhorté les autorités congolaises à « prendre toutes les mesures nécessaires en vue d'assurer que [Moïse Katumbi] puisse […] participer librement et en toute sécurité, en tant que candidat, aux élections ». Même son de cloche du côté de la plateforme d'opposition le Rassemblement, qui estime que « les mesures de décrispation politique n'ont été appliquées qu'au compte-gouttes, de façon sélective et dérisoire. » « Moïse Katumbi reste contraint à l'exil par suite des procédures judiciaires dont le rapport d'enquête de la CENCO [la Conférence épiscopale nationale du Congo, qui joue les arbitres en vue du scrutin présidentiel, ndlr] a démontré qu'elles étaient une mascarade pour l'empêcher de se porter candidat à la prochaine élection présidentielle. »

Ce qui expliquerait les récents déplacements du ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, et de Joseph Kabila en personne, à Lubumbashi, où a lieu le procès en appel de M. Katumbi. Le but, pour certains observateurs, dont un ancien bâtonnier ? « S'assurer que les juges prennent la bonne décision ». Ce que le pouvoir avait déjà fait en première instance l'an dernier ; l'une des juges, Chantal Ramazani Wazari, avait reconnu devant huissier avoir signé l'acte de condamnation de Moïse Katumbi sous contrainte. Aujourd'hui, elle est réfugiée en Europe « par crainte des menaces et des représailles ».

Des manœuvres inacceptables pour l'opposition, qui, outre le nécessaire « abandon des poursuites contre Moïse Katumbi », a pu regretter la manière dont le pouvoir en place gérait le pays depuis l'accord politique du 31 décembre 2016. Si tous les secteurs sont pointés du doigt, de la politique à l'économie en passant par le social, ce sont les libertés publiques et individuelles qui ont subi le plus de restrictions, selon le Rassemblement. Quoi de pire, en effet, que de refuser au peuple son droit fondamental à désigner son dirigeant par le vote ? La RDC, aujourd'hui, ne mérite pas son nom. Elle ferait même presque partie de ces pays qui, comme la République populaire de Chine et la République populaire et démocratique de Corée (ou Corée du Nord), se parent des plus beaux atours pour masquer leur affreuse réalité.

Une réalité qu’a de nouveau dénoncée Moïse Katumbi le 29 juillet dernier, décrivant une “dictature” et un “profond chaos économique et sécuritaire”, mais refusant de laisser “Joseph Kabila et ses alliés continuer à narguer le peuple congolais et pratiquer leur stratégie de destruction de la République.” Dans la droite ligne du Rassemblement, l’opposant numéro 1 de RDC a par ailleurs invité les Congolais à se “mettre tous debout, afin de défendre la République, sa Constitution et l’ordre démocratique si gravement menacé.” Avant de conclure : “Notre combat est commun. Trop de sang a été inutilement versé parce qu’un seul homme veut à tout prix conserver un pouvoir devenu illégitime et sanguinaire. Cet homme est seul, nous sommes 80 millions !”


Idriss Aya

Dernière modification le 04/08/2017
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