Moïse Katumbi : « La RDC n’a plus besoin de dictature »

L’ancien gouverneur du Katanga, pressenti pour succéder à Joseph Kabila à la présidence de la République démocratique du Congo, entend « chasser » ce dernier, dont le mandat a officiellement pris fin l’an dernier, mais non le pourchasser.Les choses se précisent en République démocratique du Congo (RDC). Alors que le pays est dans l’incertitude la plus totale depuis que son « président », Joseph Kabila, refuse de quitter le pouvoir — malgré les appels de la communauté internationale —, l’opposition semble déterminée à faire entendre sa voix.

Au pouvoir depuis 2001, le chef de l’Etat a vu son mandat prendre fin en décembre dernier et repousse sans cesse la tenue du scrutin qui doit lui désigner un successeur. Moïse Katumbi, candidat du Rassemblement et leader de la fronde anti-Kabila — qui comprend notamment d’anciens partisans déçus du chef de l’Etat —, multiplie les sorties pour dénoncer ce « coup d’Etat constitutionnel ». Et annoncer son retour prochain.

Katumbi fera appel au peuple

Depuis plus d’un an, l’ancien gouverneur de la région du Katanga, qui jouit d’une forte popularité en RDC, vit en exil entre la France et la Belgique, après avoir été condamné à de la prison ferme à l’issue d’un procès politique. Une affaire immobilière dont même la juge avait reconnu à l’époque qu’elle était pilotée par le régime.

« Je suis en train de préparer mon retour, c’est un devoir pour moi de sauver un peuple qui souffre » affirmait Moïse Katumbi fin septembre dernier sur France 24. « Le 31 décembre [date limite à laquelle doit se tenir l’élection présidentielle selon l’ONU, ndlr], nous serons sur le territoire congolais. S’il n’y a pas d’élection, nous ferons appel à la rue. »

En un peu moins d’un an, les opposants au régime de Kabila ont appelé des dizaines de fois la population à manifester, toujours de manière pacifique, afin de dénoncer la mainmise sur le pouvoir. Le 31 décembre dernier, les autorités avaient signé avec l’opposition l’accord de la Saint Sylvestre, qui mettait en place un système de cogestion du pays en attendant les élections — présidentielle et législatives. Un accord toujours pas appliqué aujourd’hui.

Autre source de contestation : le rôle joué par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), accusée de complaisance à l’égard du régime pour avoir justifié — de manière plus ou moins bancale — le report incessant des scrutins.

« 80 millions de Congolais souffrent »

Malgré tout, Moïse Katumbi veut croire que, cette fois-ci, Joseph Kabila tiendra sa parole et que les Congolais pourront se rendre prochainement aux urnes. « J’espère que Joseph Kabila va respecter son discours, car il méprise totalement le peuple congolais : il ne veut pas partir et ne respecte pas la Constitution. […] Il y a quand même 80 millions de Congolais qui souffrent chaque jour » estime-t-il. Car au-delà du non-respect de la loi suprême, le chef de l’opposition congolaise pointe du doigt les manœuvres de Joseph Kabila pour dégrader la situation du pays, « instable depuis [qu’il] veut rester coûte que coûte au pouvoir. »

Environ trois millions de personnes sont aujourd’hui déplacées en RDC et certaines régions, comme le Kasaï (centre), sont en proie à une grande insécurité, « organisée par le pouvoir » selon Moïse Katumbi. « Si l’on avait un président légitime dans notre pays, il n’y aurait pas d’insécurité ».

A la place, le président orchestre l’instabilité pour démontrer que le climat n’est pas propice aux élections. L’assassinat de deux experts internationaux dans le Kasaï, en mars dernier, alors qu’ils enquêtaient sur des fosses communes ? Le leader de l’opposition n’est pas le seul à y voir la main du pouvoir ; un groupe d’experts onusien n’a pas exclu l’implication de membres de la sécurité d’Etat dans l’affaire.

Kabila ne sera pas pourchassé

De quoi inciter les anti-Kabila à redoubler d’efforts. « Il a eu la chance d’avoir un an de plus au pouvoir » souligne Moïse Katumbi, qui n’acceptera pas « un jour de plus » cet état de fait. « Il doit partir, car le Congo n’a plus besoin de dictature. » Si le président n’organise pas l’élection le 31 décembre « il y aura une transition sans lui et nous ferons appel officiellement au peuple congolais pour le chasser du pouvoir. »

Le chasser du pouvoir oui, mais pas du pays : l’ancien gouverneur du Katanga affirme en effet que « le président Kabila pourra rester en RDC [étant donné son statut de] sénateur à vie ». Voilà qui devrait rassurer le principal intéressé et favoriser son départ.

Pourtant, le 23 septembre dernier, à la tribune de l’ONU — dans le cadre de la 72e Assemblée générale —, Joseph Kabila est resté volontairement flou sur ses intentions. S’il a affirmé « que le cap vers des élections crédibles, transparentes et apaisées est définitivement fixé », il n’a pas assorti cette déclaration très volontaire de date précise. Pire, sur la situation en RDC, il s’est présenté comme le seul garant de la sécurité, allant jusqu’à déclarer que « nous avons inversé la tendance dangereuse ». Une énième tentative pour se maintenir au pouvoir ?

Luc Diallo

Dernière modification le 20/10/2017

 

 

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