Afrique du Sud : Comment sauver le secteur des TIC ?

Les technologies de l'information et de la communication (TIC) ont provoqué des changements sans précédent au cours des deux dernières décennies. Désormais, grâce au numérique, les données peuvent être générées dans un réseau privé, transmises par une antenne parabolique, réordonnées sur un réseau Ethernet, puis partagées sur une ligne publique pour être diffusées par satellite vers un récepteur à l'autre bout du monde, le tout sans aucune déperdition. D’évidence, les TIC peuvent soutenir de développement de l’Afrique. Comment les promouvoir ?

Un projet de loi ambigu

De nombreux pays, y compris l'Afrique du Sud, ont essayé d'adapter leurs cadres juridiques pour refléter la convergence des différents supports-médias. La loi sur les communications électroniques (Electronic Communications Act, ECA) a entraîné des changements substantiels par rapport à la loi précédente sur les télécommunications et, pour l'essentiel, elle demeure conforme aux meilleures pratiques internationales. La politique 2016 du gouvernement en matière de TIC, et par extension le nouveau projet de loi ambigu sur les communications électroniques, se limite à exacerber d’abord les mauvais aspects de l’ECA et introduit ensuite de mauvaises nouvelles politiques.

Cette loi, si elle entre en vigueur, aura pour effet de pervertir les incitations et de générer des distorsions du marché inutiles et potentiellement dommageables. Plus précisément, le maintien ce cadre juridique créera des incitations biaisées pour d'autres acteurs économiques, qui ignorent les demandes des clients et utilisent mal le capital. Sans un cadre juridique flexible et favorable au marché, l'Afrique du Sud court le risque de compromettre le développement de nouvelles industries.

À de très rares exceptions près, le secteur des TIC s’est drastiquement opposé à la politique du gouvernement tout au long de 2017, et son soutien sans équivoque une politique d'ouverture du marché des télécommunications. Pourtant, le gouvernement a cédé à la tentation interventionniste, et a préféré présenter un projet de loi d'amendement ignorant les revendications des professionnels. Pourtant, il aurait tout intérêt à évoluer rapidement vers un environnement de marché ouvert. En effet, si l'Afrique du Sud ne veut pas être à la traîne de ses concurrents étrangers, elle doit combler ce fossé juridique le plus rapidement possible.

L’Afrique, un terreau favorable au NTIC

Jusqu'ici, le parcours des TIC en Afrique du Sud a été une réussite. Le pays est un acteur important dans l'industrie des TIC et a le potentiel de rattraper le niveau de développement industriel atteint par les pays développés. Pour ce faire, nous devons supprimer toutes les lois et politiques qui empêchent les entreprises d'expérimenter de nouveaux produits et services dans un marché concurrentiel. Avec environ 98% de couverture haut débit pour les ménages sud-africains et plus d'un téléphone mobile par personne dans le pays, on peut dire que les démunis ont été inclus et intégrés dans les nouvelles technologies de l’information comme jamais dans l'histoire. Cependant,  Nous risquons d’annihiler cette réussite si nous nous soumettons au régime rigide que propose le gouvernement.

Ne pas briser la dynamique !

Bien qu'il ne soit pas parfait, le régime juridique actuel régissant les TIC en Afrique du Sud a été plus que suffisant et a permis aux fournisseurs d’internet (ISP, internet service provider), tout récemment, de lancer sur le marché des connexions Internet à haut débit par fibre optique. Selon les dispositions proposées par le projet de loi d'amendement, les entreprises de TIC ne seront pas en mesure d'innover parce qu'elles dépendront du gouvernement et de ses objectifs politiques.

Les décideurs doivent comprendre le fonctionnement de l'économie de l'information et définir en conséquence leurs priorités. L’époque de la législation musclée  et rigide est révolue car plus acceptable dans un monde connecté à l'échelle mondiale. L'Afrique du Sud pourrait aussi choisir de se retirer de ce processus passionnant, mais elle renoncerait alors à tous les avantages qu’aurait procuré l’intégration au marché mondial.

L’histoire économique montre que la planification centrale est vouée à l’échec. N’oublions pas que plus de 200 millions de personnes sont décédées dans la pauvreté - principalement en Asie - au cours du siècle dernier parce que des bureaucrates et des politiciens zélés croyaient être plus forts que le marché. Certes, probablement que personne ne mourra à cause de la politique des TIC, cependant, elle risque de retarder davantage la croissance économique de l'Afrique du Sud en la rendant moins attrayante pour les investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers. L'effet d'entraînement de la mauvaise politique des TIC sera désastreux pour l'ensemble de l'économie. Par ailleurs, un environnement ouvert encouragera les entrepreneurs à mettre en place des infrastructures essentielles au développement de l'Afrique du Sud.

Le relâchement du contrôle va être difficile pour un gouvernement habitué à un fort interventionnisme politique. Cependant, l'État devrait avoir confiance dans les talents des personnes libres pour générer de nouvelles richesses plutôt que de miser sur  les industries gérées par le gouvernement qui sont rarement, sinon jamais, capables de relever de tels défis. Le chemin vers la prospérité doit se concrétiser en croissance économique, et pour réaliser cette croissance, l'Afrique du Sud aura besoin d'un marché des communications ouvert.

Martin Van Staden, analyste pour The Free Market Foundation.

Article publié en collaboration avec Libre Afrique.

Dernière modification le 14/05/2018

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