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Conseil de Sécurité-ONU : comment l’ONUCI et la France ont tout verrouillé après la chute de Gbagbo. Le témoignage d’un expert militaire français

Le colonel Vincent De KYTSPOTTER est expert sécurité et défense au sein de la représentation permanente de la France au Conseil de sécurité. Au cours du débat-débriefing sur le rôle de l’ONUCI et les leçons apprises de ses 13 ans de présence, tenu au conseil de sécurité le vendredi 7 décembre 2018, le conseiller militaire s’est réjoui du succès de l’ONUCI et a donné le secret de cette réussite.

« Nous vivons un moment historique et emblématique dans la mesure où nous avons la chance et l’honneur d’avoir à la tribune, le directeur de ce groupe de travail et l’État-hôte qui a accueilli cette mission qui a été un grand succès (…) Nous avons rendu hommage au personnel militaire, mais il faut également rendre hommage aux Ivoiriens du travail effectué. Car sans l’exemplarité de l’État-hôte, la mission n’aurait pas été un succès » a introduit le conseiller militaire.

 

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« Les raisons de ce succès et les enseignements à tirer »

« La France était très impliquée sur le dossier. Non seulement en qualité de plume sur la résolution de l’ONUCI, mais également parce que dans les trois dernières années dans la vie de l’ONUCI, nous avons eu l’honneur d’avoir un officier français comme commandant adjoint de la force dans un premier temps puis comme commandant de la force pour l’année et demi qui a fini la mission. C’est important parce que nous avions conscience qu’il fallait un expert de la Côte d’Ivoire pour diriger la force militaire de cette mission. Et nous avons trouvé Didier Lot. C’est important car il faut connaitre l’environnement, la culture locale, les autorités militaires locales pour pouvoir être efficace à la tête de la composante militaire » a fait savoir Vincent De KYTSPOTTER avant de décliner ce qu’il a appelé ‘’le retour d’expérience d’un point de vue militaire’’ en trois parties. D’abord au niveau stratégique, politico militaire, puis au niveau tactique opératif et enfin au niveau essentiellement tactique et les enseignements tirés.

Au niveau stratégique, politico militaire

Au niveau stratégique, politico militaire il a dit : « Un des facteurs clé du succès de cette opération est la montée en puissance des forces armées de Côte d’Ivoire. Et tout ça n’a été possible que par la création inédite de coopération, la réforme de la sécurité qu’on appelé la réforme de la défense, RSD, et la résolution 8224 en avril 2016, lançant la réduction de la force et en parallèle le transfert des différentes tâches de sécurité aux forces armées de Côte d’Ivoire. Concrètement, cette résolution a été déclinée par un concept de mission au niveau politique puis par un concept d’opération au niveau militaire. Je le souligne ici parce que certains DOMP (département des Opérations de maintien de la paix, NDLR) n’ont pas de concept de mission. Il est important que l’équipe dirigeante de la force, le commandant de police, le commandant de la force aient l’esprit du représentant spécial pour pouvoir décliner en tâche militaire, policière, humanitaire ou politique les intentions du représentant spécial.

 

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Aussi la force a développé un système cohérent et intégré de réforme de sécurité de la défense qui s’appuyait sur la création d’un corps d’experts. Et ce corps d’experts provenait de la centaine d’observateurs militaires qui avaient été transformés en conseillers militaires de la réforme de la défense. Et bien sûr l’immense majorité de ces observateurs militaires étaient des francophones. Car on ne peut pas conduire une réforme dans le secteur de sécurité dans un pays francophone si on n’est pas soi-même francophone ou qu’on ne maitrise pas la langue française. Cerise sur le gâteau, le succès de ce coaching, de cet accompagnement des forces armées, de cette montée en puissance reposait sur un triptyque indivisible et très performant : le dialogue tripartite.

Et un mécanisme formel de coopération tripartite entre l’ONUCI, les FACI et les forces armées françaises présentes en Côte d’ivoire. Le but de cette coopération tripartite était de développer les capacités militaires des forces armées de Côte d’ivoire. Le dialogue tripartite entre ces trois entités inédit a été renforcé d’une intention conjointe entre les commandants des forces armées ivoiriennes et le commandant de la force de l’ONUCI. En résumé sur cet aspect, la réforme du secteur de la défense et ce programme qui avait été pensé par les nations unies est un processus qui s’inscrit sur le moyen terme et doit être identifié dès la résolution du conseil de sécurité. Il faut que les ressources soient abondées, qu’on les planifie et il faut qu’elles soient prévisibles et in fine, elles soient allouées. C’est la clé de la stratégie de sortie de crise. Et cela a été parfaitement appliqué en Côte d’ivoire. Aujourd’hui on peut vérifier les effets concrets de cette réforme du secteur de la défense, avec la constitution d’un bataillon pilote projetable ivoirien de 800 personnes prêtes à se déployer au sein d’une opération de maintien de la paix. Si ça n’est pas un succès, je ne sais pas comment l’appeler ».

 

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« Du point de vue tactique opératif »

Sur la tactique opérationnelle de la mission, il a dit : « Il y a plusieurs enseignements. C’a été un laboratoire d’un CUEREF régional (coopération inter mission régional et sous régional. Surtout entre l’ONUCI et la mission onusienne au Libérai, NDLR). La résolution 2162 en 2014 a autorisé cette CUEREF pour pouvoir intervenir à la fois en Côte d’Ivoire et au Libéria. Un an de mandat puis un an renouvelé ensuite. C’a été un défi majeur parce que la force était en cours de réduction de façon très drastique et en même temps on a une unité d’élites, armées par l’armée sénégalaise et qui doit monter en puissance pour avoir une mission inédite, développer un concept d’opération, de procédure tactique. Et ils se sont très bien acquittés de cette mission. En plus cette unité d’élite a développé le concept de coopération inter mission et qui a permis, on se souvient dans le cadre de nos négociations au sein du comité spécial des opérations de maintien de la paix, le C34, un renforcement inter mission inédit, avec le déploiement de ce bataillon d’intervient sénégalais en RCA de novembre 2014 à février 2015 pour sécuriser la visite de Pape et pour sécuriser en amont les élections présidentielles et législatives ».

« Les enseignements tirés de la mission de l’ONUCI »

Sur les leçons apprises de la présence de l’ONUCI, il a dit : « D’abord d’un point de vue soutien aux opérations, la logistique. Ce soutien logistique devrait être robuste et dédié. Cela n’a pas été sans mal et le département d’appui aux missions s’en est acquitté sinon on n’aurait pas eu cette unité d’élites. Autre enseignement c’est la préparation pré- déploiement, la formation pré-déploiement, le contrôle de des unités de ces différents contingents. Enfin je termine sur la nécessité d’avoir un commandement intégré au sein de la mission entre les équipes dirigeantes. L’ONUCI a démontré qu’il était primordial d’avoir la meilleure alchimie possible entre la représentante spéciale, madame MINDAOUDOU et ‘’son force commandeur’’ ou ses différents chefs de composantes. Il y avait une alchimie parfaite et c’a été la clé du succès.

 

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Troisièmement en terme tactique, l’ONUCI a été un laboratoire des OMP pour mesurer la performance des contingents des pays contributeurs de troupes et de police. La force a également conduit des exercices d’entrainement au niveau bataillon mais aussi au niveau des secteurs. La performance et le complément de formation a également contribué au succès de l’ONUCI. On imagine mal la difficulté qu’ont nos casques bleus à pouvoir s’entrainer aux tirs, aux armes individuelles et collectives une fois déployées. C’est un véritable casse-tête , un cauchemar administratif à la fois pour pouvoir disposer des munitions en quantité suffisante pour les stocker dans les conditions de sécurité et pour avoir l’autorisation de « let Out » « laisser sortir, NDLR ». Encore une fois c’était un vrai « succès » a conclu l’expert militaire français.

« Nous avons beaucoup appris de vous et nous nous faisons à présent une idée exacte de la difficulté que représentait la présence de l’ONUCI. Heureusement que tout s’est bien passé. En outre, le cas de la Côte d’Ivoire ne doit pas être une exception mais un cas d’école, un exemple à suivre pour les autres opérations de maintien de la paix dans le monde » nous a confié, l’ambassadeur Houadja Kacou Léon à la fin de la séance.

Philippe Kouhon, envoyé spécial aux nations unies

 

Dernière modification le 09/12/2018

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Philippe Kouhon

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