72 heures chrono pour Macron en Afrique : Ouaga, Abidjan, Accra ou leçons d’une tournée

Le chef de l’État français était au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Ghana les 28, 29 et 30 novembre 2017 dans le cadre d’une visite de travail. Un continent qu’il apprend à connaître avec ses mille et une facettes.

« Je suis d’une génération où on ne vient pas dire à l’Afrique ce qu’elle doit faire, quelles sont les règles de l’État de droit, mais qui encouragera celles et ceux qui en Afrique veulent prendre leurs responsabilités, veulent faire souffler le vent de la liberté », avait martelé Emmanuel Macron face aux étudiants de l’université Ouaga-I le 28 novembre dernier. Il a sans doute raison.

Et c’est le président décomplexé du Ghana Nana Kufo-Addo que le lui a bien signifié cela  : « Il est de notre responsabilité de trouver des moyens pour développer nos nations par nous-mêmes. Ce n’est pas juste qu’un pays comme le Ghana, 60 ans après son indépendance continue à définir son budget de l’éducation et de la santé sur la base des financements provenant du contribuable européen. Notre préoccupation devrait consister à nous demander ce que nous devons faire pour éviter que l’Afrique continue à mendier de l’aide et à demander l’aumône dans ce 21e siècle.

Quand tu regardes l’Afrique et considérant ses ressources, c’est l’Afrique qui devrait donner de l’argent à d’autres pays. Sans vouloir offenser le président français, car je suis francophile et je n’ai aucun problème avec la coopération française, mais notre défi majeur, notre part de responsabilité devrait être de créer les conditions nécessaires afin que nos jeunes cessent de braver tous ces dangers pour aller en Europe.

Ils n’y vont pas parce qu’ils veulent, mais parce qu’ils ne pensent pas qu’il y a des opportunités dans nos propres pays. Ces conditions, nous pouvons les créer si nous changeons cette mentalité de personnes qui dépendent des autres, cette mentalité d’assisté. Et si nous y parvenons, nous verrons que dans une décennie l’Afrique émergera et on aura une nouvelle génération d’africain et en ce moment, les indépendances dont on a parlé pendant la période dite d’indépendance deviendront réelles et effectives ».

Un engagement fort qui n’a pas empêché Emmanuel Macron d’emboucher encore le discours de l’aide, comme pour marquer une certaine manque de cohérence de son hôte : « Le président Akufo, juste après son élection a ouvert la ligne aérienne Paris-Accra. Beaucoup de contrats ont été conclus ces dernières années. Et nous pouvons faire encore beaucoup mieux. Aujourd’hui l’Europe est derrière la Chine. Ce qui n’est pas normal à mes yeux. Nous devons être beaucoup plus présents et donc à nous d’être talentueux et de savoir développer cette relation économique contemporaine, repensée, qui consiste à permettre aux PME Ghanéennes de trouver leurs parts de croissance dans ces investissements (…) Je souhaite renforcer les partenariats universitaires et la mobilité étudiante. La France apportera son soutien pour le financement des classes bilingues et en matière de coopération linguistique, sécuritaire et de défense ».

Quand Macron allie arrogance et diplomatie

En disant aux étudiants qu’il ne revient pas à un président français de venir électrifier les amphithéâtres de Ouagadougou, gênant de peu son homologue Burkinabé, Rock Kaboré, Emmanuel Macron voulait afficher une certaine rupture comme promis lors de sa campagne présidentielle en France, avec l’ancien ordre établit mais tout en ayant en mémoire que la France non plus ne peut pas vivre sans les autres nations, l’Afrique y compris. La Chine, il l’a lui-même rappelé est déjà bien présente sur le continent africain et devrait prendre le relais de la France en cas de mépris. Au delà des grands, de l’annonce qu’il n’y a pas une politique africaine de la France, ( mais en réalité dire qu’il n’y a pas une politique africaine de la France, c’est déjà faire et mener justement une politique- une non politique- africaine de la France ), il y’a la réalité implacable du business et des affaires. Il n’y a peut pas de politique africaine de la France, mais il y’a un business africain pour la France, il y’a du business à faire par la France, et pour la France en Afrique. À Ouaga, à Abidjan avec l’inauguration du Métro, tout le monde a bien compris cela. C’est l’essentiel et le plus important pour Macron...

Philippe Kouhon

Dernière modification le 07/12/2017

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