Une startup française à l’assaut des mines de bauxite guinéennes

La société Alliance Minière Responsable a démarré en décembre l’exploitation de sa première mine de bauxite en Guinée. La société promet de respecter l’environnement et les populations locales. Une stratégie de développement ou un coup de communication ?

Nommée « société minière africaine 2017 », l’Alliance minière responsable (AMR) a récemment démarré la production sur son site de Boké. Créée en 2015, la société française indépendante a pour objectif de « développer des projets miniers en Afrique dans le respect de l’environnement et des communautés locales ».

Démarrée le 12 décembre, l’exploitation de la mine de Boké constitue le premier projet de l’AMR. La société, qui table sur une production totale de 6 à 10 millions de tonnes dès 2018, s’est engagée sur trois « valeurs essentielles » : la qualité industrielle (utilisation des meilleures techniques et méthodes connues), « l’intégration des aspects environnementaux et sociaux dès l’amont du projet » et « la transparence vis-à-vis des autorités guinéennes et des populations ».

Mais la jeune firme française pourra-t-elle tenir ce pari ?

Des partenaires chinois peu recommandables

Pour pénétrer le marché guinéen, l’AMR s’est allié avec les puissantes firmes chinoises qui dominent le secteur minier dans le pays. La société a signé en juin 2017 un accord de production avec la Société minière de Boké (SMB). Ce consortium est constitué de plusieurs entreprises, majoritairement asiatiques, et il est piloté par la puissante China Hongqiao Group, la plus importante entreprise productrice d’aluminium au monde. La firme française a donc noué une alliance avec un partenaire puissant, mais qui laisse planer un sérieux doute sur ses promesses d’une exploitation durable et équitable.

Comment l’entreprise française pourrait-elle développer une stratégie de développement différente de ses partenaires ? En effet, la bauxite est le principal minerai permettant la production d’aluminium, dont la Chine est à la fois le plus gros producteur et consommateur mondial. Pour satisfaire cette demande exponentielle, les groupes chinois s’assoient sur la réglementation environnementale et sociale. Les régions minières qu’ils contrôlent sont les plus polluées et les plus instables de Guinée. Il risque bien d’être difficile à l’AMR de répondre aux attentes de ses nouveaux partenaires sans revenir sur ses engagements éthiques.

La Guinée est un marché précieux pour la Chine : le pays africain possède le tiers des meilleures réserves mondiales de bauxite, soit environ 20 milliards de tonnes, avec une haute teneur (45-62 %) d’alumine et un bas contenu de silice (0,8-2 %). Des proportions qui facilitent la transformation en aluminium et qui rendent les mines guinéennes encore plus précieuses. Le 6 septembre dernier, Pékin et Conakry ont signé un accord de 20 milliards de dollars pour permettre aux groupes chinois d’exploiter davantage la bauxite guinéenne.

Pour atteindre leurs objectifs économiques, les entreprises chinoises réduisent au minimum leurs investissements pour protéger l’environnement et intégrer les populations locales. Les mines rejettent des litres de boues rouges, un déchet extrêmement toxique contenant des métaux lourds (plomb, mercure, chrome), des hydrocarbures de fluor et du dioxyde sulfuré. Des substances que l’on retrouve dans les cours d’eau, contaminant les récoltes agricoles. La qualité de l’air atteint régulièrement des seuils critiques, contaminée par les poussières provoquées par les installations minières. Selon Amadou Bah, de l’ONG « Action Mines Guinée » « il n’y a pas encore de statistiques, mais les populations se plaignent très souvent de problèmes respiratoires. Les maraîchers relèvent également que la fertilité des sols n’est plus ce qu’elle était ». Une pollution qui saccage l’environnement, menace les récoltes et empoisonne les populations. Simultanément, le chômage continue de toucher ces régions, les groupes chinois limitant au maximum leurs échanges avec les entreprises guinéennes locales. En effet, les Chinois extraient la terre et l’expédient directement en Asie où le précieux minerai sera traité. Aucun partage de la richesse n’est effectué avec les entreprises guinéennes. D’ailleurs, le développement exponentiel du secteur minier n’a eu aucun effet sur la misère : avec 514 euros de revenu par habitant par an, la Guinée se range encore au 9e rang des pays les plus pauvres au monde. Avec ce type de pratiques, China Hongqiao Group incarne « l’anti-développement durable » par excellence. Un drôle de partenaire pour l’entreprise française…

Une situation qui provoque la colère des populations : depuis le printemps 2017, des émeutes et des heurts avec les forces de l’ordre ont lieu dans la ville de Boké et ses environs. Des violences symptomatiques de l’exploitation sauvage des groupes chinois. L’AMR saura-t-elle mieux se comporter que ses nouveaux partenaires ?

Idriss Aya

 

Dernière modification le 09/03/2018
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