Crise de la noix de cajou : le gouvernement ivoirien veille sur la filière

Alors que les producteurs ivoiriens d'anacarde font face à une crise sans précé-dent, le gouvernement d’Alassane Ouattara tente de venir en aide à une filière qui fait vivre 3 millions de personnes. Objectif : passer d’une industrie de production à une industrie de transformation de la précieuse noix de cajou. Un changement de modèle économique en profondeur qui concerne l’ensemble de l’économie ivoi-rienne et devrait lui permettre de gagner en maturité.

Un salon pour rebondir. Alors que la filière traverse une crise sans précédent, la capitale économique ivoirienne, Abidjan, accueillait du 8 au 10 novembre le premier salon des équipements et technologies de transformation de la noix de cajou. Également appelée anacarde, la précieuse noix fait partie des atouts de la Côte d'Ivoire qui, avec 800 000 tonnes produites cette année, s'impose comme le premier producteur mondial.

 

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Problème, quelque 591 000 tonnes de noix de cajou ont été, sur le seul exercice 2018, toujours en cours, exportées, principalement vers l'Asie, où la demande explose. Et seuls 7% de la production sont transformés en Côte d'Ivoire. C'est pour s'affranchir de cette trop forte dépendance aux transformateurs que les autorités ivoiriennes ambition-nent, d'ici 2020, de faire transformer localement au moins la moitié de la production d'anacarde. Et d’atteindre un taux de 100 % de transformation d’ici 2025.

Par la voix d'Adama Coulibaly, le directeur général du Conseil du coton et de l'anacarde ivoirien (CCA), le gouvernement a promis de construire quatre grandes plateformes in-dustrielles dans le pays. Disponibles dès l'année prochaine, ces sites, équipés de l'élec-tricité et de l'eau courante, doivent attirer les industriels et les inciter à y bâtir leurs usines.

 

L'anacarde, un secteur en crise

Si depuis trois ans, la demande croissante avait tiré les prix vers le haut, depuis mars dernier, la filière est en crise. Le Vietnam, premier transformateur mondial, a fortement ralenti ses commandes à la Côte d'Ivoire, qui sont passées de 195 000 tonnes entre jan-vier et juin 2017, à 127 000 tonnes lors de la même période cette année. Conséquence : les stocks s'accumulent et il restait, fin octobre, 18 000 tonnes de noix de cajou inven-dues, et même 30 000 selon la Fédération nationale des producteurs de l'anacarde (Fe-napaci).

190 000 tonnes supplémentaires patienteraient dans les ports d'Abidjan et de San Pedro. Résultat, les prix de l'anacarde s'en ressentent : de 2 000 dollars la tonne en 2017, ils ont fondu à 1 200 dollars cette saison. Autant dire que c'est tout un secteur, faisant vivre 430 000 producteurs et trois millions de personnes, principalement dans le nord du pays, qui souffre : les pertes des paysans ivoiriens sont ainsi estimées à 60 milliards de Francs CFA et, pour l'Etat, à plus de 17 milliards de FCFA.

 

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« Nous perdons de l’argent depuis le début de la campagne. Le prix des contrats a bais-sé. En plus, la noix de cajou originaire de Côte d’Ivoire est taxée en Inde (...). Ce qui n’est pas le cas pour d’autres pays producteurs », explique à Jeune Afrique un exporta-teur ayant requis l’anonymat, qui ajoute que la qualité des amandes a chuté à cause des mauvaises conditions climatiques et d’entreposage.

 

Des solutions à l'étude

Pour aider les producteurs ivoiriens à surmonter la crise, le gouvernement du président Alassane Ouattara semble décidé à prendre le problème à bras le corps. Depuis 2016, une mesure favorise ainsi la transformation locale, l'État versant 400 FCFA pour chaque kilogramme d'amandes produites et vendues, payés après que l'opérateur a financé l'achat et la transformation

Le gouvernement a également incité le CCA à acheter des volumes de noix de cajou à un prix « raisonnable », et à améliorer le contrôle de la qualité et du stockage, via des « entreprises (qui) vont pouvoir garder leurs magasins et la récolte des noix dans de bonnes conditions, le temps que les prix remontent », selon une source gouvernemen-tale citée par Jeune Afrique.

 

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Afin de renforcer la compétitivité de la filière, les autorités ivoiriennes ont également for-mé 74 experts pour relever le défi de la transformation locale de l'anacarde.

Des incitations fiscales importantes ont également vu le jour pour favoriser l’investissement pour la création d’une filière de broyage locale. Aujourd’hui, 13 usines opèrent dans le pays même si leur fonctionnement n’est pas encore optimal. La Côte d’Ivoire est tout de même devenue le premier broyeur devant les Pays-Bas depuis 2014, selon un rapport conjoint du JRC et de la section Science et Connaissances de la Com-mission Européenne.

La Côte d’Ivoire montre ainsi des signes traduisant son souhait de passer à une économie de transformation afin de renforcer la compétitivité et la valeur ajoutée de la noix de cajou, qui reste, après le cacao, la seconde richesse agricole du pays.

Bruno Cospain 

 

Dernière modification le 27/11/2018

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