Fespaco 2019-Michel Gohou: «Ils espèrent un prix, combien ont-ils mis?»

Michel Gohou est un comédien et acteur de série télé, très populaire en Côte d’Ivoire et dans la sous-région. Il était l’un des animateurs de la cérémonie de clôture de la 26eme édition du Fespaco. Entre les demandes selfie et d’autographe de ses fans à l’aéroport de Ouagadougou, alors qu’il rentrait dans son pays, nous avons pu l’interroger. Entretien.

 

Qu’avez-vous retenu de cette 26eme édition du Fespaco ?

Qu'est ce j'ai retenu du Fespaco ? Beaucoup de positivités. Nous avons fêté le cinquantenaire. À l'instar de tous les pays qui ont fêté ce cinquantenaire, nous étions à une rencontre où nous avons fait le plaisir de se retrouver entre artistes, réalisateurs, producteurs, éditeurs, acheteurs. C'était un melting-pot. Nous étions vraiment contents de partager ces moments de retrouvailles. J'ai vu certains films. En matière de critique, les choix sont un peu partagés. Un film ne peut pas faire l'unanimité. Tu peux faire le choix d'un film, mais au décompte final ça peut être autre chose. Il y a un jury qui travaille pour pouvoir décerner les prix. Il faut respecter ce jury qui est  composé de connaisseurs, des gens qui ont l'habitude de pratiquer, de regarder les films, qui connaissent les tenants et les aboutissants. Quand le film est bon, ils savent juger les lumières, les décors, les jeux d'acteurs. Ils savent juger le bon scénario. À ceux là, à qui nous avons confié le destin de tous ces films, il faut faire confiance. C'est comme un match de football, c'est l'arbitre qui est le seul maître du terrain quoiqu'on dise. S'il siffle un penalty, qu'il soit valable ou pas, un penalty, c'est un penalty. Le résultat est sorti, il faut le consommer.

Est-ce que vous êtes surpris un peu que ça soit le Rwanda ?

Tous les résultats surprennent. Il n'y a pas de mauvais film. Tous les films sont bons. Mais ça dépend à quel degré vous regardez le film, à quel degré vous voulez partir et sous quel angle vous regardez. Il y a des critères. Donc dire que le Rwanda a remporté le film, moi ça me surprend peut-être , mais en même ça ne me surprend pas, parce que nous pouvons avoir un regard de fanatique, mais eux ils ont regardé avec l'œil de professionnel. Quand le résultat sort, il va forcément surprendre négativement ou positivement. Il y a des gens qui ont été déçus du résultat, d'autres en ont été satisfaits, mais nous le prenons comme ça. Cela a toujours été ainsi. Toutes les années du Fespaco, ça été toujours comme ça. Ça n'a jamais fait l'unanimité.


La Côte d'Ivoire a remporté deux prix spéciaux. Mais ne pensez-vous pas qu'il y a un recul du cinéma ivoirien ?

Non, ça veut dire que la concurrence est rude. Arriver à prendre dans ce lot là, c'est déjà salutaire. Il y a beaucoup de films qui sont répartis sans un petit prix d'encouragement. Qu'est-ce que ceux là diront ? Le cinéma est en train de grandir. Il faut vraiment aller avec toutes les armes possibles. Si la Côte d'Ivoire a pu décrocher deux prix, c'est à fêter. Nous allons toujours nous remettre au travail et attendre l'année prochaine. C'est pourquoi nous disons toujours quand il y a un projet de tournage de film, de long métrage, que ça soit une série ou pas ou de court métrage, de fiction ou autre, il faut du soutien financier. Il faut que nos pays acceptent de soutenir les films, il faut que nos gouvernants acceptent de financer les films parce qu'un producteur qui se bat avec les moyens de bord, ses propres moyens et qui arrive au Fespaco, décroche un prix, ne serait-ce qu'un prix d'encouragement, c'est le nom du pays qui est vendu. Pourquoi ne pas le soutenir, car le cinéma est une industrie? Cela fait rentrer des devises en Côte d'Ivoire, c'est un portefeuille d'ambassadeur. Que nos dirigeants essaient d'ouvrir les yeux là dessus. C'est aberrant que quelqu'un aille financer un film avec ses propres moyens et prétendre avoir la première place et revenir. Les gens s'asseyent et disent la Côte d'Ivoire est partie avec 2 à 3 films et ils espèrent que nous allons revenir avec un prix. C’est combien ces gens ont-ils mis dedans. C'est un financement, un investissement. On ne prétend pas avoir un retour positif si on  n’a rien mis dans un projet. C’est quand tu finances, mets de l'argent dans quelque chose, que tu y crois et peut-être qu'avec la bénédiction de Dieu, le meilleur arrive.

On a vu la série ''Ma famille'' qui a été projetée. Quelles sont les chances de voir cette série être primée un jour au Fespaco

Il n'y a pas de perfection dans ce métier. C'est vrai, « Ma famille » est revenue avec les moyens qui ont été mis à sa disposition. Cela pouvait aller au delà de ce que nous avons reçu comme moyen pour pouvoir tourner, et nous pouvions être à un niveau supérieur. Mais petit moyen, petit film, gros moyen, gros film. « Ma famille » a fait avec les moyens qui ont été mis à sa disposition, mais nous espérons qu'après cela, les autorités vont nous comprendre, et entendre ce cri de guerre,  pour essayer vraiment de mettre de l'argent dans ce domaine là.

Propos recueillis par Philippe Kouhon, envoyé spécial au Fespaco

Dernière modification le 05/03/2019

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Philippe Kouhon

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