Dodo, sœur de Dezy Champion : quand un guerrier meurt, ça se passe de cette façon

Quelques jours après la pagaille lors des funérailles de l’artiste Dezy Champion, ‘’Dodo’’, sa sœur aînée revient sur ces incidents. Victime elle-même de la bousculade, Guinon Dorothée à l’état civil, évoque entre autres, l’avenir des enfants de son défunt frère.

Lors des funérailles de Dézy Champion le vendredi 4 mais 2018, à la place Ficgayo, nous avons assisté à un grand débordement qui a entraîné un déferlement de violence et même d’agressions. Qu’en pensez-vous ?

Que voulez-vous que je vous dise ? Avec ce qu’ils ont fait peut-être que c’est leur manière de pleurer Désiré. Et puis, il faut dire qu’il y a eu trop de monde. Il y avait vraiment trop de monde !

Une drôle de façon de pleurer avec des chaises volées et cassées, des bâches démolies, une partie du matériel de sonorisation emportées avec comme résultat, un nombre important de blessés ? 

N’oubliez pas que Ficgayo n’est pas loin de plusieurs sous quartiers à risque. Mais il faut dire que lorsqu’il y a une si grande foule, il y a toujours des mauvais grains parmi. Nous ne pouvions pas faire autrement. On ne pouvait pas faire le tri des personnes qui venaient. Il y avait des mauvais grains dans la foule, des personnes mal intentionnées. Moi-même j’ai été blessée. Je suis tombée et blessée aux genoux. 

Ah bon… ?

Oui ! J’étais dans le trou (ravin: Ndlr). Toute de  blanc vêtue, tous mes habits se sont retrouvés déchirés. J’ai été blessée. C’est la raison pour laquelle, nous n’avons pas pu envoyer le corps à Yopougon. Ça a été pratiquement la même scène au cimetière. Désiré a dit que sa mort va choquer et c’est le choc qu’il a prédit qui continue (…). J’étais tombée dans la bousculade et j’ai été blessée. À terre, je me débattais, lorsqu’on m’a tirée du sol.

Il semble que les grands portraits de l’artiste posés sous l’une des bâches, ont également été emportés lors de ce cafouillage?

Les auteurs nous les ont ramenés.

Face à toute cette situation, que pouvez-vous dire aux Ivoiriens ?

Je dis merci à Kabila (Angelo Kabila, opérateur culturel ivoirien : Ndlr) et à ses amis qui ont organisé ces obsèques.  Les gens peuvent dire ce qu’ils pensent, mais moi, en tant que la grande sœur de Désiré, je leur dis merci pour cette belle initiative. Sans hésitation, ils ont organisé les funérailles de Désiré. Et ils l’ont même bien organisé. Ils ont tous été là. Moi, je pense que ce qui s’est pas passé traduit la manière de pleurer de ces personnes mal intentionnées. Mais je pense que c’est une façon d’exprimer leur amour pour Dézy. C’est leur manière de le pleurer. Je ne peux pas vous dire que s’ils ont posé de tels actes, c’est parce qu’ils n’aiment pas mon petit frère, c’est leur façon à eux de pleurer.  Dans notre village, nous sommes des guerriers et quand un guerrier meurt, ça se passe toujours de cette façon. Ses obsèques sont toujours mouvementées. Je rends gloire à Dieu parce qu’il n’y a pas eu de mort à la Place Ficgayo, c’est ce qui est important. Il n’y a pas eu de perte en vie humaine, Dieu merci.

En sa qualité de guerrier, comme vous le dites, les uns et les autres se demandent encore pourquoi Dézy Champion n’a-t-il pas été inhumé à Toulépleu, son village natal ?

Moi, personnellement, je n’ai pas voulu le village parce que premièrement, Toulépleu est très loin.  Et puis, deuxièmement, nous n’avons pas trop connu le village. Et enfin, ça ne fait pas deux ans que notre père est décédé et donc tout cela mis l’un dans l’autre, si on transférait son corps au village, cela aurait donné naissance à une polémique de plus. C’est donc mieux ainsi. Enfin, les enfants étant ici, à Abidjan pour la plupart, s’ils souhaitent un jour se recueillir sur la tombe de leur papa, ce serait beaucoup plus accessible pour eux de le faire sur place à Abidjan ici, plutôt qu’à Touléleu. Car, à Toulépleu, ce serait une autre histoire.

Vous venez de parler de ses enfants. Qu’adviendra-t-il en ce qui concerne leur avenir ?

C’est une réunion de famille qui va tout décider mais, il m’a confié de son vivant, deux de ses enfants, ceux d’Hermine (Celle qui fut sa deuxième compagne : Ndlr) qui sont habitués à moi. La petite avait 3 ans et le grand qui est aujourd’hui en 4ème avait 6 ans quand il me les confiait. Son premier fils qui est en terminale a lui, sa maman à part. Les enfants d’Hermine, comme tous les autres d’ailleurs, sont très intelligents. C’est d’ailleurs la petite qui a lu l’oraison funèbre à Ivosep. Elle a 10ans et elle est au CM2 aujourd’hui. Le dernier des quatre enfants de Désiré vit avec sa maman à Paris. Son  premier fils (18 ans) qui est en Terminale vit avec sa maman, lui aussi. Dans tous les cas, se sont les parents au terme d’une réunion de famille qui vont tout décider. Mais ses deux enfants qui vivent avec moi vont aussi être récupérés par leur maman parce qu’avec moi, il ne se passait pas une semaine sans que leur père ne vienne ici à la Sicogi pour leur rendre visite. Et maintenant qu’il n’est plus là, pour éviter que cela joue sur eux, il serait souhaitable qu’ils continuent d’aller à l’école en étant auprès de leur maman à la rentrée scolaire prochaine. Dans tous les cas, leur maman est bien placée dans la vie sociale, donc je n’ai aucune inquiétude sur ce plan là. Et puis, je vous fais une confidence : tous les amis de Désiré se sont proposés pour venir en aide à aux enfants.

Si vous le voulez bien, nous allons changer de sujet pour évoquer son célèbre et dernier titre ‘’Hôpital’’ dans lequel il vous chante : ‘’Dodo’’ ! Comment l’œuvre a été confectionnée ?

D’abord, je vous dis que c’est une histoire vraie qu’il a décidé de traduire en chanson, et il cherchait le refrain. Comme je vous l’ai dit, c’est une histoire réelle; le monsieur en question qui voulait qu’il chante pour son épouse hospitalisée, malade, est encore là. Désiré l’a même présenté à ses amis lors de son dernier concert. Vous pouvez le vérifier sur les images de ce concert qui est diffusé sur les réseaux sociaux. Sa femme qui était malade est malheureusement décédée. Alors revenant à votre question, Désiré cherchait donc le refrain de cette chanson pendant qu’il la composait et il m’a dit : «Dodo, et si je prenais son prénom pour en faire le refrain ?’’. Et j’ai dit : « Ok, vas-y ». C’est comme cela que c’est parti.  Et la chanson a été appréciée ainsi que le clip. Mon petit frère et moi, c’est une longue histoire, nous avons trop connu la galère. Tout Sicogi nous connaît et peut en parler.

Claude Dassé

Dernière modification le 08/05/2018

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