À 57 ans, Akissi Delta entre joies et regrets : " 40 ans après l'insalubrité toujours d'actualité à Abidjan "

Akissi Delta a eu il y'a quelques jours 57 ans. Elle est en plein dans le tournage de son dernier téléfilm, lorsqu’elle reçoit Afrikipresse le dimanche 19 mars 2017, dans sa résidence à la Riviera, à Abidjan. L’actrice ivoirienne qui souffle par la même occasion ses 40 ans dans le monde audiovisuel et cinématographique évoque ses souvenirs…mais aussi ses déceptions

Akissi Delta, 40 ans de cinéma, beaucoup de souvenirs, naturellement ?

Oui, effectivement ! 40 ans de cinéma, c’est tant de souvenirs. De l’émission satirique ‘’Comment ça ?’’ de papa Léonard Groguhet, à aujourd’hui. 40 ans après, j’essaie de revivre un peu, mon tout premier tournage dans l’émission ‘’Comment ça va ?’’

Justement, expliquez-nous un peu ce premier jour de tournage ?

Ce premier jour, le thème de l’émission était l’insalubrité à Abidjan. 40 ans après, c’est malheureusement un thème qui est hélas, toujours d’actualité à Abidjan. L’insalubrité des rues avec entre autres, des animaux, tels que des bœufs qui sont en liberté en pleine ville d’Abidjan. Nous avions tourné, je me souviens encore, à Koumassi et une partie à Abobo. À cette époque, il faut dire qu’il y avait beaucoup de bœufs qui trainaient dans les rues de Koumassi. Surtout vers Koumassi Aklomiabla qui n’était pas encore construit. Ce qui provoquait souvent des accidents de la route. C’était pareil pour Abobo. Et comme je ne parlais pas très bien le français, comme toujours d’ailleurs (rires), j’avais très peur des caméras. Je ne voulais pas être trop vue. Surtout mon visage. C’est là que l’équipe de tournage m’a dit, ‘’non, tu sors juste de la cour, avec un récipient contenant de l’eau usée et des restes d’aliments, du riz, du foutou… que tu vas verser sur la route’’. Et comme j’avais le tract, Papa Groguhet m’a dit : «Viens et verses l’eau ». Je viens donc et je verse l’eau timidement sur la route, la scène est filmée. Il me dit ; «Non, non, non ! Il faut reprendre ». Et cette scène a été reprise à plusieurs fois. Je jouais le rôle d’une servante qui obéissait à sa patronne. C’était un film de sensibilisation puisqu’au lieu de verser de l’eau dans les caniveaux, moi, je le versais sur la route.

À l’époque, quels étaient les principaux acteurs qui tournait avec vous ?

Il y'avait feu Victor Cousin qui m’a beaucoup aidée. Et il y avait Yobouet qui faisait le conte à la Télévision, Whiska, Traoré…. Mais, plus tard, nous tournions avec Antoine Soudé, Gondo Pierre, Zahon Gabriel (…) Vous parliez de souvenirs, ils sont nombreux. Je me souviens qu’un jour, Papa Duparc m’a demandé si j’ai une fois pris l’avion et je lui ai répondu «oui, j’ai emprunté l’avion pour aller à Korhogo, Man, Bouaké». Il a dit «Non, je parle des gros avions vers l’Europe » et j’ai dit «non». Il a dit «ok, je t’envoie en Europe». Et il m’a invitée à Bruxelles, puis en France…Et plus tard, j’ai tourné des films en Europe. Toutefois, l’un de mes meilleurs souvenirs a été l’invitation qui m’a été adressée pour le festival de Cannes en France. J’y suis allée en tant qu’une des meilleures actrices du continent et on m’a déroulée, à l’instar des acteurs internationaux, le tapis rouge. On était à mes petits soins dans mon hôtel haut standing. Tous les acteurs invités étaient logés à la même enseigne. Certainement habitués aux caprices des stars, les employés de l’hôtel étaient à mes petits soins. C’était presque comme si on voulait me porter la nourriture à la bouche. Lorsque je voulais moi-même prendre tel, ou tel objet, ils ne voulaient pas que je le fasse. Et lorsque j’ai insisté par exemple à porter ma valise, l’un d’eux m’a dit poliment: «laissez-moi faire Madame, s’il vous plait, parce que je n’ai pas l’envie de perdre mon emploi ». Je me suis dis ; «Moi, la petite Loukou Akissi Delta sortie tout droit de ton petit village de Dimbokro, c’est toi on accueille comme cela en France, au festival de Cannes, avec tous les honneurs !».

Du petit écran, comment avez-vous fait pour devenir une figure emblématique du cinéma ivoirien ?

C’est certainement dû au travail. En 1988, j’ai tourné dans deux films : ‘’Bal Poussière’’, avec Thérèse Taba, Bakary Bamba, Bagnon, Naky Sy Savane...et dans ‘’Bouka’’. J’ai ensuite joué dans ‘’Joli Cœur’’ et ‘’Rue Princesse’’ d’Henri Duparc. Puis, dans plusieurs autres films tels que ‘’Afrique Mon Afrique’’, ‘’Mamie Watta ‘’, ‘’Caramel’’… Avant que je ne crée ‘’Ma Famille’’ qui est ma propre production. Ce sont de beaux moments.


Vous êtes, semble-t-il, en plein tournage pour un long téléfilm qui a réunir plus de 500 acteurs ?


Oui, tout à fait ! Je suis effectivement en plein tournage. Ça s’intitule ‘’Ma grande Famille’’ La première partie est constituée de 208 épisodes. Et la deuxième sera constituée de 261 épisodes. Nous avons assez d’acteurs, comme vous l’aviez d’ailleurs relevé. Ils sont plus de 500 déjà, avec près de 300 acteurs ivoiriens. Concernant leur nationalité, ils sont issus de toute l’Afrique francophonie : C’est le Tchad, le Gabon, le Cameroun, Sénégal, Togo, Bénin, Mali, la Guinée…jusqu’à la Mauritanie. Nous avons commencé le tournage entre août et septembre dernier. Initialement prévu pour 7 mois, le tournage de ce téléfilm durera finalement un an, quatre mois.Cette production est financée par la Chaîne A+ avec la participation de l’État ivoirien


Vous avez aussi connu certainement, des moments regrets au cour de votre longue carrière cinématographique ?


Oui, justement parce qu’il faut toujours tendre vers la perfection. Mais c’est surtout les critiques injustifiées, et des propos diffamatoires à mon encontre. C’est ce qui me fait le plus mal. Il y des personnes, en complicité avec des journalistes qui passent tout leur temps à écrire des méchancetés sur moi, sans même penser que leurs écrits sur les réseaux sociaux et dans les journaux peuvent heurter ma sensibilité et celle de mes proches. On a des parents, des enfants, des nièces, des cousins, cousines…qui lisent ces écrits.

Pour vos 40 ans de cinéma, que prévoyez-vous, en termes de célébration ?

Rien du tout ! Ce sont mes proches qui tentent de s’organiser mais quant à moi, je ne prévois aucune festivité dans la mesure où ce que je fais n’est pas encore reconnu par nos autorités. Je vois à la télé et un peu partout des personnes qui sont célébrées dans leur domaine respectif et comme on n’a pas reconnu dans ce pays qu’Akissi Delta a apporté sa pierre à l’édification du cinéma ivoirien, je ne célèbre rien. Malheureusement, Houphouët est mort. Lui, je pense qu’il aurait reconnu ce que je fais. Et comme je vous le disais, ce sont mes proches qui s’activent et comme l’année est encore longue, je crois que nous avons peut être faire les choses en famille, sous l’onction divine.


Claude Dassé

Dernière modification le 20/03/2017

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