Louis-Georges Tin, Premier Ministre : « État de la diaspora africaine, voici notre légitimité et ambitions »

Débuté au Palais d’Eburnie de Sa Majesté Tchiffy Zié, le jeudi 1er novembre 2018, le premier conseil des Ministres de l’État de la Diaspora africaine s’est achevé samedi 3 novembre 2018 à Abidjan-Hôtel Ivoire. Le point avec Louis-Georges Tin, Premier Ministre.

Afrikipresse : Vous sortez du 1er conseil des ministres de l’État de la diaspora africaine.  Que doit-on retenir de ce conseil à Abidjan.



Louis-Georges Tin : Ce conseil des ministres s’est fait en deux tons. La première étape a été une cérémonie au palais de sa majesté TchiffyZié. Nous avons reçu le soutien des rois et chefs traditionnels, ce qui est très important pour nous, ainsi que la présence de la représentante de l’union Africaine qui a dit des mots tellement forts qui nous ont vraiment touchés. Et cela nous donne l’énergie nécessaire pour poursuivre notre combat.

Nous avons poursuivi les travaux à l’Hôtel Ivoire de manière restreinte avec beaucoup de rigueur au conseil des ministres. Nous avons parlé des sujets liés à l’économie, aux finances, à la santé, à l’environnement, à la culture, à l’éducation et autres. Par exemple au cours de ce conseil des ministres, nous avons pris la décision de créer une cour internationale de justice pour la diaspora africaine. Car la diaspora africaine subit des violations au niveau des droits de l’homme, à savoir l’esclavage et autres. Il était important pour nous de créer une cour de justice pour que la diaspora ne subisse plus ces violations. Nous avons aussi parlé des nouvelles technologies. Nous voulons créer un satellite africain. Nous le faisons avec des personnes expérimentées dans ce domaine et qui sont très impliquées.  Nous avons aussi d’autres projets qui consistent à créer un fond d’investissement pour les agriculteurs africains. L’idée est que les consommateurs européens,  de la diaspora en général, financent les agriculteurs africains pour qu’ils nous envoient les produits que nous aimons. Moi par exemple j’aime beaucoup le bissap, mais il faut aller chez les chinois par exemple pour en avoir. Donc nous allons financer les agriculteurs africains. Cela permettra de donner à ces agriculteurs, des débouchés économiques tout en ayant une consommation responsable. Un autre point qui me tient particulièrement à cœur, la diaspora souhaite régulièrement  être connectée avec l’Afrique et je crois que l’Afrique aussi souhaite être connectée avec ses enfants. A l’unanimité, l’ensemble du gouvernement a  adressé une requête à sa majesté Tchiffi Zié. Les membres du gouvernement ont dit que nous sommes en Afrique, nous aimerions devenir des citoyens africains notamment à travers les rois.  Nous avons adressé cette requête à sa majesté qui nous a fait savoir que nous ne serons pas déçus si nous souhaitons être princes. C’était pour nous quelque chose vraiment de  très fort. Car moi je suis français, martiniquais et africain et nous aurons des reconnaissances officiellement dans les différents royaumes africains.  


Afrikipresse : Vous aviez présenté une carte nationale d’identité et un passeport de la diaspora africaine lors de la première journée, il s’agissait de quoi concrètement ?



LGT : Nous avons déjà un spécimen de carte d’identité et de passeport pour la citoyenneté de l’État de la diaspora africaine. Pour l’instant c’est un prototype effectué, numérisé. Et donc d’ici la fin de l’année 2019, nous allons lancer une grande campagne de la diaspora africaine pour détecter ceux qui sont intéressés par cette idée afin qu’ils puissent s’enrôler et participer à l’État de la diaspora africaine.  La carte d’identité permettra de bénéficier des projets de l’État de la diaspora africaine. Par exemple, beaucoup d’africains ont des difficultés à trouver des stages. Et ce problème de stage est très important parce que sans le stage, vous ne pouvez pas avoir votre diplôme, et sans votre diplôme vous ne pouvez pas trouver un emploi. Il faut déjà donner aux gens des  stages. Or souvent, si vous n’avez pas la bonne couleur ou le bon réseau, vous ne trouvez pas de stage et donc, vous êtes au chômage. Malheureusement la jeunesse africaine  se trouvant généralement aux portes de l’emploi est rejetée. Nous avons pour  idée de créer l’agence internationale pour le stage qui va mettre en relation ceux qui  cherchent des stages et  ceux qui désirent avoir des stagiaires.  Concrètement, une jeune fille  veut travailler dans l’hôtellerie avec un BTS  qu’elle veut faire à l’étranger, mais, elle réside  au Benin. Pour le faire, elle s’inscrit sur notre site et nous, nos hommes d’affaires,  peuvent mettre sur le site leurs besoins  pour trouver des solutions efficaces de la demande.

Afrikipresse : D’où est ce que vous tirez votre légitimité ?



LGT : Premièrement, elle vient de l’Union Africaine. Il y’a 4 ans de cela, le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, qui présidait alors l'Union Africaine m’a mandaté pour mettre en place les institutions de l’État de la Diaspora. Il faut dire que la diaspora africaine était déjà intégrée dans les textes de l’UA. Mais elle existait uniquement sur papier. Le forum des rois et chefs traditionnels qui rassemble  plus de 500 personnes en Afrique a également  fait la même demande, qui est une deuxième source de légitimité, et la troisième source c’est le peuple qui sera représenté par le parlement que nous allons créer et plus encore l’efficacité que nous aurons ou pas. Si nous mettons en place cette agence internationale, les stages seront accessibles prioritairement à toutes les personnes qui auront notre carte d’identité. Je crois qu’aujourd’hui,  la vraie légitimé dont les gens ont besoin  ce n’est pas la légitimité officielle, c’est la légitimité concrète  des résultats. Donc, si nous avons des actions qui réussissent, les gens approuveront et si nos actions ne réussissent pas, quel que soit nos papiers  les gens ne vont pas légitimer cela.  Nous voulons être jugés sur nos résultats et je crois que c’est ainsi, on va penser la politique du XXIè siècle.

Afrikipresse : Quels sont les critères de nomination de vos ministres ?

LGT : C’est un travail très difficile, je le concède. Tous les premiers ministres le savent et cette tâche est un peu compliquée parce que c’est un gouvernement international. Par conséquence, le premier critère est la compétence, puis il y’a représentativité et le critère d’égalité de sexe. Les femmes sont d’ailleurs majoritaires  dans ce gouvernement et je m’en félicite. Il faut l’avouer, cela m’a pris un an pour faire ce casting vraiment sérieux.
 

Afrikipresse : Quelles  sont vos ressources pour faire fonctionner votre État?

LGT : Nos premières ressources sont humaines. Vous savez, si vous avez des bonnes personnes vous n’avez plus besoin d’argent. Un exemple très simple : nous avons Cheick Modibo Diarra qui est capable de faire un satellite et il coûte en moyenne 350 millions de dollars. Le Mali paie chaque année 70  millions en location. Il suffit d’avoir 5 pays comme le Mali pour pouvoir faire un satellite  et pour que les pays soient copropriétaires. Ils n’auront plus besoin de dépenser  chaque année des milliards. Donc, on peut être rentable dès la deuxième année. Vous voyez les bénéfices qu’on peut se faire avec le satellite et dont nous serons copropriétaires.  Nous ne voulons pas dépendre des autres. Malheureusement l’Union Africaine dépend à 95% de l’Union Européenne selon Mme Zouma ancienne présidente de la commission. Nous ne voulons pas que cela continue. Pour cela, nous voulons même pour bientôt  non seulement avoir notre propre financement, mais participer au financement de l’Union Africaine.   L’autonomie est importante. L’Afrique s’est battue pour avoir son indépendance politique, c’était le combat de la génération d’avant, C’est un combat de haute lutte.  Le combat de notre génération est  celui de l’indépendance économique. Nous devons humblement participer avec cœur à cette bataille économique. Quand vous avez l’indépendance économique, à ce moment presque tout est réglé. Au-delà du satellite, il y a d’autres actions ou produits qui nous permettront de faire fonctionner notre État. Mais le moment venu, on fera connaître cela.

Afrikipresse : Allez-vous vous appuyer dans un premier temps sur un éventuel fonds panafricain de la diaspora ?

LGT : Nous avons déjà  des représentants dans les 28 pays d’Europe et chacun est invité à trouver une centaine de personnes dans son pays. On veut arriver à 100 mille contributeurs européens. Chacun mettra 50 euros pendant 10 mois, ce qui fera 500 euro. L’idée est d’arriver à 50 millions d’Euros. Une fois que vous avez ça, vous pouvez demander à la Banque Africaine de Développement, un montant 10 fois plus élevé. Parce que vous avez déjà  une garantie. Alors, vous pouvez emprunter  500 millions d’euros. Avec cela on peut aider les agriculteurs, c’est de l’investissement et ça rapporte. Vous achetez leurs produits que vous vendez en Europe. Donc, vous  vous enrichissez aussi. Les bénéfices que nous ferons peuvent permettre de financer  tout le reste.  Nous essayons d'inventer des solutions innovatrices et génératrices de revenus.

Afrikipresse : À quand le deuxième conseil des ministres ?



LGT : Il aura lieu les 2 et 3 mars 2019 au Luxembourg qui est notre  premier siège en Europe, la Côte d'Ivoire étant notre second siège, ici en Afrique. Le troisième conseil des ministres sera après les vacances d'été à Sao Polo au Brésil. Nous avons un planning clair et net. On aura deux conseils des ministres chaque année. Il y aura un autre rendez-vous très bientôt, puisque je suis invité le 20 novembre 2018 avec sa Majesté Tchiffy Zié, à participer au lancement de la chambre régionale d'Amérique du Sud  qui est la plus importante. Il y aura dans chaque région un parlement (5 régions, NDLR). Il  y aura 500 parlementaires soit 100 par région. Le premier parlement sera donc lancé du 20 au 24 novembre prochain au Brésil.

 

Propos recueillis par Philippe Kouhon et Abran Saliho

Dernière modification le 04/11/2018

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