L’Afrique : nouvel eldorado des lobbys

En plus de voir la famine regagner en intensité, le continent africain fait face à de nouveaux problèmes de santé publique qu’on aurait eu du mal à imaginer il y a quelques décennies : l’obésité et le tabagisme. Deux maux qui s’expliquent en partie par la présence de lobbies étrangers sur le continent.

« Après une régression constante durant plus d’une décennie, la faim dans le monde progresse de nouveau, touchant 815 millions de personnes en 2016 », s’alarmait l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans un rapport publié en septembre dernier. De nombreux pays africains s’étaient pourtant dressés contre ce fléau, avec des résultats souvent satisfaisants. Mais leurs efforts se sont avérés insuffisants face à « la prolifération de conflits violents et aux chocs climatiques ».

Aux prises avec ses vieux démons, l’Afrique doit paradoxalement et simultanément faire face à de nouveaux maux, qui jusqu’ici touchaient davantage les pays développés. Selon la sixième édition de l’« Atlas du tabac », publié en mars dernier, la consommation de tabac est en très forte augmentation sur le continent africain.

Alors que le tabagisme a fortement reculé dans les pays à revenu élevé, celui-ci a en effet augmenté de 50 % en Afrique depuis les années 1980 et de 52 % en Afrique subsaharienne. Une augmentation inquiétante : « l’Afrique pourrait devenir dans les prochaines décennies l’un des continents les plus touchés par les maladies liées au tabagisme », prévient l’American Cancer Society et Vital Strategies.

La raison de cette augmentation ? Tandis que le renforcement de la législation, de la surveillance et de la fiscalité permet aux pays développés de lutter contre la consommation de cigarettes, « l’industrie du tabac vise délibérément les pays laxistes en matière de législation anti-tabac et exploite les gouvernements, les agriculteurs et les populations vulnérables en Afrique », souligne l’Atlas.

Risque majeur pour les pays en développement

Le tabac n’est cependant pas le seul nouvel « ennemi » de l’Afrique. Le continent est également confronté à la forte croissance du taux d’obésité adulte, qui « augmente plus rapidement que partout ailleurs dans le monde », comme le rappellent Les Echos. Reprenant une étude diffusée par le New York Times, le quotidien économique indique qu’au Burkina Faso par exemple, le taux d’obésité a « grimpé de 1 400 % sur ces 36 dernières années ». « Au Ghana, au Togo en Éthiopie et au Bénin, on observe une augmentation de plus de 500 %. Ainsi, huit des vingt pays dans le monde présentant les taux d’obésité chez les adultes les plus élevés sont des pays du continent africain », poursuit le quotidien français.


Or, ce n’est pas un hasard si l’Afrique doit en même temps se battre contre la famine et l’obésité. Une croissance économique rapide, comme celle qu’ont connue plusieurs pays africains ces dernières années, est susceptible d’encourager de mauvaises habitudes alimentaires. La « malbouffe » constitue ainsi un risque majeur pour les pays en développement. En outre, les personnes ayant été confrontées à une alimentation insuffisante sont plus enclines à prendre du poids. Enfin, les systèmes de santé africains sont déjà suffisamment débordés face à la lutte contre des maladies telles que le sida, le paludisme ou les fièvres tropicales, ce qui ampute les ressources disponibles pour les maladies non transmissibles comme le diabète ou les maladies cardiaques.

« Sale guerre »

Souvent affaiblis économiquement et politiquement, les États africains doivent également se battre contre de puissants intérêts industriels. Si l’Afrique du Sud a réussi à mettre en place une taxe sur les boissons sucrées à partir du 1er avril, les succès sont bien plus rares en matière de lutte contre le tabagisme.

Afin d’empêcher toute tentative de régulation, l’industrie du tabac exerce une pression contre laquelle il est difficile de lutter. Selon les informations révélées par The Guardian, les avocats de British American Tobacco sont allés jusqu’à demander à la Haute Cour du Kenya « d’annuler intégralement » un ensemble de réglementation anti-tabac et de renoncer à des taxes que la multinationale considérait comme « un caprice ». En Ouganda, les mêmes avocats ont soutenu que le « Tobacco Control Act » que le pays souhaitait mettre en place était « incompatible et contraire » à la Constitution du pays.

Dans la « sale guerre de l’industrie du tabac pour le marché africain », les « menaces, brimades, poursuites judiciaires » et autres tentatives d’intimidation à l’égard des États se multiplient, dénonce le quotidien britannique.

À tel point que l’exemple sud-africain reste une exception. Taxe sur les produits sucrés, traçabilité des produits du tabac… Toutes ces initiatives sont tuées dans l’œuf par les lobbys du sucre et du Tabac qui ont fait du continent africain leur nouvelle terre d’accueil. Celle-ci — contrairement à l’Europe et aux États-Unis — n’étant pas suffisamment armée pour faire face à cette menace d’un genre nouveau.

Idriss Aya

Dernière modification le 06/04/2018

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